Télé et radio

Ce racisme bien enrobé

CHRONIQUE / Certains groupes identitaires enrobent si bien leur discours xénophobe qu’ils parviennent à convaincre même les plus modérés. Si on attendait que les racistes se proclament comme tels, on pourrait croire qu’ils font partie de la légende. «Les chiens qui jappent mordent pas, c’est les chiens qui jappent pas qui m’inquiètent», image Maxime Fiset.

Cet ancien skinhead néonazi de Limoilou, maintenant repenti, œuvre désormais au Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence. Il combat ce qu’il prônait jadis. Vous l’avez déjà vu dans nos pages et chez les autres médias, une première fois en 2008 lors de son arrestation par l’escouade de lutte contre le terrorisme de la Sûreté du Québec, pour propagande haineuse. Sa mère relate l’événement, dévastée. Fiset est sorti encore plus «crinqué» de son procès, avec le fantasme de déclencher une guerre civile. Et l’idée de faire sauter une bombe en pleine fête du Canada.

Aujourd’hui, celui qui a connu le monstre de l’intérieur s’inquiète de la radicalisation ambiante, de ces extrémistes décomplexés. Selon Maxime Fiset, nous sommes assis sur une bombe à retardement, une réalité qu’il tente d’établir dans La bombe, un documentaire de Gabriel Allard-Gagnon (T’es où, Youssef?) que présente Télé-Québec mercredi à 20h.

L’idée n’est pas de savoir si on est plus ou moins racistes que les Américains, que les Français, que tout autre peuple dans le monde. Ça n’a ici aucune importance. L’idée est de savoir s’il existe un réel progrès de la radicalisation au Québec. Le documentaire nous invite à plus de vigilance, à mieux interpréter ces messages racistes qui se déguisent en discours nationaliste et qui fonctionnent par la peur. En cela, l’œuvre y parvient assez bien.

Dans La bombe, dont Maxime Fiset assure la narration, on fait d’abord le rapprochement entre nationalisme et racisme, puis entre l’intimidation dont Fiset a été victime à l’école et sa décision de devenir leader d’un mouvement radical d’extrême droite. Enfin, il explore le passage de la meute au statut de loup solitaire. Un segment où vous verrez des extraits d’un interrogatoire d’Alexandre Bissonnette, où l’auteur de la tuerie de la Mosquée de Québec explique ses motivations et conclut par un: «C’est pas mal, ce que j’ai fait.»

Il s’en est fallu de peu pour que Fiset passe à l’action lui aussi. Il se reconnaît beaucoup dans le discours d’Alexandre Bissonnette, qui avait une urgence d’agir. «Fallait que je fasse quelque chose», répète Bissonnette dans son interrogatoire. Heureusement, Fiset a trouvé un job dans une épicerie et rencontré sa blonde, Marie, avec qui il aura une fille. Ça lui aura ouvert les yeux et fait prendre conscience de la gravité de ses gestes. 

Télévision

Les choix télé de Richard Therrien

Unité 9, ICI Radio-Canada Télé à 20h

La direction de Lietteville tente d’expliquer le geste de Shandy (Catherine-Anne Toupin).

L’heure bleue, TVA à 21h

Revirement inattendu: Clara (Alice Morel Michaud) veut ravoir son bébé et demande l’hospitalité de son amie Zoé.

My Brilliant Friend, HBO à 22h et 23h

Premiers épisodes de cette adaptation des romans d’Elena Ferrante, sur deux jeunes amies à Naples dans les années du communisme.

Télé et radio

TLMEP: la gentille sorcière

CHRONIQUE / Environnement, réincarnation, humour philosophique, il a été question de tout ça, dimanche à «Tout le monde en parle». Mais c’est une entrevue sur les monstres, en toute fin de soirée, qui aura le plus sorti du lot. Il faut dire que l'histoire de l'illustratrice américaine Emil Ferris, auteure du roman graphique «Moi ce que j'aime, c'est les monstres», à qui j'attribue l'étoile du match, relève parfois d'un film d'horreur.

Une agression sexuelle durant son enfance, pendant qu'un épisode de Mr. Magoo jouait à la télé, lui a pourtant fait détester les bandes dessinées durant longtemps. «J'espère qu'en le lisant, les gens trouveront l'inspiration de faire ce qu'ils aiment plus que tout», a lancé cette femme partie de loin.

