Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien
Sur ce plateau d’ordinaire agréable, on dirait qu’on tourne une comédie dans la comédie, ou encore un film de science-fiction. Autour de la table familiale, François Morency, Marie-Ginette Guay, Vincent Bilodeau et tous les acteurs portent une visière. Avec le réalisateur Pascal L’Heureux, on répète la prochaine scène.
Sur ce plateau d’ordinaire agréable, on dirait qu’on tourne une comédie dans la comédie, ou encore un film de science-fiction. Autour de la table familiale, François Morency, Marie-Ginette Guay, Vincent Bilodeau et tous les acteurs portent une visière. Avec le réalisateur Pascal L’Heureux, on répète la prochaine scène.

Le baiser du plexiglas

CHRONIQUE / Pour la troisième saison de Discussions avec mes parents, François Morency a dû réécrire un épisode complet et modifier de multiples scènes. Mais il y en a une à laquelle il tenait, même en temps de COVID-19: un long baiser entre son personnage et la nouvelle élue de son cœur, trop important pour être biffé de l’histoire. Scène qu’on a dû se résoudre à tourner, tenez-vous bien, à travers un plexiglas.

«Je n’ai jamais travaillé aussi fort pour un french de toute ma vie! Pour un plan qui va peut-être durer sept secondes à l’écran, ça a pris deux heures et quart à tourner. Le directeur photo a sué toutes les gouttes de son corps à essayer d’éclairer la scène», m’a confié François Morency, sur le plateau de la série à La Salle, que Le Soleil a eu le privilège de visiter jeudi dernier.

Bien entendu, on fera disparaître le plexiglas au montage, de sorte que personne n’y verra rien, jure le producteur Guillaume Lespérance. «C’est weird de voir quelqu’un frencher un morceau de plastique!» admet-il néanmoins.

Sur ce plateau d’ordinaire agréable, on dirait qu’on tourne une comédie dans la comédie, ou encore un film de science-fiction. Autour de la table familiale, Morency, Marie-Ginette Guay, Vincent Bilodeau et tous les acteurs portent une visière. Avec le réalisateur Pascal L’Heureux, on répète la prochaine scène. Un coordonnateur soucieux et autoritaire s’assure que toutes les règles sanitaires sont respectées, et c’est complexe. Un détail ne lui plaît pas? Pas question de tourner sans que ce soit réglé.

Honnêtement, François Morency a mis un certain temps à y croire au début. «Quand on a commencé le 15 juillet, les gens se demandaient: comment on va faire pour que ce soit naturel, pour arriver dans le temps, tellement tout ça ralentit le processus? Mais on est reparti chez nous en se disant: c’est ça le deal. Dès le lendemain, tout le monde avait accepté notre nouvelle réalité.»

Alors qu’on croyait les plateaux de fictions paralysés pour longtemps, Guillaume Lespérance, lui, a trimé dur pour convaincre l’industrie que c’était possible de les ranimer. Le premier à proposer de mettre ses acteurs principaux en quarantaine durant le tournage s’est vu refuser ce droit par la santé publique. Il avait pourtant le consentement de l’équipe et croit toujours qu’il s’agit d’une solution viable si une deuxième vague devait survenir. Le producteur n’a pas baissé les bras, et après quatre mois à se battre, a pu entreprendre le tournage de Discussions avec mes parents à temps pour une diffusion à l’automne sur ICI Télé, dès le lundi 21 septembre à 19h30.

Lui-même en communication constante avec plusieurs de ses collègues, dont Fabienne Larouche et Alexis Durand-Brault, Guillaume Lespérance salue la solidarité qui a régné ces derniers mois entre les différents producteurs, qui s’encourageaient les uns les autres. Toutes les équipes y ont mis du leur pour que ça fonctionne. «La SODEC [Société de développement des entreprises culturelles] et l’AQPM [Association québécoise de la production médiatique] sont intervenues au bon moment. Ils ont sauvé la saison télé, de l’automne comme de l’hiver. On leur doit beaucoup.»

