Josée Grandmont consacre sa vie professionnelle au patrimoine religieux étant à la tête du Musée des Ursulines de Trois-Rivières qui chapeaute les visites de la chapelle des Ursulines mais aussi celles de l’église St. James, de l’autre côté de la rue.
Josée Grandmont consacre sa vie professionnelle au patrimoine religieux étant à la tête du Musée des Ursulines de Trois-Rivières qui chapeaute les visites de la chapelle des Ursulines mais aussi celles de l’église St. James, de l’autre côté de la rue.

Retrouver nos églises

François Houde
François Houde
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Les bâtiments religieux font partie de notre environnement depuis toujours. Au moment où la baisse de la pratique religieuse met en péril la survie de plusieurs d’entre eux, il apparaît plus que pertinent de sensibiliser le public à leur valeur patrimoniale. Dans ce contexte, la tenue des Journées du patrimoine religieux les 12 et 13 septembre apparaît comme particulièrement judicieuse.

En tout, 138 églises accueillent les visiteurs à travers le Québec. En Mauricie, ce sont sept lieux de culte qui sont visés : la chapelle des Ursulines, l’église St. James et le Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap à Trois-Rivières, ainsi que les églises de Saint-Alexis-des-Mont, de Sainte-Anne-de-la-Pérade, de Batiscan et de Champlain. Au Centre-du-Québec, on retrouve la Cathédrale de Nicolet, l’église Saint-George de Drummondville, l’église Saint-François-Xavier de Saint-François-du-Lac, l’église de Fortierville ainsi que l’église Saint-Grégoire-le-Grand du secteur Saint-Grégoire de Bécancour. L’entrée sera gratuite mais partout, il sera possible d’effectuer un don volontaire.

Josée Grandmont consacre sa vie professionnelle au patrimoine religieux étant à la tête du Musée des Ursulines de Trois-Rivières qui chapeaute les visites de la chapelle des Ursulines mais aussi celles de l’église St. James, de l’autre côté de la rue. Qu’on la retrouve aujourd’hui à la présidence du Conseil du patrimoine religieux du Québec apparaît comme une évidence commandée autant par son expertise que sa passion pour ce domaine. «Si tu demandes à mes enfants, ils vont te dire qu’en famille, on a visité toutes les églises du Québec», rigole-t-elle. «Ils exagèrent pas mal, mais c’est vrai que quand je passe devant une église dont les portes sont ouvertes, c’est plus fort que moi : il faut que j’y entre pour la voir.»

«Après toutes ces années à m’y intéresser, je trouve ça encore très beau et très émouvant, des églises. Ce qui attire toujours mon regard, ce sont les plafonds qui présentent le plus souvent des décors peints ou des ornements architecturaux remarquables. C’est souvent grandiose. Aussi, je suis intéressée de voir les orgues, d’impressionnantes œuvres d’art en soi. Il reste que l’impression d’ensemble qu’offre chaque église est toujours quelque chose de vraiment spécial que tous peuvent pleinement apprécier.»

Pour elle, ce week-end de portes ouvertes à la grandeur de la province est une évolution normale des choses. «On le fait à Montréal depuis deux ans à cette période de l’année et on augmente le nombre d’églises accueillant les gens d’une année à l’autre. C’était simplement normal qu’on en arrive à étendre l’événement à tout le Québec même si la pandémie ne nous a pas aidés pour mettre le tout sur pied.»

En effet, les églises n’ont rouvert leurs portes qu’en juillet et dans bien des cas, les responsables sont des gens d’un certain âge qui font partie de la tranche de population la plus à risque devant la COVID-19. Malgré tout, le cours des événements a donné le temps aux organisateurs d’instaurer toutes les mesures sanitaires appropriées et tout sera exécuté dans la plus grande sécurité. Les églises ont le plus souvent cet avantage d’être vastes et de permettre facilement une distanciation minimale entre les individus.

La chapelle du Musée des Ursulines provoque l’émerveillement chez les visiteurs qui y entrent.