Terrassée par une forme grave du virus du Nil en 2002, elle a eu tout le bas du corps paralysé, avant de retrouver une partie de sa dextérité. Entre-temps, sans le sou, elle a été expulsée de son appartement, et sa propre fille a dû vendre des vêtements pour qu'elle puisse se nourrir. Même une fois le bouquin complété, elle se servait à même le buffet d'un salon du livre!

La très attachante dame, qui se définit comme une sorcière, n'est pas banale. Pour son livre, elle a travaillé 16 heures par jour durant six ans, et essuyé les refus de 48 éditeurs. Celui-ci a été dessiné entièrement avec un stylo-bille. «C'était de la folie! Je ne sais pas à quoi attribuer ça, à part la maladie mentale», affirme la gentille sorcière, qui voit des monstres partout. Même en Guy A. et en Dany, qu'elle a dessinés en Dracula et sa victime, Renfield.

Autre moment marquant de cette émission par ailleurs un peu terne, cette entrevue remuante avec Louis-Philippe, ce père de famille de Saint-Jérôme qui a oublié son bébé dans sa voiture en août 2016, alors qu'il devait le mener à la garderie. «Jamais je ne vais accepter la mort de mon fils. Je vis avec», a dit le papa de deux autres garçons, et d'une fillette née après le drame. Depuis, les petits drames sont plus difficiles à vivre, mais heureusement, son couple a survécu malgré tout, et jamais sa conjointe ne lui a adressé de reproches. Il porte sur son bras un tatouage qui lui rappelle le petit Jacob chaque jour. Parce qu'on survit à un tel drame. «L'être humain est capable de survivre à ces choses-là. Ça donnerait quoi de ne pas survivre à ça?» demande Émilie Perreault, qui parle d'un bel exemple de résilience. Dans la série Faire œuvre utile, la journaliste a permis à Louis-Philippe de rencontrer Biz, qui a publié un roman sur une histoire semblable, Naufrage.

Dominic Champagne ne s'attendait pas à une réaction aussi violente à son fameux Pacte pour la transition, auquel ont adhéré de nombreux artistes, accusés par la suite de vouloir faire la morale sur la question environnementale. «Le festival de la bouette», résume le metteur en scène. Louis Morissette, lui, avait prévu cette réaction, hésitant au départ à apposer sa signature et en avait prévenu Champagne. De l'autre côté, celui-ci dit recevoir des centaines de courriels inspirants qui appuient le mouvement, et est sorti encouragé de sa rencontre avec le premier ministre François Legault et sa ministre de l'environnement. «J'ai envie d'inspirer mon premier ministre, je lui ai offert mes services», a-t-il dit, ajoutant qu'il pouvait être «un caillou ben tannant dans le soulier».

Pour l'ingénieure Catherine Morency, l'achat de véhicules électriques ne constitue pas un geste vert, à moins que ce soit pour des autobus, qui transportent plusieurs personnes. Elle ajoute qu'il ne manque pas de solutions alternatives à la construction de nouveaux liens routiers. L'économiste François Delorme se dit en faveur d'un organisme indépendant du gouvernement, comme la Banque du Canada, qui serait chargé d'atteindre les cibles en environnement. Il cite un rapport déposé en milieu de semaine, qui prévoit qu'on ratera les cibles de gaz à effet de serre pour 2030, à hauteur de 13%.

Trois millième invitée de «Tout le monde en parle», Virginie Fortin a reçu des critiques très élogieuses de son nouveau spectacle, Du bruit dans le cosmos. Un titre qui lui a été inspiré parce qu'elle s'est toujours questionnée sur l'infini et sur notre présence dans l'univers. Elle écrit ses propres textes avec son chum, Philippe Cigna, et pratique un humour philosophique, même si le terme «ne vend pas tant que ça». L'humoriste, une habituée du Festival Fringe à Édimbourg en Écosse, y va pour donner des spectacles, devant des salles remplies ou parfois vides, mais aussi pour s'inspirer d'autres humoristes. Elle s'est clairement inspirée de Josée Rivard, une figure populaire sur Facebook, pour une parodie à l'émission L'heure est grave à Télé-Québec. La dame forte en gueule et en opinions tranchées lui a répondu, sans qu'on sache trop si elle a aimé, ou pas, la parodie.