Quand la pandémie a éclaté en mars, François Morency avait complété l’écriture de neuf épisodes de la troisième saison de sa comédie plus que millionnaire dans les sondages. Le confinement a cependant changé ses plans. «Pour faire 13 épisodes, j’en ai écrit l’équivalent de 15. Il y a un épisode que j’ai dû retirer au complet, parce que la pièce maîtresse, c’était un party dans le sous-sol où toute la rue était invitée. Ça dansait, ça se collait, oublie ça. J’ai préféré l’enlever plutôt que de le travestir. J’en ai réécrit un nouveau.»

Puis, l’auteur a dû modifier ou éliminer plusieurs autres scènes ici et là, notamment de baisers, mais aussi une scène aussi banale qu’un facteur qui livre une enveloppe. Quand je vous disais que c’était compliqué.

Autour de la table familiale, Morency, Marie-Ginette Guay, Vincent Bilodeau et tous les acteurs portent une visière. Avec le réalisateur Pascal L’Heureux, on répète la prochaine scène. Un coordonnateur soucieux et autoritaire s’assure que toutes les règles sanitaires sont respectées, et c’est complexe.

Le producteur reconnaît qu’aucune infraction à la règle, ne serait-ce que mineure, n’est tolérée sur le plateau. «Les règles sont claires, on peut nous inspecter à n’importe quel moment, et tant mieux. On est tous solidaires les uns les autres dans l’industrie. S’il y a une éclosion quelque part parce que les gens sont négligents, c’est l’industrie au complet qui va en payer le prix. Sur mes plateaux, c’est non négociable.»

Aucun des personnages ne fera allusion à la pandémie dans Discussions avec mes parents. «J’ai le feeling que toutes les jokes de COVID vont avoir été faites rendu là. Mon impression, c’est que les gens vont être un peu tannés d’en entendre parler. Pour les gens qui nous regardent, on est une bulle de bonheur dans leur semaine», explique François Morency. Il y aura tout de même un clin d’œil involontaire quand Jean-Pierre, le père de François joué par Vincent Bilodeau, deviendra membre d’un club de survivalistes. «Forcément, quand on voit des gens stocker des petits pois et du papier de toilette, il y a un clin d’œil assez évident à ce qu’on a vécu cette année. Mais je n’ai pas voulu l’accentuer.»

Toujours à la recherche de la femme parfaite, François pourrait l’avoir trouvée à la troisième saison. L’actrice Leïla Thibeault Louchem jouera cette femme qui fera son apparition au milieu de la saison. L’auteur révèle aussi que «les personnages secondaires prennent beaucoup plus de place, comparativement aux autres saisons». «Une des scènes extérieures a été tournée dans une vieille salle de quilles, pendant une nuit complète. Ça se terminera avec un épisode qui se passe au Jour de l’an, où on ramène Gisèle Sanche, la copine de Roch Garneau. Nathalie Coupal a été extraordinairement drôle dans ce rôle-là.»

Guillaume Lespérance produit également Tout le monde en parle et Bonsoir bonsoir!, toutes deux de retour cet automne, la première en direct et sans public en studio, et la seconde dans un format hebdomadaire, le vendredi à 20h, jusqu’à la période des Fêtes. Il est si satisfait de la formule intimiste adoptée par l’équipe de Jean-Philippe Wauthier qu’il confirme qu’«il n’y aura plus jamais de public à Bonsoir bonsoir!». «Les gens se sentent moins en représentation», dit-il à juste titre à propos de ce talk-show, de retour à un rythme quotidien le printemps prochain sur ICI Télé.

D’ailleurs, le producteur affirme n’avoir jamais autant appris que durant cette période intense d’adaptation. «C’est un moment précieux dans notre industrie. Ça t’oblige à repenser tout ce que tu prenais pour acquis. Je n’ai jamais été aussi fier de faire partie de cette reprise des tournages, d’être entouré de gens aussi volontaires, talentueux, professionnels.»

