Le président du Festival international de poésie de Trois-Rivières Gaston Bellemare a procédé à l’ouverture de la 34e édition de l’événement vendredi après-midi.

Que la fête commence!

TROIS-RIVIÈRES — Les portes de la ville sont désormais ouvertes aux mots et à la poésie. La chose s’est officialisée vendredi par la tenue de la cérémonie d’ouverture du 34e Festival international de la poésie de Trois-Rivières.

Il a beau avoir plus que l’âge de raison, l’événement demeure une grande fête à laquelle tous sont conviés à travers plus de 300 activités réparties en quelque 90 différents lieux de la ville.

Comme de coutume, la cérémonie d’ouverture officielle est l’occasion de procéder à la remise des différents prix que chapeaute l’événement. Le Grand Prix a été remis à la poète féministe France Théorêt pour son recueil Cruauté du jeu. Le Prix international de poésie Antonio Vicario a reçu des candidatures en provenance des États-Unis et du Canada anglais. Le jury a opté pour l’Américaine Andrea Moorhead pour ses recueils À l’ombre de ta voix et Présence de la terre. Pour ce qui est du Prix Jaime-Sabines/Gatien-Lapointe, il a été décerné au poète québécois Paul Bélanger pour son recueil Replis, chambre de l’arpenteur/Recovecos, morada del agrimensor. Le premier Prix Piché de poésie de l’UQTR a été accordé à Odile Brunet avec sa bourse de 2000 $ pour Comme une respiration alors que le second avec ses 500 $ de bourse est allé à Laurence Bertrand pour À la dérive de nos soifs.

Le Prix international de poésie Fernando-D’Almeida, qui en était à sa toute première remise et qui sera décerné aux deux ans à un poète africain francophone, a été attribué au poète sénégalais Amadou Lamine Sall qui était sur place pour l’accepter.

Par ailleurs, c’est Jean-Philippe Bergeron pour sa suite Fers et éclipses qui a reçu le Prix Félix-Antoine-Savard de poésie offert par la Société Saint-Jean-Baptiste de la Mauricie. Le Prix Innovation en enseignement de la poésie 2018 est revenu à l’enseignante de Québec Stéphanie St-Onge pour son projet intitulé Vivre la poésie comme une expérience personnelle et significative. Le Prix de poésie Jean-Lafrenière - Zénob a été décerné à Marie-Andrée Gill qui a publié deux recueils: Béante (finaliste au Prix du Gouverneur général) et Frayer (Finaliste au Prix Nelligan 2016). Enfin, le Prix national de poésie pour les aînés est revenu à Michel Langlois, de Drummondville alors que Ronald Milot, de Sainte-Geneviève de Batiscan, a pris le second rang.

Des lauréats invités à prendre la parole, c’est Amadou Lamine Sall qui a laissé la plus forte impression. Bardé de nombreux honneurs comme les Palmes Académiques du Sénégal, les Grands Prix de l’Académie Française ou le titre d’Officier des Arts et des Lettres de la République française, il a fait preuve d’autant de distinction que de sincérité dans son allocution. Il a tenu, d’entrée de jeu, à rendre un hommage souriant au président du Festival Gaston Bellemare. «Gaston n’appartient plus à Trois-Rivières pas plus qu’il n’appartient au Canada. Gaston Bellemare est un patrimoine mondial de l’humanité!»

Plus sérieux, il a notamment dit: «Des lumières sont allumées dans le monde mais elles n’éclairent rien. Seule la poésie éclaire. La poésie, c’est l’entêtement de vivre.»

L’Américaine Andrea Moorhead a, pour sa part, rappelé que l’événement trifluvien abolit les frontières, une considération qui ne manque pas de pertinence ces années-ci.

On a noté que contrairement à l’habitude, sous les cordes à poèmes qui pendaient au-dessus de la scène de la salle Anaïs-Allard-Rousseau où se tenait cette cérémonie d’ouverture, on ne retrouvait aucune chaise vide. La chaise vide étant, rappelons-le, le symbole des poètes qui, de par le monde, sont présentement emprisonnés pour délits d’opinion. Il ne s’agissait pas d’une omission. «Nous allons garder la chaise pour l’Apéro-poésie de samedi à 17 h dans le foyer de la Maison de la culture, a indiqué Gaston Bellemare, pour rendre hommage à Angye Gaona, de la Colombie, qui sera présente et qui a été incarcérée dans son pays parce qu’elle préférait faire de la prison plutôt que de perdre sa liberté de parole et le Pen Club a réussi à la faire libérer. Elle occupera donc à juste titre la chaise symbolique samedi.»

Derrière la blague d’Amadou Lamine Sall concernant le président du Festival se cachait un respect et une affection qui n’ont échappé à personne. Preuve que l’événement trifluvien abolit non seulement les frontières mais également les réserves. «J’ai connu Amadou il y a une trentaine d’années lors de ma première visite au Sénégal, se rappelle le président du FIPTR. Il m’a invité chez lui et m’a emmené chez Senghor! Il a toujours été d’une grande fidélité à Trois-Rivières. Il est notre correspondant privilégié en Afrique pour nous faire connaître des poètes de là-bas. Pas des poètes qui ont quitté leur pays pour s’installer en Europe ou ailleurs mais des poètes qui sont restés chez eux et qui contribuent au développement de la poésie dans leur pays, ce qui est le cas d’Amadou.»

«Nous sommes un des plus gros exportateurs de la poésie québécoise à travers le monde. Grâce à nos ententes avec une vingtaine de festivals à travers le monde, nous envoyons des poètes d’ici un peu partout, ce qui leur assure également une traduction de leurs poèmes. Dans l’autre sens, ces événements nous envoient des poètes dont on a fait traduire les œuvres ce qui leur permet parfois d’être découverts et publiés par des éditeurs de langue française. De plus, les poètes sont d’une impressionnante fidélité à l’événement et ça nous touche toujours énormément.»

Il reste qu’aux yeux du fondateur et toujours maître d’œuvre du FIPTR, le public demeure au centre des préoccupations. «Là où l’événement est valorisant, c’est dans la réponse du public. Le Festival, c’est le public. C’est un événement pour le public avec des poètes et non pas un événement pour les poètes avec, peut-être, un public. Le public nous est d’une absolue fidélité. Par exemple: il y a une femme qui vient de Lyon, en France, depuis 34 ans! À chaque édition, elle s’installe à l’Auberge des Gouverneurs et pendant toute la durée de l’événement, noue des amitiés avec les poètes et les spectateurs.»

«C’est une véritable fête qui s’ouvre aujourd’hui; c’est le grand party de la poésie.»