Auteur de la trilogie des Fourmis, Bernard Werber a publié La boîte de Pandore, l'histoire d'un professeur qui utilise l'autohypnose pour visiter ses vies antérieures. Le romancier français utilise lui-même ce procédé, et précise qu'il préfère revisiter ses vies agréables. Une médium lui a dit qu'il avait eu 111 vies, au cours desquelles il a été un archer anglais, un samouraï, une femme dans un harem en Égypte. Werber n'a aucune honte de parler de ses croyances. «Je n'ai aucune volonté de convaincre qui que ce soit de quoi que ce soit», dit-il. Et tant mieux, si vous êtes sceptique, ajoute-t-il. «Pour chacun, il y a une réponse différente.» Savez-vous qui vous êtes vraiment? demande le roman. «C'est une œuvre de toute une vie», croit l'auteur, qui en apprend sur lui-même chaque jour. Il utilise la réincarnation comme «outil de détente», afin d'expliquer pourquoi on fait tel choix plutôt qu'un autre. Parce qu'on choisirait même la taille de son pénis avant sa naissance, selon M. Werber. Ce qui a fait dire à Guy A.: «avoir su!»

Alors que les trois précédents albums des Trois Accords ont été produits en partie à New York, Beaucoup de plaisir a été enregistré dans un petit chalet de Saint-Zénon, sans accès à Internet. Le fait qu'ils aient développé d'autres projets autour, comme le Festival de la poutine, explique peut-être leur longévité. Spécialement pour l'émission, ils ont transformé leur chanson Tout le monde capote en «Tout le monde en parle», ce qui pourrait devenir l'hymne de la grand-messe du dimanche soir. Assez pour oublier le ver d'oreille Rassemblés en un même corps, qu'ont plusieurs d'entre nous en tête depuis la visite de Mario Pelchat la semaine dernière.

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RICHARD THERRIEN

«Marina Orsini» et «Entrée principale» ne reviendront pas

BLOGUE / Deux magazines importants de la grille de jour d'ICI Radio-Canada Télé, «Marina Orsini» et «Entrée principale», ne reviendront pas la saison prochaine. Les équipes ont appris la mauvaise nouvelle aujourd'hui même.

Cette décision entraîne l'abolition de 16 postes permanents au secteur Culture, variétés et société. Dans une note interne, la directrice générale, Dominique Chaloult, indique que la décision est «motivée par les orientations stratégiques de Radio-Canada, qui impliquent un redéploiement des ressources lié au virage numérique pour être au diapason de la manière dont le public d’aujourd’hui consomme les contenus audio-visuels.» On dit toutefois avoir l'intention «de conserver une masse critique de capacité de production interne, non seulement en information, en radio et en services numériques, mais aussi en télévision générale où elle sera maintenue en partenariat avec des maisons de production.»

D'année en année, la programmation de jour perd des plumes dans toutes les télés généralistes. Comme émission originale sur ICI Télé, ne restent plus que Ricardo et Le téléjournal midi, les autres cases étant occupées par des rediffusions. L'été dernier, pour la première fois, le diffuseur ne présentait plus de magazine de jour, ayant mis fin à l'éphémère Indice UV. La direction a déjà laissé savoir préférer consacrer ses budgets aux heures de grande écoute.

En ondes depuis l'automne 2015, Marina Orsini avait déjà vu le nombre de ses émissions coupées de moitié cette saison. Les derniers enregistrements auront lieu en décembre. Après six saisons, Entrée principale se poursuivra jusqu'à la mi-avril.

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Télé

Les choix télé de Richard Therrien

L’antichambre, RDS à 19h

On reçoit la nouvelle ministre déléguée à l’Éducation et médaillée olympique, Isabelle Charest.

Infoman, ICI Radio-Canada Télé à 19h30

Rencontre avec Dominic Champagne, et MC Gilles à la manif des opposants au troisième lien.

Raid QC, Canal D à 22h

Étienne Boulay et Véronique Claveau s’entraînent pour le Raid Pulse, une course extrême en Outaouais.

Télé et radio

Mon nouvel ami Léo

CHRONIQUE / En visionnant les quatre premiers épisodes de «Léo», la nouvelle comédie de Fabien Cloutier sur le Club illico, je sentais que nous vivions quelque chose. Un peu comme lorsqu’on avait vu «Les Bougon» la première fois. Léo nous montre des gens qu’on préfère tenir loin de la télé, un monde loin du raffinement des villes et de ce qui est à la mode. Et ça fait franchement du bien.

Remarquez, l’excellente série Faits divers est allée dans cette talle depuis deux saisons, l’emballant dans une enquête policière. Dans Léo, une production Encore Télévision, ce sont eux qu’on raconte, tout cru, sans le prétexte d’une grande histoire. Un récit qui n’est pas si loin du conte, avec ses personnages entiers, bien définis, francs et sincères. N’y cherchez pas de deuxième ou de troisième couche, ils nous apparaissent tels qu’ils sont.

