Richard Therrien
Dans «La faille», Maripier Morin et Isabel Richer jouent une mère et une fille entre qui il s’est visiblement passé quelque chose de grave.
Dans «La faille», Maripier Morin et Isabel Richer jouent une mère et une fille entre qui il s’est visiblement passé quelque chose de grave.

«La faille»: le monde est petit

CHRONIQUE / On l’a dit pour «Fragile» : on tourne rarement en hiver, parce que ça coûte cher et que c’est glacial pour l’équipe. On dit aussi que les plateaux à l’extérieur des grands centres se font trop peu nombreux. «La faille», nouvelle série de Club illico, allie pourtant les deux à l’extrême : direction Grand Nord québécois dans la ville emmurée de Fermont, au pire de la saison morte.

Fruit d’une collaboration de longue date entre l’auteur Frédéric Ouellet et le réalisateur Patrice Sauvé, qui remonte à Grande Ourse, le résultat de La faille est spectaculaire. Mais encore fallait-il que l’histoire soit bonne, condition remplie à merveille. Lorsque commence la série, une odeur pestilentielle règne à l’intérieur du mur. Le cadavre d’une femme masquée est retrouvé dans un conduit d’aération. Mais qui est cette femme? Et pourquoi on l’a tuée? Surtout que les circonstances rappellent la mort d’un garçon trois ans plus tôt. Un beau mystère à résoudre pour la sergente Céline Trudeau, de la Sécurité du Québec, rôle tenu par Isabel Richer, encore une fois fabuleuse.

À première vue, ce voyage à Fermont représente une punition pour l’enquêteuse de Québec. Pourtant, cet endroit qui tolère des températures de moins 60 avec le facteur vent convient plutôt bien à sa froideur, son manque de sensibilité, son détachement. Tout le contraire d’Alex Théberge (Alexandre Landry), le policier qu’on lui a assigné, plus soucieux du sort de ses concitoyens, qu’il côtoie chaque jour. Parce que la série aurait pu s’intituler «Tout le monde se connaît», ou encore «Le monde est petit».

La seule chose qui pouvait nous faire voir un peu de fragilité chez le sergent Trudeau, c’est qu’elle tombe sur sa fille Sophie (Maripier Morin), qu’elle n’a pas vue depuis quatre ans, et qui est allée refaire sa vie à Fermont avec un nouvel amoureux, joué par Jean-Philippe Perras. Le supérieur de Céline (Benoît Gouin) lui avait volontairement caché cette information, faute de quoi elle n’aurait jamais accepté la mission. Maintenant qu’elles auront à se croiser, il faudra bien qu’elles finissent par crever l’abcès et se dire leurs quatre vérités. Parce qu’entre elles, il s’est vraisemblablement passé quelque chose de grave.

Maripier Morin, qui avait joué dans La chute de l’empire américain lorsqu’on lui a offert une audition pour La faille, s’acquitte fort bien de sa tâche. Québecor Contenu souhaitait la voir dans une fiction, mais Patrice Sauvé considère qu’elle avait tout ce qu’il faut pour obtenir le rôle. L’animatrice a d’ailleurs engagé un coach privé pour offrir la meilleure performance possible. Tous les acteurs sont bons, mais Patrick Hivon est particulièrement convaincant en brute colérique, père de l’enfant décédé, qui ferait un coupable idéal.

La réalisation de Patrice Sauvé tire le meilleur de deux atouts : les images d’hiver et le panorama de Fermont. Jamais je n’aurais pensé trouver une mine aussi photogénique. Les images prises par des drones sont majestueuses. Fermont n’est pas qu’un simple décor dans La faille, mais un personnage en soi. L’histoire de Frédéric Ouellet, finement écrite, a été imaginée en fonction de cette ville singulière, qui suscite la curiosité. La production a d’ailleurs obtenu l’entière collaboration de la municipalité, de la mairie jusqu’à un des animateurs de radio de la place, Carl Gagné-Côté, qui apparaît dans la série. Tout ce monde était conscient du rayonnement offert à la ville par cette série.

Si la maison de production Pixcom a pu se payer un tournage aussi imposant, c’est après avoir conclu une entente avec deux distributeurs internationaux, un allemand, l’autre torontois, avant même le tournage de la série. Quand on dit que l’hiver complique les tournages, c’est qu’il faut se procurer des caméras spéciales, fonctionnelles à 20 sous zéro. Pour vous donner une idée des conditions, les acteurs ont dû affronter des rafales de vent de 100 km/h. Et pour qu’ils puissent dire leurs lignes, ils devaient s’appliquer des pochettes chauffantes sur les joues entre les prises. Mais ne vous y trompez pas, bien des scènes intra-muros ont en réalité été tournées à Saint-Hubert, dans un centre commercial désaffecté.

Comme dans tout bon polar, vous passerez votre temps à désigner un coupable. Du moment que vous croyez savoir qui c’est, l’auteur vous amène ailleurs. Le Club illico y croit tellement qu’il a déjà commandé une deuxième saison. Mais que les acteurs se rassurent : ils n’auront pas à se les geler une nouvelle fois, puisque l’histoire n’aura plus lieu à Fermont. Nouvelle enquête, nouveau lieu. Les huit épisodes sont disponibles sur le Club illico. Ça tombe juste à point pour le congé des Fêtes, période parfaite pour visionner des séries en rafale.

«SI ON S’AIMAIT», SÉRIE MAL-AIMÉE?

TVA reporte encore une fois la série docu-réalité Si on s’aimait, qu’il devait initialement diffuser cet automne. Après l’avoir retardée à l’hiver, voici qu’on la réserve plutôt pour la grille du printemps. Déjà qu’on l’avait changée d’heure, la déplaçant de 19h à 19h30, et considérant que les potentiels d’auditoire sont moins élevés au printemps à la télévision, on peut se demander à quel point le diffuseur est insatisfait du résultat. La décision demeure un bon prétexte pour alimenter la programmation du printemps, habituellement assez pauvre. Dans Si on s’aimait, qui s’étale en principe du lundi au mercredi, le couple formé de Guillaume Lemay-Thivierge et Émily Bégin accompagne des participants de 30 à 50 ans dans leur volonté d’améliorer leurs relations de couple, avec Louise Sigouin, experte en accompagnement relationnel. Ils auront eu le temps de se séparer 10 fois entre-temps.