Le politologue et Trifluvien d’origine Rafael Jacob présentera son dernier essai, Révolution Trump, dans le cadre d’une rencontre d’auteur mardi à 17 h 30 à la Librairie Poirier de Trois-Rivières.
Le politologue et Trifluvien d’origine Rafael Jacob présentera son dernier essai, Révolution Trump, dans le cadre d’une rencontre d’auteur mardi à 17 h 30 à la Librairie Poirier de Trois-Rivières.

Regard éclairé sur une présidence unique

TROIS-RIVIÈRES — Il est permis de penser que rarement la politique américaine a autant retenu l’attention de ce côté-ci de la frontière et qu’on le veuille ou non, la présence de Donald J. Trump à la Maison-Blanche y est pour quelque chose. Après trois années à la présidence et avec une élection en vue, le tout récent livre de Rafael Jacob "Révolution Trump" ne peut arriver à un moment plus opportun pour nous permettre d’analyser ce règne tumultueux.

Précisons d’abord que Jacob est chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand et qu’il détient un doctorat en science politique de l’université Temple, de Philadelphie. Or, son parcours académique a débuté à Trois-Rivières puisque ce natif de Cap-de-la-Madeleine a étudié au Séminaire Saint-Joseph de Trois-Rivières et au Collège Laflèche.

C’est donc un retour au bercail que la rencontre d’auteur à la Librairie Poirier du boulevard des Récollets en compagnie de Patricia Powers mardi, au tour de 17 h. La rencontre est publique et gratuite.

Plusieurs le savent déjà, Rafael Jacob est un amant passionné de la politique américaine. Son bouquin témoigne de cette ferveur. Il brosse un large tableau de tout ce que la présidence Trump amène de bouleversements dans la méthode comme dans les politiques. Que ce soit dans la politique intérieure, les questions commerciales, les relations internationales ou la vie à la Maison-Blanche ou, plus globalement, sur le probable héritage du 45e président, tant aux États-Unis que dans le monde, cette présidence bouscule tout.

«Ce qui est certain, dit Rafael Jacob, c’est qu’on vit une période extraordinaire pour les analystes politiques. Chaque nouvelle journée est parfaitement imprévisible: Donald Trump est susceptible de tirer dans tous les sens à tout moment. C’est aussi un énorme exercice d’humilité: on ne sait jamais à quoi s’en tenir avec lui. Anticiper quoi que ce soit devient un exercice excessivement périlleux.»

«On n’arrive même pas à répondre à des interrogations simplistes comme de savoir qui sont les électeurs de Donald Trump. Bien des clichés sont véhiculés alors que la réalité est infiniment plus complexe. Personnellement, j’estime qu’il y avait des signes dans l’électorat américain avant la dernière élection dont on n’a pas suffisamment tenu compte. Au premier chef, une frustration, une colère gigantesque et latente dans l’électorat, qui ne demandait qu’à être exploitée. La colère envers les élites n’a pas été créée par Trump mais exploitée par lui. Il y a toute une frange de la population qui se sentait ignorée par les politiciens des deux grands partis. Ces gens attendaient que quelqu’un leur dise qu’il allait s’attaquer à cette classe politique.»

Un des aspects les plus attrayants du président pour beaucoup de gens, et ce, malgré tout ce qui peut lui être reproché, c’est qu’il a les mêmes ennemis que ces gens-là. Il se bat donc pour eux. Par ailleurs, son virulent combat contre les médias qui ne partagent pas ses opinions, s’inscrit dans un mouvement nettement plus vaste. «D’autres politiciens américains l’ont fait et le mouvement contre les fake news s’étend bien au-delà des États-Unis, mais personne ne s’est attaqué aux médias avec l’acharnement dont fait preuve Donald Trump. Aller jusqu’à qualifier des médias de masse d’ennemis du peuple, c’est du jamais vu de la part d’un président. Cela dit, ça peut être vu comme positif dans la mesure où il véhicule ainsi la parole de gens qui se sentent ignorés depuis longtemps et aussi, ça peut éveiller les consciences quant à la menace que cette attitude fait peser sur la liberté de presse.»

Le chercheur convient que s’il y a assurément un aspect clownesque dans le personnage, il faut quand même admettre qu’il a aussi réalisé des choses importantes.

«Il est aussi caricatural de dire que c’est un génie que ça l’est de dire que c’est un parfait imbécile. On ne bat pas seize autres candidats dans la course pour la nomination républicaine pour ensuite être élu président par pure chance. Ça prend un talent extraordinaire. Certes, c’est un personnage mais qui est plus nuancé que l’image très polarisée qui est véhiculée.»

L’auteur s’attache également, dans Révolution Trump, à estimer ce qui pourrait rester de la méthode Trump au terme de son séjour à la Maison-Blanche. «Je crois qu’au niveau politique, la révision du traité de libre-échange qui remplace l’ALENA, par exemple, va sans doute demeurer. Dans sa façon de faire de la politique, je ne le sais pas. Une bonne part tient à sa personnalité singulière. J’ai peine à croire que sa façon d’attaquer ses adversaires ou ses critiques puisse lui survivre facilement. Je pense qu’il y a un appétit aux États-Unis présentement pour revenir à une certaine normalité après sa présidence.»

Rafael Jacob ne se prononce pas sur les chances du président d’être réélu; il se contente de dire qu’il est assez fort pour être réélu mais qu’il est aussi assez vulnérable pour être battu.

Son bouquin fait déjà l’objet d’une réédition et on peine à suffire à la demande. Voilà un signe que la politique américaine fascine le public d’ici, peut-être parce que sous l’ère Trump, elle a un aspect de divertissement qu’on n’avait pas connu dans le passé.