Léo, un personnage que Fabien Cloutier avait créé au théâtre, entreprend la quarantaine sans jamais avoir eu d’emploi, dans le village fictif de Walton, qu’on imagine à trois heures de Mont­réal. Au premier épisode, il mène une vie pathétique, sans but, se laissant aller avec le courant. Quand son meilleur ami Chabot (Steve Laplante, aussi coauteur) décide de se ranger en se mariant et en fondant une famille, Léo se retrouve fin seul, avec ce grand vide qui lui apparaît soudainement immense. Plutôt que de continuer à jouer au Monopoly contre lui-même, Léo décide de se prendre en main et de faire quelque chose de sa vie.

La suite est enthousiasmante. On vit avec lui tous les obstacles qui se dressent sur son chemin, quand il se lance à la recherche d’un job, alors qu’il n’a pas complété son 3secondaire. Sa rencontre avec la propriétaire d’une «cour à scrap» (Brigitte Poupart) est absolument hilarante. Et on le suit aussi quand il se cherche une blonde. Aussitôt engagé dans une usine de gâteaux, il n’a d’yeux que pour Cindy (Marie-Laurence Moreau), l’adjointe administrative, qui lui ferait une parfaite compagne. On ne perd pas de temps avec Léo, qui lui fera savoir bien assez vite ses intentions.

Les acteurs sont fabuleux, y compris les enfants, tous justes. D’ailleurs, quelle distribution. Anne Dorval, dans le rôle de la mairesse et coiffeuse, est truculente et d’une vérité sans nom. Marc Labrèche fait un patron macho irrésistible. Et que dire des «Vainqueurs», l’ancienne gang de Léo, quatre mal engueulés auxquels il ne veut surtout plus ressembler. Vincent Leclerc, Sébastien Dubé, Hubert Proulx et Luc Boucher forment ce quatuor grossier et indésirable. Pour eux, Léo n’est qu’une «moumoune» de vouloir sortir de son quotidien paisible.

Léo n’est pas une série sage. On y sacre, le pot qu’on y fume ne vient pas de la SQDC, et la représentation qu’on y fait des régions est presque folklorique. J’ai demandé à Fabien Cloutier, lui-même originaire de Sainte-Marie en Beauce, s’il craignait que le monde rural n’apprécie pas la façon dont il le dépeint et qu’il crie au stéréotype. «J’ai pas peur. Ils sont beaux, ces personnages-là», me répond-il. Et on le sent qu’il aime chacun d’entre eux, tout au long de la série. «Et puis, on joue partout avec les stéréotypes», plaide-t-il. À l’inverse, l’auteur affirme croiser des gens beaucoup plus stéréotypés, qu’il serait impensable de décrire à l’écran.

À la réalisation, Jean-François Chagnon, ex-Appendice, accomplit un travail admirable, vraiment. Le ton un peu décalé, juste assez amplifié, qu’il donne à Léo est franchement réjouissant. Jamais je n’ai regardé ma montre durant les quatre épisodes, qui passent trop vite. Il m’en reste sept, j’en voudrais plus. Une deuxième saison est en préparation, mais en attendant, les 11 premiers épisodes d’une demi-heure sont sur le Club illico jeudi vers 10h.

V: fini le talk-show

V abandonne la formule du talk-show de 22h, et va plutôt de l’avant avec une quotidienne de variétés humoristique, diffusée du lundi au jeudi à 21h, dès février prochain. Cette nouveauté de 30 minutes sera produite par Julie Snyder chez Productions Toros, mais ne sera pas animée par celle-ci. L’émission n’a pas encore de titre, n’aura pas d’animateur unique, et sera plutôt portée par plusieurs humoristes, désignés dans les prochaines semaines. C’est parce que la formule de talk-show à 22h n’attirait pas le groupe cible des 18-49 ans que V a choisi d’abandonner cette case, et opte plutôt pour celle de 21h, actuellement occupée par des séries américaines. Celles-ci seront décalées à 21h30. V a décidé il y a quelques semaines de ne pas renouveler Le show de Rousseau, le talk-show qui avait succédé à En mode Salvail depuis mars dernier, mais qui obtenait des cotes d’écoute décevantes.

Josélito Michaud avec Pierre-Yves Lord

J’apprends que c’est à Josélito Michaud qu’a été confiée la réalisation de la nouveauté de Pierre-Yves Lord, dont une émission pilote a été enregistrée mercredi dernier. La direction d’ICI Radio-Canada Télé n’a voulu donner aucun détail sur ce concept, et préfère ne pas se prononcer avant d’avoir vu le montage final de cette émission, bâtie autour d’histoires de vie de personnalités connues et de parfaits inconnus.

