Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien

Bienvenue dans l’après-vie

CHRONIQUE / «Quelle est la récompense pour une vie bien vécue? Les meilleurs jours de votre vie pourraient être après votre mort. Vous avez tout bien fait : vous méritez Lakeview par Horizen», dit la publicité. 

Nous sommes en 2033. On ne parle plus d’aide médicale à mourir, mais de planification de l’«après-vie». Rien à voir avec le mysticisme ou la réincarnation, mais avec la possibilité de transporter votre personne, une fois décédé, dans «le seul environnement numérique de l’après-vie, inspiré des grands hôtels victoriens des États-Unis et du Canada». Moyennant bien sûr un très bon montant d’argent.

Les premières minutes d’Upload, la nouvelle série comique de science-fiction du service de vidéo sur demande Amazon Prime Video, laissent croire à une comédie des années 80 du genre d’Une créature de rêve, avec de bien meilleurs effets spéciaux. La suite révèle une série plutôt divertissante de 10 épisodes, qui se consomme comme un gros bol de bonbons. Surtout pas transcendant, mais un Black Mirror ultraléger, avec du rire, révélateur du narcissisme ambiant et de cette fausse vie qu’on expose en lui donnant l’apparence qu’on veut bien lui donner.

Créée par Greg Daniels (Parks and Recreation, la version américaine de The Office), Upload présente un monde beaucoup trop futuriste pour un avenir si rapproché. Mais après tout, on n’a finalement jamais vécu comme dans Cosmos 1999, et c’est de la fiction. En 2033, donc, on regarde des vidéos entre le pouce et l’index, et on roule dans des véhicules qui ressemblent un peu à des capsules spatiales, qui se conduisent tout seuls. Si vous entrez à l’épicerie, une voix vous rappelle que vous manquez de fer et que vous devriez acheter des épinards. À la pharmacie, c’est pour vous rappeler que votre taille de préservatif est medium. 

Nathan Brown (Robbie Amell), golden boy superficiel de 27 ans, poursuit son existence dans «le seul environnement numérique de l’après-vie, inspiré des grands hôtels victoriens des États-Unis et du Canada».

Et Nitely, l’application de rencontres à la mode, permet de donner une note à ses partenaires sur une échelle de cinq étoiles. Un monde dont on n’a pas trop envie en réalité.

Nathan Brown (Robbie Amell), parfait golden boy superficiel de 27 ans, beaucoup trop soucieux de son image, est victime d’un grave accident et se retrouve en piteux état à l’hôpital. Sa petite amie, bimbo tout aussi stéréotypée, l’empresse de s’assurer un avenir idyllique en se payant un upload chez Lakeview, ce qui leur permettrait de prolonger leur relation artificiellement. Pourquoi mourir à l’ancienne plutôt que de rester virtuellement vivant? Tels ces vendeurs qui veulent vous abonner au câble dans les chambres, une représentante d’Horizen surgit dans le couloir de l’hôpital, qui dispose bien sûr d’une salle d’upload. Voilà Nathan surgit dans l’après-vie.

Son nouveau «lui» dispose alors de l’assistance d’un ange gardien, qui assure que ce passage se déroule le mieux possible. Du centre de contrôle qu’on croirait sorti de 24 heures chrono, Nora Antony (Andy Allo) tiendra ce rôle pour Nathan, à distance et sur place, selon la volonté du client. Surveillé de près par sa superviseure, l’ange gardien a intérêt à satisfaire ses clients, qui lui accordent des notes selon leur rendement. Et à s’impliquer d’un peu trop près, l’ange gardien peut finir par se brûler les ailes. Ça vaut aussi pour la superviseure.

Cette après-vie pourrait bien donner à Nathan un semblant de conscience. À Lakeview, le psychologue parle à travers un chien, les enfants conservent leur apparence juvénile, et tout, absolument tout, se paie. Ceux qui n’en ont plus les moyens en arrachent. Parmi les privilèges de la clientèle, le défunt a droit à des funérailles à la chapelle digitale, commanditées par «Boréal», vidéo souvenir embarrassante incluse. La veuve est beaucoup trop joyeuse pour qu’on ne la soupçonne d’aucun dessein diabolique.

Si les codes de la comédie romantique et la petite morale à l’américaine vous irritent immanquablement, vous risquez de grafigner les murs. Les autres passeront certainement un bon moment, et ils sont déjà nombreux, puisqu’Amazon a déjà renouvelé la série pour une deuxième saison.