Le chef Gilles Bellemare, qui a réalisé les arrangements de Richard Desjardins symphonique, a dirigé avec un évident plaisir la répétition avec l’OSTR et l’auteur, compositeur, en vue du spectacle qui sera présenté mercredi soir à l’Amphithéâtre Cogeco.

Richard Desjardins et l'OSTR: «Un show de magie»

MONTRÉAL — C’est dans un sous-sol de la Place des arts de Montréal que l’OSTR et Richard Desjardins ont répété en vue du spectacle Richard Desjardins symphonique qui sera présenté mercredi soir à l’Amphithéâtre Cogeco. Sous la direction fervente d’un Gilles Bellemare toujours fier de ses arrangements, on pouvait sentir une fébrilité qui ne se retrouve que dans le contexte des grands événements.

Richard Desjardins symphonique a été présenté plus d’une vingtaine de fois depuis sa création à Montréal en 2004. Les chansons du grand auteur et compositeur sur les arrangements de Gilles Bellemare ont notamment fait fi de l’Atlantique pour être entendues en France et en Suisse. Pourtant, ce retour en terre trifluvienne a valeur symbolique puisque l’arrangeur sera au pupitre, ce qui n’est pas toujours le cas, et qu’il dirigera l’Orchestre symphonique de Trois-Rivières pour lequel l’œuvre avait d’abord été pensée.

Le cours des choses étant sinueux par nature, ce concert n’a été offert qu’à deux occasions à Trois-Rivières, en 2006 et 2011. Et une seule fois, en 2006, avec l’OSTR pour accompagner Desjardins. Les retrouvailles prennent aujourd’hui une nouvelle couleur du fait que le tout sera présenté à l’Amphithéâtre Cogeco.

«Richard est en super forme, les musiciens travaillent extrêmement bien et l’ambiance est vraiment au travail sérieux et profitable», indiquait un Gilles Bellemare tout sourire au moment d’une pause au milieu de la répétition.

Le chef avouait connaître une journée pleine d’émotions parce qu’il reprenait contact avec un orchestre dont il a été le chef et l’âme pendant 27 ans mais qui a beaucoup changé depuis la dernière fois où il l’a dirigé. «Il y a des amis que je n’avais pas vus depuis longtemps, d’autres que j’ai revus à l’occasion mais faire de la musique de nouveau avec eux, c’est toujours extrêmement agréable.»

Mine de rien, les arrangements de maestro Bellemare datent d’une quinzaine d’années et il reprend donc contact avec une œuvre dont il avait été éloigné pendant quelques années. «C’est tout simplement une redécouverte pour moi. Ça fait quinze ans que ce matériau-là est écrit et ça fonctionne toujours. Il y a des choses qui sont vraiment bien ficelées et dont franchement, je suis très content. Je sens vraiment que les musiciens sont heureux de jouer ça et Richard aussi. »

«On se réapproprie un matériau qu’on a énormément choyé à l’époque de la création mais avec tout le bagage d’expériences récentes que le métier peut nous amener C’est une relecture qui est peut-être même un peu plus profonde que ce qu’on avait fait jusqu’ici.» Pour ce qui est du plaisir, il apparaît aussi pur et intense qu’il y a quinze ans. «Évidemment que le plaisir est au centre de toute la démarche. S’il n’y avait pas ça, on ne se lancerait pas dans pareille aventure. Et ce qui est merveilleux, c’est que je sais que c’est un plaisir qui va être partagé avec les mélomanes qui vont assister au concert.»

En toute candeur, l’arrangeur avoue qu’il y a aujourd’hui des choses qu’il écrirait autrement. «Des fois, je trouve l’orchestre très volubile et il pourrait l’être moins. Par contre, ce que je ne peux nier, c’est que ça marche. Le matériau est tellement intense, les paroles, tellement fortes. Et je dois dire qu’il y a des passages qui m’émeuvent encore aujourd’hui quand je les entends. On va faire Le bon gars tout à l’heure ou encore Le buck ou La maison est ouverte qui débute le spectacle. Tout ça fonctionne vraiment très bien.»

À côté du chef au moment de l’entrevue, Richard Desjardins opine avec un sourire. Lui ne vit pas exactement la redécouverte dont parle Gilles Bellemare puisqu’il a interprété ce concert en Abitibi au cours de l’été sous la baguette d’un autre chef. «On ne s’habitue pas à pareille formule: il faut que tu y vois à chaque fois que tu le présentes. Il y a tellement de stock là-dedans! Ce n’est pas comme quand j’interprète mes chansons de mon côté avec d’autres musiciens. Là, il faut que je m’adapte à chaque fois. C’est un gros effort de ma part.»

Après plus d’une vingtaine de représentations, échelonnées sur bon nombre d’années il est vrai, il ne connaît toujours pas la recette de la réussite. «Ça dépend des soirs. Certains soirs, c’est magique, tout simplement. Des gens me demandent souvent quelle chanson je préfère; la vérité c’est que ça aussi, ça dépend des soirs. Certaines fois, une chanson est exceptionnelle et l’autre soir, c’est une autre.»

Assurément, pour celui qui leur a donné vie, les œuvres prennent une dimension tout autre dès que l’orchestre les projette dans l’univers. «C’est tellement beau! Je ne pouvais pas imaginer en écrivant telle ou telle chanson qu’un jour j’aurais une enveloppe sonore semblable. C’est comme nager dans une piscine de beauté tout le long de la chanson. C’est une autre toune. En fait, c’est tout un show de magie.»

Pour le chef, cette magie est capricieuse mais toujours accessible par la grâce des dieux de la musique. «Dans ce concert, on a un public devant nous et on lui envoie des messages. On sait qu’à tel ou tel endroit, ça marche; la communication se fait et le public le reçoit dans le cœur. On ne sait pas trop pourquoi ça arrive mais on le sent. Quand les gens reconnaissent les premières mesures de certaines chansons de Richard et qu’ils se mettent à applaudir et siffler, moi, ça me donne des ailes! Je me dis que c’est dommage qu’on n’ait pas la même réaction devant Beethoven et Schubert.»

«À la fin, les gens sont debout, ils vibrent, ils sont emportés et ça se fait tout naturellement. C’est pour ça que je n’ai pas fait de concession dans l’écriture. Ça sonne comme un vrai orchestre symphonique sur des chansons magnifiques.»