RICHARD THERRIEN

V: fini le talk-show, mais de l'humour à 21h

BLOGUE / V abandonne la formule du talk-show de 22h, et va plutôt de l'avant avec une quotidienne de variétés humoristique, diffusée du lundi au jeudi à 21h, dès février prochain.

Cette nouveauté de 30 minutes sera produite par Julie Snyder chez Productions Toros, mais ne sera pas animée par celle-ci. L'émission, qui n'a pas encore de titre, n'aura pas d'animateur unique, et sera plutôt portée par plusieurs humoristes, désignés dans les prochaines semaines.

C'est parce que la formule de talk-show à 22h n'attirait pas le groupe cible des 18-49 ans que V a choisi d'abandonner cette case, et opte plutôt pour celle de 21h, actuellement occupée par des séries américaines. Celles-ci seront décalées à 21h30.

V a décidé il y a quelques semaines de ne pas renouveler Le show de Rousseau, le talk-show qui avait succédé à En mode Salvail depuis mars dernier, mais qui obtenait des cotes d'écoute décevantes. Il n'a jamais été question de ramener Éric Salvail à l'antenne.

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Télé et radio

«Bébéatrice»: douce irrévérence

CHRONIQUE / Que voulez-vous pour souper? Des œufs grouillés? Du poulet mignon? À moins que vous ne préfériez des petites crevettes de Manhattan? Les mots sont de Béatrice, que son père Guy A. Lepage citait sur Twitter avant de coucher sur papier ses plus savoureuses réflexions, avec l’illustrateur Éric Godin. L’idée a grandi puis donne lieu aujourd’hui à ce qu’on présente comme la première sitcom animée, «Bébéatrice».

Pour une fois, tout vous sera offert gratuitement. D’abord, sous forme de neuf capsules de cinq minutes, dès aujourd’hui sur ICI Tou.tv, et neuf autres le 21 novembre. Puis durant les Fêtes, regroupées en quatre demi-heures, sur ICI Radio-Canada Télé.

Les extraits qu’on nous avait montrés jusqu’à maintenant n’annonçaient rien d’extraordinaire. Pourtant, on succombe au charme de la petite Bébéatrice, qui n’est pourtant pas un ange, et se montre aussi capricieuse qu’entêtée. Bébéatrice n’est pas une série qu’on regarde en se tapant sur les cuisses; son humour fait sourire plus qu’il fait rire, et rappelle à quel point les enfants peuvent se montrer éloquents et nous sortent souvent des perles.

Bébéatrice a donc quatre ans et demi dans la série, et n’a évidemment pas encore commencé l’école, une période bien particulière de l’enfance. Son histoire est inspirée à moitié de la véritable existence de la famille Lepage-Campeau; le reste a été imaginé par les auteurs. Oubliez le 3D ou l’animation très réaliste des grands films d’animation; l’illustration d’Éric Godin est minimaliste, mais tout à fait appropriée au genre. Bébéatrice se regarde très bien en capsules, à petites doses.

On a annoncé une série irrévérencieuse; peut-être parce qu’on est habitué à un humour beaucoup plus vulgaire et provocant, parlons donc d’une douce irrévérence, comme lorsque Bébéatrice répète avec un brin de provocation les jurons de son père. On joue quand même d’audace, en abordant le black face, quand Bébéatrice arrive le visage barbouillé pour «imiter» son ami haïtien. Un procédé que permettent l’enfance et le dessin animé, mais qui aurait été impensable avec de vrais acteurs.

Comme dans la vie, Papa Guy n’y a pas beaucoup d’autorité. Pour que Bébéatrice mange ses brocolis, il lui promet deux parts de gâteau. Mais ne parlez pas de délicatesse à la petite démone : elle tranche la tête de sa poupée, et malmène son petit chien, Attaque. On lui offre un poussin? Craignez le pire.

Pour prendre vie, Bébéatrice emprunte la voix d’Élia St-Pierre, une jeune comédienne de 10 ans, qui a déjà une longue feuille de route de doublage (Le grincheux, Les Minions, Le bébé boss), et que vous avez peut-être vue dans O’, dans le rôle de Coralie. Une enfant brillante, adorable, qui a impressionné tout le plateau, et qui est des 110 scènes des 18 premiers épisodes.

