Pour la première trifluvienne de son troisième spectacle devant une salle Thompson pleine, Qw4rtz (dans l’ordre: François Dubé, François Pothier Bouchard, Philippe C. Leboeuf et Louis Alexandre Beauchemin) a offert une prestation inspirée et d’un grand professionnalisme.

Qw4rtz: que de chemin parcouru!

Trois-Rivières — Plusieurs minutes avant le début du spectacle, dans la salle Thompson, on pouvait clairement saisir par la fébrilité du public, par le niveau sonore de la rumeur ambiante, que la soirée de dimanche était très spéciale. Qw4rtz revenait à Trois-Rivières pour la première trifluvienne de son nouveau spectacle Le meilleur des quatre.

D’accord, le quatuor avait déjà fait une première à Montréal la semaine dernière. «Du rodage» a blagué François Pothier Bouchard, mais il était évident que pour tout le monde qui remplissait à ras bord la salle de la rue des Forges, dimanche était un grand soir. Et nul doute que la très grande majorité des spectateurs auront conservé la même opinion au moment de sortir de l’endroit.

Avec ce troisième spectacle, le quatuor a cappella a voulu rappeler le parcours du groupe et de chacun des membres. C’est un peu tôt pour faire le bilan de la carrière d’un groupe en pleine progression, mais en même temps, leur performance a témoigné à chaque numéro du chemin parcouru et du métier qu’ont désormais les chanteurs. En plus du talent qu’on connaît depuis longtemps. Ils ont pris de la maturité, ils maîtrisent leur art comme jamais, ils sont bien guidés et ça donne un sacré bon spectacle. 

Qw4rtz a trouvé sa vocation depuis longtemps déjà avec le mélange d’humour et de musique vocale, mais le groupe a clairement cheminé dans cette voie. Ils chantent mieux que jamais, ce qui n’est pas rien, et ce, dans tous les genres qu’ils abordent avec une égale assurance. Ils font dans le pop de palmarès avec aisance. Leur numéro consacré aux Backstreet Boys a donné l’impression que c’est ce qu’ils ont toujours eu envie de faire. Pourtant, leur meilleur numéro, le dernier de la première partie, est à base de musique classique, l’objet de leur formation académique. 

Parlons de ce numéro de façon plus précise parce que c’est un morceau d’anthologie. Que vous en connaissiez la teneur avant de le voir ne changera pas grand-chose: vous serez renversés. Les quatre compères se retrouvent dans un studio de doublage et grâce à un écran translucide déroulé devant eux, une bande écrite défile au-dessus d’eux. 

Une bande dont ils disent le texte à mesure qu’il atteint une barre rouge verticale qui est la référence du narrateur. Déjà, on admire le flash visuel et humoristique. La chose prend une nouvelle dimension quand les gars sont amenés à chanter a cappella la Marche Turque de Mozart dont la partition à quatre voix défile devant eux comme plus tôt le texte. 

Et les gars de chanter la partition à la vitesse variable commandée par un technicien. C’est le Cirque du Soleil, version art vocal. Un mélange d’humour, de prouesse technique, visuelle et musicale qui laisse pantois. Très, très fort.

Le groupe, on le sait, travaille avec beaucoup de rigueur et un autre numéro de haut niveau technique le démontre. Leur reprise de la Valse à mille temps, de Brel, avec des gestes à l’appui est remarquable. Pas tant pour la musique, cette fois, que par la précision de la chorégraphie qui accompagne la chanson qui accélère de façon débridée sans pour autant larguer les quatre garçons.

On ne va pas vous raconter ainsi tout le spectacle mais ce qu’il faut retenir, c’est le professionnalisme du quatuor. Ils ne sont plus une curiosité dans le paysage du showbizz québécois: ce sont des pros aguerris qui trouvent à se renouveler dans un genre qui aurait pu être limitatif. 

Ils ont encore gagné en aisance dans leurs interventions parlées entre eux comme avec le public. L’humour est bien rendu, quasiment comme une deuxième nature. Ils sont manifestement très bien conseillés et dirigés. Et ce sont de bons élèves.

Même leurs chorégraphies sur la musique pop sont dynamiques et aisées. On laisse à François Dubé, la basse d’outre-tombe, le soin de faire le pitre, ce qui lui va à merveille. Et quand on a besoin de dynamiser les choses, c’est à Louis Alexandre Beauchemin d’y aller de quelques pas de hip-hop énergiques. 

Chacun a trouvé son rôle précis et c’est bien là le thème du spectacle où on demande à chacun des membres de présenter sa singularité. Une façon de montrer que le tout est plus grand que les parties qui le forment. 

Sur l’ensemble, on note que la seconde partie du spectacle est plus faible que la première et certains numéros fonctionnent moins bien que d’autres. On pense à celui de l’hymne national brouillon qui part d’une idée originale mais qui n’a pas un très gros impact. 

Par contre, on a bien identifié ce qui marche le mieux auprès du public et La Vallée de Dana fait le tabac espéré. Mais leur pièce de choix, c’est quand même Bohemian Rhapsody, l’immense classique de Queen qui leur a valu une ovation debout absolument méritée. L’exploit est d’ailleurs moins dans l’interprétation, évidemment excellente, que dans les arrangements qui arrivent à rendre la chanson sans que les guitares nous manquent. 

Dans les bons moments, on ne peut pas passer outre l’interprétation très originale de Girls Just Want to Have Fun, de Cyndi Lauper, revisitée avec solennité comme un hommage des musiciens aux femmes de leur vie. L’hommage fait à Mgr Thompson ne touche peut-être vraiment que le public d’ici mais il était sobre et beau. 

Évidemment, le public trifluvien était conquis d’avance, dimanche soir, mais Qw4rtz n’a en aucune façon cédé à la facilité et le spectacle y a simplement gagné en émotion. On a bien senti, tant dans la salle que sur la scène, ce petit surplus d’adrénaline et d’affection qui fait les grandes soirées. 

Qw4rtz est sollicité à l’international, a annoncé Philippe C. Leboeuf pendant la représentation. Ça ne surprend personne, ils le méritent. Heureusement, ils seront de retour à Trois-Rivières le 25 mai. Ce sera à ne pas manquer.