Raed Hammoud et Isabelle Maréchal pilotent «Zone Franche».

Laissez-moi parler

CHRONIQUE / C’est bien connu, on n’aime pas la chicane au Québec. Pas pour rien qu’il y ait aussi peu d’émissions de débats dans notre télé, autrement qu’en politique. Que la plus inoffensive carte du fou du roi crée un tollé. C’est là que «Zone franche» arrive, jeudi soir à 20h à Télé-Québec. Une heure d’échanges musclés sur les sujets les plus délicats, arbitrée par Isabelle Maréchal, qui effectue un retour à la télé, et Raed Hammoud, l’un des collaborateurs de «Dans les médias», renouvelée pour l’automne sur la même antenne.

Pour être franche, cette zone l’est pas mal, délimitée à la façon d’une arène, entourée de public. Et quand on libère les lions, ils rugissent. C’est forcément plus dynamique, plus moderne que Droit de parole, qui a fait les beaux vendredis soir de Radio-Québec.

La première émission pose la question la plus épineuse du moment : est-ce qu’on accueille trop d’immigrants au Québec? D’un côté, le président d’Horizon Québec actuel, Alexandre Cormier-Denis, dénonce les «taux délirants d’immigration» et lance : «Quand je vais dans mon quartier et qu’il y a une petite fille pakistanaise de huit ans voilée, je ne me sens plus au Québec. […] C’est pas le Québec qu’on veut!» De l’autre, l’humoriste Mehdi Bousaidan lui réplique : «Vous voulez un Québec blanc catholique? La dernière fois que j’ai entendu ça, c’est en 1938, pis ça a mal fini.»

Sait-on débattre au Québec? On n’est tellement plus habitué qu’on associe automatiquement le débat à la haine de l’autre. Et c’est bien souvent ceux qui déplorent l’absence de débats qui reçoivent la critique avec le plus de véhémence. On n’est pas obligé d’être d’accord... à condition que tu dises comme moi.

Combien de fois entendons-nous dans la première émission de Zone franche : «Laissez-moi terminer!» Ou encore : «Est-ce que je peux parler?» Des mots inutiles, une perte de temps. Arrêtez de demander à l’autre de vous laisser terminer, et terminez, bon sang! C’est ça le débat : parfois, les gens parlent en même temps.

Comme aux Chefs!, on termine l’heure avec un duel : on permet aux deux personnes qui se sont affrontées le plus férocement durant l’heure d’en découdre une fois pour toutes; dans la première, Alexandre Cormier-Denis se mesure à Mariam Hassaoui, professeure à l’UQAM, dans des positions que Raed Hammoud qualifiera d’«irréconciliables» en fin de duel. Le mot est faible.

D’origine française, Isabelle Maréchal reconnaît partager certaines peurs des Québécois de souche, qui craignent de voir leur nation disparaître à force d’ouvrir trop grandes ses portes. À la fin, on fait le débat sur le débat, quand Noémie Morin, coordonnatrice aux ressources humaines chez Coupesag au Saguenay, veut ramener les autres sur Terre, en leur reprochant d’intellectualiser la question. «Faut sortir de ses livres», lance cette femme de terrain, ajoutant que l’entreprise pour laquelle elle travaille dépend de l’immigration. Argument de la pénurie de main-d’œuvre auquel n’adhère pas Frédéric Bastien, professeur d’histoire au collège Dawson, qui répond par des statistiques. On n’en sort pas.

Parmi les prochaines questions : «Tous les criminels sont-ils réhabilitables?» «Pour ou contre le contrôle des armes à feu?» «Faut-il légaliser toutes les drogues?» J’ai fini la première émission pompé, moi qui carbure aux débats. C’est probablement bon signe.

«UNITÉ 9»: LES ADIEUX

La grande finale d’Unité 9 a attiré 1215 000 téléspectateurs, mardi sur ICI Radio-Canada Télé, ce qui lui donne la deuxième position du palmarès derrière District 31, vu par 1292 000 fidèles. O’, dont c’était aussi la grande finale à TVA, occupe le troisième rang avec 903 000. À RDS, le match des Panthers contre le Canadien a retenu 637 000 amateurs. À TVA, c’était soir de finale de saison pour L’heure bleue, qui a attiré 713 000 téléspectateurs.