Pour les autres personnages, Guy A. Lepage joue lui-même Papa Guy, et Mélissa Désormeaux-Poulin est Mamanie, l’alter ego de Mélanie Campeau, épouse de Guy et co-productrice de la série avec Luc Châtelain. Guillaume Lambert prête sa voix à Théo, le grand frère, qui étudie à Londres. Le vrai Théo, lui, a quitté Londres pour compléter un doctorat à Providence. Enfin, Muriel Dutil joue grand-maman Suzanne, en plus de Laurent Paquin, Bruno Landry, Émilie Bibeau et Sylvie Potvin qui incarnent des rôles secondaires. La chanson-thème, signée Coeur de pirate, est vraiment charmante. L’artiste l’interprète en compagnie de Béatrice Lepage, la vraie, avec qui elle avait chanté sur le plateau d’En direct de l’univers.

L’équipe travaille déjà à une deuxième saison. On y illustrera entre autres la réaction de Bébéatrice à la rencontre d’une personne transgenre. L’héroïne est comme tous les autres enfants, a des réactions parfois gênantes, comme lorsqu’elle arrive devant la voisine, Mme Moreau, à qui elle lance : «Je t’aime, même si t’es grosse!» Ou lorsqu’elle la console de la mort de son mari au salon funéraire : «Ça sert à rien de pleurer comme ça, y reviendra pas.» Pas de méchanceté dans son propos, juste trop de franchise.

Contrairement aux autres séries d’animation, on a conçu les dessins à partir des textes français, et non anglais, comme c’est la norme. Mais déjà, des producteurs se sont montrés intéressés au dernier Mipcom, marché de l’audiovisuel, où on a montré des épisodes en français de France et en anglais.

Télé et radio

«Appelez mon agent», du bonbon

CHRONIQUE / Tous ceux qui ont vu les deux premières saisons d’«Appelez mon agent» savent à quel point cette série française est savoureuse. Une parodie du monde des agents d’artistes, à laquelle participent de grandes vedettes qui jouent leurs propres rôles, aux côtés d’acteurs qui incarnent des agents et leur entourage. La série, dont le producteur et idéateur, Dominique Besnehard, était à «Tout le monde en parle» dimanche, s’intitule là-bas «Dix pour cent» et plaît autant au public qu’à la critique.

Eh bien, vous ne serez pas déçu en voyant la troisième saison déjà en ligne sur l’Extra d’ICI Tou.tv. Fait étrange: l’œuvre ne commence que mercredi sur France 2, de sorte que nous l’avons avant les Français. Dans ces nouveaux épisodes, nous retournons donc à l’agence ASK. Évidemment que le personnage d’Andréa (Camille Cottin) n’allait pas quitter la série pour faire carrière à New York. Enceinte jusqu’au cou de son patron narcissique, mais vivant toujours sous le même toit que sa conjointe, elle tient à travailler jusqu’au bout. Le premier épisode, avec Jean Dujardin trop habité par son personnage, est absolument hilarant. L’acteur, qui vient de compléter le tournage d’un film durant six mois dans la forêt, refuse de sortir de son rôle, vit dans les arbres, a une barbe beaucoup trop longue et refuse de se laver. Sa fille, désespérée, implore Andréa de le sortir de là.

Monica Bellucci fait preuve d’une irrésistible autodérision dans le second épisode, incapable de préparer une infusion, s’en remettant constamment à sa gouvernante. Preuve qu’on est encore dans la fiction: la sublime actrice n’en peut plus des hommes riches et célèbres, trop compliqués; elle veut «un homme normal». Son agent, Gabriel (Grégory Montel), s’improvise donc conseiller matrimonial, une autre démonstration du rôle très large des agents, qui déborde souvent du cadre professionnel. Ainsi, Monica se coiffe d’une perruque blonde pour passer inaperçue dans une soirée, et ainsi, convaincre un homme de l’apprécier pour ce qu’elle est et non pour ce qu’elle projette. Attendez de voir le résultat.

Dans les épisodes suivants, vous verrez un Gérard Lanvin à l’égo démesuré, Béatrice Dalle refuser de tourner une scène de nudité dans un film, et Isabelle Huppert accepter trop de propositions en même temps. Dans d’autres milieux, il y a longtemps que le grand patron de ASK aurait été accusé de harcèlement psychologique. D’ailleurs, la patience de ses employés et associés a des limites, comme vous le constaterez dès le deuxième épisode. Une rébellion en vue?

