Raymond Cloutier, comédien et auteur, s’est adressé aux élèves de l’option art dramatique de l’école Chavigny jeudi après-midi.

Raymond Cloutier: de paroles et de cœur

Trois-Rivières — Le comédien Raymond Cloutier n’aura fait qu’une courte apparition au Salon du livre trifluvien mais elle n’en aura pas moins été remarquée. On le connaît d’abord comme interprète mais il est également auteur et c’est pour présenter son 4e roman, Fin seul, qu’il est venu à Trois-Rivières jeudi.

Ce n’est pas parce qu’on a le talent de donner vie aux mots des autres sur une scène qu’on est forcément un bon conteur. Or, Cloutier en est un exceptionnel. On l’écouterait volontiers narrer des épisodes de sa vie de jeune homme pendant des heures sans se lasser. Ça tient à son honnêteté, sûrement, à sa simplicité et à la qualité de sa narration qui n’a pourtant aucune prétention manifeste. Pas d’adjectifs savants puisés dans d’obscurs dictionnaires de synonymes mais les mots justes, suffisamment imagés pour orner les récits qui font l’objet de son nouveau roman.

Cloutier était au Salon en fin d’après-midi et en soirée alors que plus tôt dans la journée, il était allé s’adresser à quelque 180 jeunes de l’option art dramatique des niveaux 1 à 5 de l’école secondaire Chavigny. Stupeur: il n’a rien changé de son discours d’un contexte à l’autre. Il a eu le respect de n’abaisser ni son niveau de langage ni la teneur de ses propos pour s’adresser aux jeunes.

Il a parlé de sa vie qui a dû sembler préhistorique aux jeunes. Les années cinquante, pas de télé, un milieu familial malsain avec des parents qui n’avaient pas les ressources émotionnelles pour s’occuper de leur progéniture, le pensionnat dont au moins une partie en Abitibi dès l’âge de 6 ans. Misérabiliste? Pas le moins du monde. Cloutier a adoré le pensionnat notamment parce qu’il lui a permis de connaître le théâtre qu’il a adoré dès la première pièce. «Pour moi, la fiction était plus généreuse que le réel. J’étais à la maison dans le théâtre», a-t-il dit aux aspirants comédiens.

Ces histoires personnelles auraient pu n’être que ça, des anecdotes de sa vie, mais elles avaient un but. Faire comprendre à ces jeunes que «...le théâtre est plus l’fun que la vie même. Je ne parle pas d’avoir simplement du plaisir mais d’entrer complètement dans la fiction quand on joue comme une occasion de se découvrir soi-même en allant jusqu’au bout parce que les contraintes de la vie n’existent plus sur la scène.»

«Être acteur, ça demande seulement deux choses en somme: de la détente et de la concentration. Il faut que l’acteur croit complètement à la fiction dans laquelle il est impliqué. Un comédien doit être une personne de cœur, un poète. Il faut qu’il aime les humains, tous les humains, pour être en mesure de les incarner sur scène. Comme dit mon fils Émile, il faut «aimer les monstres» pour être en mesure de jouer les violeurs et les salauds».

En réponse aux questions des jeunes, il a parlé de sa carrière, de rôles qui l’ont marqué. Et comme il a été directeur du Conservatoire d’art dramatique de Montréal pendant douze ans, il en a profité pour les encourager en affirmant que les finissants en théâtre du cégep de Trois-Rivières qui se présentent en audition au Conservatoire sont systématiquement acceptés, année après année. «C’est vraiment une très bonne école, vous êtes choyés. N’hésitez pas à y aller.»