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Dès le 9 janvier, alors que les bibliothèques publiques pourront à nouveau accueillir des visiteurs, les librairies seront à même d’offrir – comme tous les commerces – leurs articles en «pour emporter».
Dès le 9 janvier, alors que les bibliothèques publiques pourront à nouveau accueillir des visiteurs, les librairies seront à même d’offrir – comme tous les commerces – leurs articles en «pour emporter».

Reconfinement: le milieu littéraire garde le cap malgré l’incertitude

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
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Bien que de l’inquiétude demeure chez les libraires, éditeurs et bibliothécaires, «l’électrochoc» de quatre semaines du gouvernement provincial offrira un certain lest aux acteurs du milieu littéraire. Dès le 9 janvier, alors que les bibliothèques publiques pourront à nouveau accueillir des visiteurs, les librairies seront à même d’offrir – comme tous les commerces – leurs articles en «pour emporter».

Bien qu’activités diverses, conférences et rencontres avec les auteurs ne sont pas au programme, les bibliothèques admettront les citoyens qui désirent y lire ou y étudier.

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Dès le 9 janvier, en plus du prêt sans contact, les établissements seront notamment accessibles «pour permettre aux enfants qui n’ont pas internet haute vitesse à la maison d’y avoir accès et d’avoir aussi, dans certains cas, une place tranquille pour étudier et lire», a déclaré le premier ministre, mercredi soir, en conférence de presse.

«Le caractère essentiel des bibliothèques publiques, notamment en tant que ressource en éducation et comme facteur de la réussite éducative, a bien été reconnu aujourd’hui», affirme Denis Chouinard, président de l’Association des bibliothèques publiques du Québec (ABPQ).

Prêt sans contact, augmentation de l’offre en livres numériques, bases de données et autres plateformes ont nécessité beaucoup d’efforts de la part du réseau depuis le début de la pandémie. Si ce «virage technologique» a permis d’offrir aux citoyens de nouveaux outils non négligeables, «visiter les bibliothèques, être présent sur place et profiter de ses services demeure d’une grande importance. Il n’y a rien qui va remplacer ça», estime M. Chouinard.

Des libraires tracassés…

Chez Coop Zone, bien que «la longévité de l’entreprise ne soit pas en péril», Sandy Robert affirme avoir vécu une année «en dents de scie». Selon la gérante de la librairie, le confinement complique grandement le travail de son équipe qui, même actuellement composée de plus de trente personnes, doit résister à la pression de 30 000 étudiants souhaitant recevoir leurs manuels scolaires à temps pour la rentrée du 18 janvier. 

«Tout est au ralenti. Tout est plus compliqué. Ça chamboule notre quotidien, ça, c’est clair. C’est un peu comme faire du rafting. On est là, on voit la vague [de commandes] arrivée et on sait que ça va brasser», affirme Mme Robert.

Selon elle, il ne devrait toutefois pas y avoir de retards pour les étudiants ayant commandé leurs manuels récemment. «Plus de 50% des manuels sont arrivés», affirme-t-elle, tout en soulignant toutefois que les manuels devant être acheminés d’Europe demandent actuellement près de deux mois d’attente. Ses mots d’ordre : prévoyance et patience!

… et découragés

Même si les premiers mois de la pandémie ont été difficiles pour les librairies, plusieurs d’entre elles ont vécu, dès le printemps, un second souffle. Insufflée par la vague d’achat local et l’abondance des commandes en ligne, cette bouffée d’air aura d’ailleurs marqué chez certains des records de vente, comme le rapportait récemment Le Soleil.

Or, les librairies d’occasion affirment quant à elles ne pas avoir vécu cet engouement intense des dernières semaines. Chez Nelligan, une librairie du quartier Saint-Jean-Baptiste, on voit d’un très mauvais œil la prolongation du confinement, effectif depuis le 25 décembre dernier. 

«Les commandes en ligne se font rares pour nous. Je suis parmi les seuls libraires d’occasion de Québec à avoir un site web d’ailleurs. La popularité de la vente en ligne, nous ne l’avons pas vécue», affirme François Morin, propriétaire de l’établissement. 


« Le caractère essentiel des bibliothèques publiques, notamment en tant que ressource en éducation et comme facteur de la réussite éducative, a bien été reconnu aujourd’hui. »
Denis Chouinard, président de l’Association des bibliothèques publiques du Québec (ABPQ)

Outre la réouverture complète, M. Morin n’arrive pas à voir de solutions à sa situation parmi «toutes les autres avenues possibles» telle que le «pour emporter» ou la commande via le web. 

«Les gens viennent dans une librairie d’occasion pour fouiller, feuilleter les livres et bouquiner. Ça demande d’être présent sur place. […] Je vous dirais qu’il y a beaucoup de découragement et de morosité, tant chez les commerçants comme moi que chez nos clients», se désole M. Morin, qui possède la bouquinerie depuis onze ans. 

Si la prolongation du confinement se poursuit encore quelques mois, l’institution littéraire du quartier Saint-Jean-Baptiste pourrait bien «se retrouver sur la paille», affirme-t-il d’ailleurs tristement. 

Des éditeurs prudents

Alors que la rentrée littéraire hivernale annonçait une abondance de nouveaux titres, certains devront peut-être finalement attendre avant de se retrouver sur les tablettes des magasins. 

Bien que Québec Amérique attende d’analyser davantage les nouvelles annonces gouvernementales pour «statuer officiellement» sur son futur calendrier hivernal, l’entreprise affirme travailler depuis déjà quelques jours sur son éventuel remaniement littéraire.

«C’est certain que les nouvelles mesures auront un impact sur nous, même s’il est moins grand que pour les autres industries culturelles. […] Le milieu du livre est une chaîne et on est dépendant de l’ouverture ou de la fermeture des librairies, distributeurs et imprimeurs», affirmait Caroline Fortin, directrice générale de Québec Amérique, mercredi après-midi au Soleil.

Au bureau montréalais d’Hugo&cie, une maison d’édition indépendante française, on considère également toutes les options possibles pour la sortie des ouvrages à paraître. 

«La promotion de nos livres est devenue difficile. Si je ne peux pas faire de lancement, de salon du livre ou même une tournée des librairies, j’aurai peut-être tendance à vouloir reporter la publication de projets spéciaux qui se distinguent. Je préfère attendre et leur assurer une meilleure promotion», explique Pierre Bourdon, directeur général et éditeur d’Hugo&cie.

Selon l’éditeur indépendant, qui cumule plusieurs années d’expérience aux Éditions de l’Homme ainsi qu’aux Éditions La Semaine, la stabilité économique de son entreprise a surtout reposé, cette année, sur la vitalité des librairies. 

«Si les commandes en ligne abondent toujours et que le «pour emporter» est autorisé, je crois que nous pourrons passer au travers [du confinement] sans trop de dommages», estime finalement M. Bourdon.