Si vous n’êtes pas abonné à l’Extra, sachez que la série sera diffusée sur ICI ARTV dès le 7 février à 21h, à raison de deux épisodes chaque jeudi. Ces six nouveaux chapitres nous parviennent quelques semaines avant le début de la version québécoise, Les invisibles, à TVA. Produite par Sophie Lorain, celle-ci comptera 24 épisodes d’une heure, et mettra en vedette Bruno Marcil, Karine Gonthier-Hyndman, Benoît Mauffette et Danièle Lorain dans les rôles d’agents d’artistes. Parmi les vedettes qui défileront dans leurs propres rôles, citons Marc-André Grondin, Guillaume Lemay-Thivierge, Louise Marleau, Rémy Girard, Hélène Florent et Sophie Lorain, qui coréalise la série avec Alexis Durant-Brault. Catherine Léger signe les textes. Curieux de voir comment on aura su adapter le concept original à notre réalité. Je vous en reparle assurément.

***

BONNE AVANCE POUR RÉVOLUTION

L’émission de danse Révolution a pris les devants dimanche, suivie par 1292000 téléspectateurs à TVA. Tout le monde en parle arrive au second rang avec 950000 fidèles sur ICI Radio-Canada Télé, suivie de LOL (825000) et de La vraie nature (761000). À V, Occupation double Grèce a retenu 585000 irréductibles, étant l’émission la plus regardée chez les 18-34 ans.

Télé et radio

Sereine Marie-Mai

CHRONIQUE / Marie-Mai s’est peut-être fermé des portes en quittant son ancienne maison de disques, Musicor, mais ce mouvement était nécessaire pour elle. «J’ai décidé de parier sur moi, sur mes valeurs», a-t-elle expliqué à «Tout le monde en parle», dimanche, dans ce qu’on peut appeler un retour sous les projecteurs, où elle est apparue très sereine.

Dans cette entrevue extrêmement sympathique, qui ouvrait l’émission, il a bien sûr été question de Fred St-Gelais, l’autre «50 %» de son ancienne vie, avec qui elle formait autant un duo amoureux que professionnel. Pas question toutefois de recréer la même collaboration avec son nouveau conjoint, David Laflèche, qui l’a tout de même aidée pour la direction artistique de son nouvel album, Elle et moi. Cette «elle», de Elle et moi, c’est cette Marie-Mai qui dissimulait ses faiblesses, de peur de déplaire à son public.

Il a aussi été question de sa rupture avec Productions J, qui n’a pas été facile. «C’est comme un divorce, les avocats se mêlent de ça, c’est un gros bordel», a-t-elle décrit, avant d’envoyer tout de même quelques fleurs à Julie Snyder. Est-elle barrée de TVA depuis qu’elle a aussi quitté Musicor, une division de Québecor? Pas à ce point, dit-elle, mais elle n’a pas remis les pieds chez le diffuseur depuis cette décision. «On me donne le minimum, des poussières», remarque-t-elle au sujet de la couverture que lui accorde l’empire depuis. Une situation qui ne l’étonne pas, on l’avait prévenue «très clairement» que c’est ce qui arriverait. Non, on ne l’a pas réinvitée comme coach à La voix, mais elle semble avoir pris un plaisir fou à participer à The Launch, la téléréalité musicale de CTV, où elle partage le plateau avec entre autres Bryan Adams et Sarah McLachlin. Pour son nouvel album, elle a invité des fans chez elle, mais pas la presse comme l’a fait Ginette Reno. «Même si j’avais invité les journalistes, il y en a une maudite partie qui seraient pas venus!» a blagué la chanteuse.

Virulent plus tôt cette semaine au lendemain de l’ADISQ, Mario Pelchat s’est montré pas mal plus modéré sur le plateau de Tout le monde en parle. Il affirme toujours que le gala ne fait pas suffisamment d’espace aux artistes populaires et trop aux «marginaux plus à gauche», mais avec un grand sourire. Même douceur quand Guylaine Tanguay et lui ont vanté les mérites d’Hubert Lenoir, après avoir dénoncé son geste de s’enfoncer un Félix dans la gorge. La chanteuse country y a vu un «manque de respect» pour ce «grand monsieur» qu’était Félix Leclerc.

Il ne fera pas son propre gala de popularité, et ne remettra pas des «Mario», comme le suggérait Mario Girard dans La Presse. «Ça serait drôle, parce qu’il chialerait contre le gagnant du premier Mario!» a blagué Guy A. Mario Pelchat a quand même remis en doute la parole de l’ADISQ sur les nouveaux pourcentages de la votation dans les catégories des interprètes de l’année. À ses côtés, Marie-Mai ne semblait pas du tout d’accord avec sa vision. La carte du fou du roi : «On a désormais deux traditions annuelles : la marmotte qui sort de son trou au printemps et Mario Pelchat qui fait sa crise au lendemain de l’ADISQ».

