Réal Béland sera en spectacle pour célébrer ses 30 ans de carrière en février à la salle Thompson.
Réal Béland sera en spectacle pour célébrer ses 30 ans de carrière en février à la salle Thompson.

Réal Béland, entre la mécanique et l’instinct

Kim Alarie
Kim Alarie
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Réal Béland a décidé de gâter ses fans pour ses 30 ans de carrière alors qu’il offre 30 spectacles dans 30 villes. Il étend même le concept au prix du billet qui est à 30 $. Il reprend essentiellement son spectacle Faire semblant où il intègre des numéros marquants de sa carrière. Le chansonnier qui finit par s’asseoir sur un pouf puisqu’il n’a pas de banc fait partie de la sélection qu’il ramène.

En plus des nombreux numéros de stand up, il y a aussi un certain M. Latreille. «J’aime beaucoup faire M. Latreille. Faire un coup de téléphone avec la complicité du public, c’est vraiment le fun. Personne ne sait ce qui va se passer. C’est assez excitant parce que dans un spectacle d’humour, ce que tu veux, c’est de créer l’effet que ton show est improvisé mais avoir un vrai bout improvisé, c’est dur à battre. C’est sans filet et je l’assume à 100 %. Les gens aiment ça. Moi aussi j’avoue que j’aime beaucoup faire ça, ça me sort de la routine», explique Réal Béland. «Comme ça fait 2000 Latreille que je fais, j’ai l’impression d’être dans mes pantoufles même si c’est risqué. Si ça ne marche pas, les gens pardonnent et on en fait un autre après.»

Trente ans plus tard est-ce que c’est plus facile de faire de l’humour ou est-ce que les nombreux jeunes humoristes rendent la chose plus ardue pour les vieux routiers?

«Je n’ai jamais pensé à ça. Je me dis que si tu commences à réfléchir à comment tu vas faire ta place, tu n’es déjà pas à la bonne place. C’est ce que je pense. Le métier est tellement difficile que si ce que tu fais, tu le fais pour plaire et que c’est prévu pour plaire, c’est difficile.»

L’expérience est très précieuse aux yeux du chevronné humoriste. «L’expérience ça aide pour plusieurs affaires. Je pense que si tu utilises ton instinct comme il le faut, tu vas t’améliorer. J’ai travaillé beaucoup à la mise en scène des autres donc ça m’a permis de faire de l’espionnage industriel», rigole-t-il. «Que ce soit avec François Bellefeuille, Dominic Paquet ou Phil Roy, je vais chercher des choses là-dedans mais je ne vais plus voir de spectacles à moins que je travaille dessus. Comme j’ai été élevé là-dedans à cause de mon père, à 20 ans, j’étais déjà tanné des patterns comiques.»

Au début de sa carrière, Réal Béland a abandonné le théâtre parce que la création l’attirait plus que l’interprétation. «Je ne me suis jamais considéré comme un humoriste, je me suis toujours considéré comme un comédien comique. Le message m’importe peu, je suis un cabotin. L’important c’est de faire rire et je l’assume à 100 %. Mon moteur, c’est de faire rire. Oui, je pars de quelque chose de vrai et je le décline en humour.»

Quand il parle d’humour on dénote une affection charmante pour ce type d’expression. «J’analyse l’humour des autres pour les aider mais le mien, c’est de l’instinct seulement.»

«Plus tu vieillis, plus tu deviens conscient et plus ton instinct est tassé un peu. J’essaie toujours de me mettre dans un état qui permet de faire appel à mon instinct mais ce n’est pas facile. L’humour c’est mathématique et c’est mécanique au maximum mais le rythme, ça c’est instinctif. Ça m’amène à oublier la mécanique.»

Le rythme n’est-il pas lui aussi mathématique? «Oui et non. Ce qui est comique, c’est quand tu casses le rythme. Quand c’est trop cartésien, trop métronome, on te voit venir. Il faut s’ajuster au rythme de la salle. En humour, tu es en duo avec la salle alors qu’au théâtre, tu es en duo avec tes chums. Tu peux répéter sans public car ce sont eux qui te donne le beat mais en show le rythme change, le nombre de personnes change», expose celui qui aime alterner les grandes salles et les plus petites. «On construit à chaque spectacle. En général, les meilleurs publics ce sont ceux qui te donnent l’impression que ce sont eux qui guident. Il faut se laisser aller», lance-t-il.

Durant sa jeunesse, il regardait son paternel depuis les coulisses et, maintenant, il regarde sa fille Charlotte, auteure-compositrice-interprète, qui fait la première partie de son spectacle. «C’est pour ça que je dis que maintenant, faire de l’humour c’est de la méditation. Je me suis dit qu’il n’y avait plus de stress, ma fille était là, tout allait bien. Ç’a tout changé», conclut-il.

Les deux Béland seront de passage à la salle J.-A.-Thompson le 20 février.