Le violoniste David Lefèvre renouera avec le public trifluvien ce samedi 16 février, 28 ans après sa dernière prestation en compagnie de l’OSTR. Pour ce faire, il proposera sa version des Quatre saisons de Vivaldi et des Quatre saisons de Buenos Aires, d’Astor Piazzola.

Quatre saisons, deux sensibilités

Trois-Rivières — Peut-être parce qu’il habite le sud de la France et qu’il avait envie de retrouver les quatre saisons bien marquées qui caractérisent notre climat québécois, le violoniste David Lefèvre a choisi d’explorer le thème à fond avec Huit saisons en fête! prochain concert de la série principale de l’Orchestre symphonique de Trois-Rivières ce samedi 16 février, 20 h, à la salle Thompson.

Premier violon et supersoliste – version française du simple soliste qu’on retrouve au Québec – à l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo, le frère du pianiste Alain Lefèvre se fait bel et bien une fête de revenir au Québec dans le double rôle de soliste et de chef. C’est, pour lui, une forme de retrouvailles dans la mesure où il a déjà joué avec l’OSTR sous la baguette de Gilles Bellemare en 1991 après avoir remporté le Concours de l’OSTR. C’était, cela dit, un autre orchestre et un autre violoniste.

La proposition du concert lui est venue de Jacques Lacombe, «...un très bon ami, soutient-il. Je le remercie d’ailleurs d’avoir eu l’idée de m’offrir ce concert qui me permet de revenir au Québec à mon très grand plaisir». Le programme qui consiste à mélanger Les Quatre Saisons de Vivaldi avec Les quatre saisons de Buenos Aires d’Astor Piazzola est l’idée de David Lefèvre, cependant. C’est une formule qu’il a présentée à plusieurs reprises dans le passé et qui l’inspire toujours autant.

«Les Quatre Saisons, c’est, bien sûr, une œuvre qui a été rabâchée et même galvaudée à travers le temps, expliquait-il en entrevue tout juste avant de présenter une conférence devant des mélomanes trifluviens à la Maison de la culture mardi dernier. On l’a vraiment servie à toutes les sauces. Pourtant, j’estime qu’il y a encore beaucoup à en dire. À mon sens, trop de violonistes n’ont pas pris le temps de pénétrer cette œuvre pour en découvrir le sens profond. Il faut savoir que Vivaldi n’a écrit la partition qu’avec les notes, sans indication sur la façon de les jouer. Le sens vient plutôt de quatre extraordinaires sonnets que le compositeur a écrit et qui donnent une lumière toute particulière à chacune des saisons.»

«En travaillant beaucoup le texte, j’ai enrichi mon interprétation musicale. Dans certains extraits du printemps, on sait que Vivaldi fait entendre des oiseaux et souvent, on joue tout simplement des oiseaux. En allant plus loin, on peut aussi décrypter qu’il n’y a pas qu’un oiseau mais trois d’espèces différentes qui se répondent les uns les autres. Je m’assurerai donc de bien les reproduire avec l’orchestre.»

Personnel

Le violoniste affirme sans la moindre suffisance qu’il n’écoute pas les versions de l’œuvre offertes par d’autres violonistes, si brillants soient-ils. «Pas que je n’ai pas de respect pour eux, bien au contraire, mais je ne veux pas être influencé par leur approche. Chacun a quelque chose de personnel, une voix singulière à exprimer. C’est aussi mon cas. Je veux que la musique vienne à moi à travers le musicien que je suis avec ma formation et mon expérience pour que j’en tire ma propre version.»

Par contre, l’idée de présenter successivement une saison de Vivaldi et une autre de Piazzola dans le déroulement du concert n’est pas de lui mais de Gideon Kremer. «Je trouve que c’est la bonne formule: ça évite la monotonie. Et comme Piazzola, avec sa passion, nous parle des saisons de l’hémisphère sud, il a eu la brillante idée d’opposer à l’été de Vivaldi, l’hiver du compositeur argentin. C’est un croisement que je trouve vraiment intéressant. J’admire les gens qui ont des idées nouvelles, inédites.»

Malgré une carrière prestigieuse qui l’a fait se produire devant de nombreux publics de connaisseurs en compagnie de certains des orchestres les plus prisés dans le monde, David Lefèvre croit fermement à la démocratisation de la musique classique. «Ce programme, je l’ai élaboré en fonction du public et j’en suis fier. Quand je pense au concert, je ne l’aborde pas comme un défi d’interprète mais comme un grand plaisir que je vais me faire et que je vais offrir aux gens. Pour l’avoir présenté à plusieurs reprises, je sais que les auditeurs en sortent souvent envoûtés.»

Il va plus loin. «Si on veut continuer de présenter de la musique classique, on n’a pas le choix: il faut aller vers le public. En Europe, on le constate partout: le public vieillit. Il faut donc se renouveler. Il faut parler avec les gens, laisser tomber la queue-de-pie et tout le protocole guindé qu’on associe à la musique classique et qui n’a rien à voir avec le respect de la musique.»

«J’appelle mon approche de la démagogie intelligente. Présenter trois concertos de Bartok dans une même soirée, ce n’est pas une façon intelligente de faire de la programmation. Ça va faire plaisir à quelques puristes mais ça va finir par éloigner le public des salles. Il faut rendre la musique classique accessible et permettre aux gens de vivre une expérience agréable. J’ai envie de voir les gens sortir de la salle emballés par ce qu’ils auront entendu.»

Les billets pour cet événement sont disponibles via la billetterie de la salle Thompson.