Selon François Morency, ce n’est pas demain la veille que l’industrie pourra revenir aux méthodes de tournages qu’elle connaissait avant la pandémie. «On espère se tromper, mais on a la forte impression qu’on tournera dans les mêmes conditions l’an prochain. Peut-être avec un assouplissement des règles», laisse tomber l’humoriste. Et sûrement beaucoup de plexiglas...

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DENIS BOUCHARD FAIT SON ENTRÉE 

Grand ami de Jean-Pierre Morency, le truculent Roch «Chesseuse» Garneau empruntera un nouveau visage cette saison, celui de Denis Bouchard, qui fait un retour remarqué à la télévision dans un rôle régulier.

Grand ami de Jean-Pierre, le truculent Roch «Chesseuse» Garneau empruntera un nouveau visage cette saison, celui de Denis Bouchard, qui fait un retour remarqué à la télévision dans un rôle régulier. C’est que le comédien Jacques Girard, qui jouait ce personnage coloré depuis la première saison, a choisi de laisser sa place.

«Jacques a 65 ans et est diabétique, ce qui le rend très fragile dans les conditions actuelles. Guillaume et moi, on a tenté de le rassurer tout le printemps sur les conditions qu’on mettait en place, mais il n’était vraiment pas à l’aise», raconte François Morency, tout à fait compréhensif dans les circonstances. Denis Bouchard a alors été appelé en renfort pour reprendre le personnage de Roch, qui apparaîtra dans huit épisodes cet automne.

C’est la première fois que l’acteur prend la relève d’un collègue dans le même personnage. «Quand je l’ai su, j’ai appelé Jacques, que je connais depuis longtemps et on en a parlé. Je ne suis pas Jacques, je ne voulais pas qu’on s’attende que je fasse comme lui. J’arrive avec qui je suis», m’a confié Denis Bouchard, ravi de revenir devant les caméras.

Le comédien ne s’en cache pas: les premiers jours de tournage dans ce contexte particulier ont été éprouvants. «On s’arrachait les cheveux! Pour les techniciens, travailler 12 jours par jour, c’est pas évident. Mais on commence à s’habituer. Tout le monde veut faire le show et y met du sien.»

«Présentement, jouer de la comédie, maudit que ça fait du bien!», affirme l’acteur, qu’on avait vu pour la dernière fois il y a trois ans dans L’imposteur, reprise cet automne sur AddikTV. «Un contre-emploi total de psychopathe. Jamais on ne m’offre ça, et pourtant, j’ai adoré ça.»

Depuis, il a tenu un petit rôle dans la série Edgar, actuellement sur Crave, mais a surtout fait du théâtre. La tournée de sa pièce Le dernier sacrement prévue pour le printemps a cependant dû être reportée, tout comme ses adaptations en France et au Canada anglais. Il a dû prendre un temps d’arrêt pour la première fois en plus de 40 ans de carrière ininterrompue. «C’est comme si je prenais une année sabbatique malgré moi. Je me suis retrouvé dans mes Cantons à replonger dans une pièce que j’avais écrite en 2006, sur quelqu’un qui s’enferme dans son appartement et ne communique avec les autres que par Skype. J’aurais voulu écrire une pièce sur le confinement que je n’aurais pas choisi mieux!»

Denis Bouchard a cependant laissé tomber l’idée de présenter sa pièce avec des comédiens pour un public réduit de 250 spectateurs, préférant opter pour des lectures publiques au cours de l’automne. «Dans une salle de 700 places, mon profit, ce sont les deux dernières rangées, rappelle le dramaturge et metteur en scène. Il faudrait que le gouvernement compense ce manque à gagner, ce qui ne semble pas dans ses priorités pour l’instant. Et je peux le comprendre. Alors, on va attendre!»