Interrogée sur son degré d’optimisme devant le succès de cette première provinciale, la présidente du CPRQ admet que la météo sera un facteur déterminant. «C’est toujours un facteur primordial mais pour ce qui est de l’intérêt des visiteurs, il ne fait pas de doute. On le voit chez nous au Musée des Ursulines de Trois-Rivières: les gens sont toujours très impressionnés par la chapelle. Cet été, c’est plus vrai que jamais puisque les travaux effectués à la façade du monastère nous ont forcés à faire entrer les visiteurs directement par la chapelle et leur réaction est toujours très forte. Mon expérience me démontre que les gens sont toujours attirés par les églises.»

Ce n’est plus guère une question de culte ou de croyance religieuse, évidemment. L’histoire que recèlent ces monuments est devenue l’intérêt principal des visiteurs. «Oui, l’architecture intéresse les gens mais c’est l’histoire qui fascine d’abord et avant tout les gens. C’est d’autant plus vrai dans un lieu comme celui que je dirige qui est consacré à la très riche histoire des Ursulines à Trois-Rivières. Par ailleurs, à l’église St. James, ce sont les nombreux usages différents du bâtiment à travers les siècles qui étonnent les visiteurs.»

Variété

Le contraste de décors entre l’austérité des églises anglicanes et le faste des églises catholiques est, dans cet exemple, très évident, et ce, à quelques mètres de distance à peine. «On voit à quel point les mentalités sont différentes, indique Josée Grandmont. Ce sont deux façons différentes d’aborder le culte. La variété est d’ailleurs un des aspects particulièrement intéressants de ce que nous avons à offrir dans la région. On retrouve de très vieilles églises le long du Chemin du Roy où les paroisses datent de l’époque de la Nouvelle-France et où les bâtiments sont marqués par une certaine similitude architecturale. À l’autre bout du spectre, on a la Cathédrale de Nicolet, un bâtiment datant du milieu du siècle dernier avec son style tout à fait moderne ou encore le Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap.»

«On constate que les styles architecturaux changent mais qu’on conserve presque toujours cette idée de majesté qui s’exprime différemment selon les époques. D’ailleurs, peut-être parce que je suis originaire de la rive sud et que j’ai un préjugé, je recommande fortement aux visiteurs qui en auront l’occasion de faire une visite guidée de la Cathédrale de Nicolet qui est vraiment extrêmement intéressante.»

Dans les sept lieux de la Mauricie et les cinq du Centre-du-Québec qui seront ouverts pour ces Journées du patrimoine religieux, du personnel sera sur place pour répondre aux questions des visiteurs et, dans bien des cas, offrir une visite guidée. Pour ce qui est des horaires, ils ne sont pas uniformes si bien qu’il convient de consulter le site www.journeesdupatrimoinereligieux.ca au préalable.

Certains endroits vont ajouter à la visite proprement dite une plus-value non négligeable comme au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap alors que l’organiste Martin Bournival s’exécutera dimanche entre 14 h et 15 h ou à Saint-François-du-Lac où l’organiste accompagnera les visiteurs sur l’orgue de la célèbre maison Casavant de l’église Saint-François-Xavier dimanche en après-midi.

Pour Josée Grandmont, les orgues sont d’impressionnantes œuvres d’art en soi.

Pour Josée Grandmont, il est évident que cette initiative d’offrir un week-end annuel de visites du patrimoine religieux est une pratique qui doit se pérenniser. «Les églises sont au centre de l’histoire du Québec, soutient-elle. C’est dans leur propre histoire que les gens ont l’occasion de se plonger. Au sein des petites communautés, l’église est souvent l’endroit autour duquel se développait le village.»

«Aujourd’hui, pour survivre, bien des églises doivent se trouver une nouvelle vocation, constate la présidente du CPRQ. Depuis 25 ans que le gouvernement investit dans des projets pour trouver d’autres utilisations aux églises, on s’aperçoit que ceux qui fonctionnent, ce sont ceux qui émanent des citoyens eux-mêmes. Dans ces efforts de réappropriation, on redonne souvent au lieu de culte une vocation perdue à travers le temps : celle d’un simple lieu de rassemblement où les gens peuvent échanger. C’est un aspect essentiel à la vie communautaire mais souvent, on n’a pas trouvé d’autres endroits pour jouer ce rôle; c’est aux églises que ça revient.»