À 74 ans, Randy Bachman est enthousiaste comme un jeunot à l’idée de présenter des spectacles comme celui qu’il offrira le 24 août à l’Amphithéâtre Cogeco dans le cadre de Trois-Rivières en blues.

Randy Bachman: comme une verte recrue

Trois-Rivières — Le mot «désabusé» est absent du dictionnaire usuel de Randy Bachman ou alors, il l’a volontairement rayé. À 74 ans, le légendaire musicien canadien parle de son métier comme d’une immense partie de plaisir dont il ne s’est à aucun moment lassé à travers plus de 50 ans de carrière.

Il sera sur la scène de l’Amphithéâtre Cogeco le vendredi 24 août dans le cadre de Trois-Rivières en Blues et s’en fait une fête. «Ça fait bien cinq ou six ans que je suis allé à Trois-Rivières. La dernière fois, je m’en souviens, c’était dans le cadre d’un festival de guitare. J’ai très hâte de retourner vous voir.» On ne s’attend évidemment pas à ce qu’il dise le contraire en entrevue mais le ton de sa voix ne laisse guère de doute sur sa sincérité.

Devant notre surprise de le voir si enthousiaste de traverser le pays une fois de plus, c’est lui qui s’étonne. «Mais qu’y a-t-il de plus extraordinaire que d’aller donner des spectacles devant des gens qui n’attendent que ça et qui sont super enthousiastes devant la musique qu’on leur offre? Pour moi, chaque spectacle est comme un Super Bowl! Je n’ai aucune idée du nombre de fois que j’ai traversé le Canada mais c’est un chiffre élevé. J’ai dépassé mon million de milles parcourus dans les avions avec Air Canada l’an dernier. Je pense que si vous cherchez sur la carte une municipalité d’une certaine importance, j’y suis déjà allé au moins une fois. C’est ça mon métier et je l’adore.»


« «Je pense que si vous cherchez sur la carte une municipalité d’une certaine importance, j’y suis déjà allé au moins une fois. C’est ça mon métier et je l’adore.» »
Randy Bachman

Il ne semble en aucune façon rassasié dans son désir de partager ce qui a été sa vie: la musique. «Je suis satisfait de ma carrière, c’est vrai, mais rassasié? Non. J’ai encore des ambitions. J’ai eu une vie absolument formidable mais je ne regarde jamais en carrière. Ce qui m’intéresse, c’est mon prochain concert. Je sais que la vie est fragile et que tout ça peut se terminer à tout moment alors je profite à fond de chaque spectacle. La connexion avec le public est encore extraordinaire alors, je le fais rocker autant qu’il en a envie.»

«On me demande parfois quand je vais prendre ma retraite. Mais prendre ma retraite de quoi? Du plaisir d’aller donner des concerts devant des fans qui aiment ce que je leur joue? Ce n’est pas comme si j’avais eu un métier de 9 à 5 dans un bureau. La seule vraie difficulté dans mon travail, c’est d’être parfois éloigné de la maison pendant des mois. Je l’ai beaucoup fait mais c’est de moins en moins le cas. Ce n’est plus que du plaisir.»

Depuis cinq ou six ans, le vieux loup couronné par à peu près tout ce que le monde de la musique et des arts canadiens peut offrir de récompenses honorifiques est d’autant plus excité par la perspective d’un spectacle que son fils s’est joint à son groupe en tournée. «Tal sera là à Trois-Rivières pour se joindre à mes trois musiciens et moi. Il va jouer du piano et va interpréter au moins une de ses propres chansons, She’s So High, un gros succès. Ça va être fantastique.»

Pour les fans
S’il a su durer dans la cruelle industrie de la musique, c’est grâce à son talent, bien sûr, lui à qui on doit plusieurs mégasuccès (These Eyes, American Woman, You ain’t Seen Nothin’ Yet, Taking Care of Business, pour ne nommer que ceux-là), créés à différentes époques de sa carrière. Sa longévité tient aussi à sa capacité de se renouveler en explorant différents genres sans jamais perdre de vue ceux qui paient pour le voir et l’entendre. «Ma philosophie du spectacle, c’est d’en donner pour leur argent à ceux qui viennent nous écouter. Ils veulent entendre de gros succès et c’est ce qu’on va leur donner, incluant les plus anciens. Dans la plupart des cas, je ne les transforme pas: les bonnes chansons restent bonnes peu importe l’époque.»

«Par contre, j’ai lancé un album de reprises de chansons de George Harrison, cette année et je vais en présenter trois ou quatre probablement. C’est une vraie relecture avec ma touche personnelle et les fans vont redécouvrir ces chansons avec plaisir, je crois. J’ai eu ma propre carrière, mais je n’ai jamais cessé d’être un fan. Je vais encore voir des spectacles deux ou trois fois par semaine quand c’est possible.»

Lui qui côtoie toujours de vieux potes comme Neil Young, Bryan May ou Peter Frampton a touché aussi bien au jazz qu’au rock ou au blues au cours de sa carrière exceptionnelle mais il en revient toujours au rock classique. «Les producteurs nous parlent d’aller chercher les jeunes spectateurs et comme leurs parents, ils adorent les bons vieux riffs de rock. Mes solos peuvent parfois différer un peu de ce que je faisais dans les années 70 mais ça reste trempé dans le bon vieux rock.»

À ce titre, il n’a jamais ressenti de différence marquante entre le public québécois francophone et de celui du reste de l’Amérique. «Ils sont aussi enthousiastes que les fans d’ailleurs. La différence, je la sens dans votre mode de vie, dans l’architecture. On sent vraiment quelque chose d’européen chez vous contrairement au reste de l’Amérique, dit celui qui a longtemps possédé une demeure à Londres. J’adore ce mélange et si j’habite toujours le Canada, c’est que je pense que c’est le pays le plus agréable où vivre dans le monde. On ne l’apprécie pas suffisamment.»