L’histoire de Vito Rizzuto, racontée dans le livre du collègue de La Presse, Daniel Renaud, est fascinante. Enquêteur de la GRC durant 35 ans, Lorie McDougall a collaboré à Vito Rizzuto : La chute du dernier parrain, après avoir suivi celui-ci en filature. L’histoire de l’agent double, une séduisante policière qui s’est fait passer pour une représentante de crèmes de beauté, est savoureuse. Charmé par sa voisine à bord d’un avion, M. Rizzuto lui a raconté des faits très privés de sa vie, s’autoproclamant «parrain allégué de la mafia montréalaise». Daniel Renaud s’est montré extrêmement prudent dans la rédaction de son livre, évitant de mentionner certains noms. «Je ne voudrais jamais avoir mis la vie de quelqu’un en danger ou être responsable d’une tentative de meurtre parce que j’ai écrit quelque chose. […] Il y a des choses qui ne s’écrivent pas.»

Conversation très éclairante sur les élections de mi-mandat aux États-Unis, avec les deux spécialistes Rafael Jacob et Karine Prémont. S’il est vrai qu’une majorité démocrate empêchera la construction d’un mur sur la frontière mexicaine, Jacob est convaincu que le mur n’aurait jamais été construit de toute façon. Le plus gros impact, selon lui, concerne les enquêtes publiques que pourront lancer les démocrates contre Donald Trump. Il explique notamment l’absence de vague démocrate par la sortie de vote massive en milieu rural comme en 2016. Selon Karine Prémont, l’élection de deux femmes autochtones à la chambre des représentants et d’un premier homosexuel comme gouverneur s’explique par une mobilisation de la diversité américaine. «Ils ont dit : “Les États-Unis d’Amérique, c’est pas juste le pays des hommes blancs de Donald Trump, c’est le pays de tout le monde”.» Mais à ceux qui rêvent d’une destitution du président, Karine Prémont répond ceci : «Je ne vois pas tellement les démocrates se lancer là-dedans.» Selon Rafael Jacob, une éventuelle solide récession pourrait compliquer la tâche de Donald Trump pour sa réélection dans deux ans. Pour l’instant, aucun adversaire valable se pointe du côté démocrate pour lui faire de l’ombre.

Il a été au final très peu question d’Appelez mon agent (Dix pour cent en France) avec l’idéateur et producteur de cette excellente série française, Dominique Besnehard. La troisième saison est disponible depuis vendredi sur l’Extra d’ICI Tou.tv. Celui qu’on a surnommé l’agent le plus influent en France a eu dans son écurie Isabelle Adjani, Sophie Marceau et Pierre Richard. Ami de la productrice Denise Robert, il supervisera la sortie de La chute de l’empire américain en France. Il était en colère en apprenant que le film de Denys Arcand n’ait pas été sélectionné pour la course aux Oscars, persuadé que le Canada aurait obtenu une seconde statuette après Les invasions barbares.

On a vu Marie-Mai fulminer en entendant Dominique Besnehard minimiser le phénomène du harcèlement sexuel, lorsqu’il a été question du producteur Harvey Weinstein. En 20 ans comme agent, il n’a été témoin qu’une seule fois d’un cas du genre, ajoutant que «des actrices illustres n’ont jamais été dérangées» par Weinstein. La carte du fou du roi : «Pour que vous compreniez bien le sentiment de l’artiste face à son agent, on a pris 10 % de votre cachet et on l’a lancé par la fenêtre».

Auteurs de Joe Beef : survivre à l’Apocalypse, Frédéric Morin et David McMillan, les chefs chouchous du regretté Anthony Bourdain, avaient un peu pressenti son mal de vivre et son suicide. Après l’intervention de cette vedette de la gastronomie en leur faveur, «tout a changé. Les soirées tranquilles de janvier, y’en avait plus», explique McMillan, qui semble regretter avoir affirmé dans une entrevue que Toronto avait désormais de meilleures tables que Montréal. Il vante la clientèle québécoise, beaucoup plus audacieuse dans ses choix que le public new-yorkais, par exemple. «Vous devriez faire un show tous les deux. Sur scène, ce que ça serait!» leur a lancé Dominique Besnehard. Bonne idée.

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