La visite que Biz a effectuée au Centre de détention de Trois-Rivières n’a duré qu’environ 90 minutes, mais elle pourrait avoir des effets positifs à long terme pour les détenus venus l’entendre.

Quand écrire libère

Trois-Rivières — D’où me venait ce réflexe, en voyant la programmation du Salon du livre, de penser que Biz était parfait pour présenter une conférence devant un imposant groupe de détenus du Centre de détention de Trois-Rivières? Il n’écrit pas de polars, c’est un intellectuel parfaitement à son aise dans une émission littéraire comme Plus on est de fous, plus on lit, on ne lui connaît pas d’accointance avec des individus louches. Reste qu’il l’a été, bel et bien, parfait.

Devant environ 75 détenus, tous venus de leur plein gré, il a raconté son lien avec la littérature, comment elle lui a donné des ailes. Comment elle lui a été salutaire dans une période noire de sa vie, comment elle peut l’être pour quiconque. Comment elle libère. Comment elle peut transformer le charbon qu’on a dans le cœur en diamant.

Les spectateurs l’ont écouté. Avec intérêt. Ça tient sans doute au message mais aussi à cette façon qu’a eu le conférencier de parler de lui sans tricher. De parler de sa dépression sans pudeur mais sans épanchement émotionnel non plus. D’en parler comme d’un épisode difficile de son existence qui a eu, comme beaucoup de souffrances bien vécues, de créer du bon. Un livre en l’occurrence.

On sait que Biz est remarquablement articulé et il n’a pas fait d’entorse à sa démarche de conférencier en modifiant son discours en fonction de sa clientèle inhabituelle de jeudi après-midi. «C’est exactement la même conférence que je prononce devant des élèves d’écoles secondaires où on me reçoit le plus souvent. Il n’y avait aucune raison pour changer le contenu. Ce sont d’ailleurs deux clientèles qui se ressemblent, je trouve.»

Petit accroc à son patron habituel, l’écrivain a choisi, parmi les extraits qu’il a offerts à son public, une scène érotique teintée d’humour que le public a beaucoup apprécié. Il leur avait dit plus tôt que la littérature avait ce pouvoir de leur permettre de s’évader de la réalité.

C’est d’ailleurs ce qu’il souhaitait offrir à ses hôtes: leur faire prendre conscience, peut-être, que lire ou écrire fait du bien, que «ça fait sortir le poison en nous», pour le citer.

«Je le dis aux jeunes dans les écoles mais c’est particulièrement vrai pour vous, a-t-il dit à ses auditeurs. Pour écrire, il faut du temps et vous, vous en avez. En plus, vous avez tous des choses à dire, des vies pas banales. Quand on écrit, on a de la liberté. Nos personnages, on peut leur faire faire ce qu’on veut, sans contrainte.»

Le message a-t-il porté? Impossible de le dire. La graine est semée. Biz a laissé un exemplaire de chacun de ses cinq livres pour la bibliothèque de l’établissement trifluvien.

L’écrivain a convenu que sa conférence s’était bien déroulée, mais il s’y attendait. «Sans prétention, que ce soit dans les écoles ou dans des établissements de détention, c’est 100 % de réussite à chaque fois. Principalement parce que quand j’arrive devant eux, je n’ai pas d’appréhension: je viens simplement leur parler. Je ne juge pas.»

S’il gagne sa vie à travers pareilles activités, la conférence de jeudi était faite bénévolement. «Je le fais parce que je trouve ça important. Le public aide volontiers les gens qui ont le cancer ou, parfois, des sans-abris mais les détenus, personne ne pense à eux. Les gens disent qu’ils ont eu ce qu’ils ont mérité. Ils sont considérés un peu comme les derniers des derniers. Depuis que je suis écrivain, je suis plus attentif à la condition humaine et je trouve que je ne dois pas me priver de cette expérience humaine parce que probablement que la vie de chacun des gars qui étaient ici pour la conférence justifierait un roman.»

«Ces gars-là vont sortir, bientôt pour plusieurs, et qui sait si ce que j’ai fait ne peut pas contribuer un peu à ce qu’ils se réalignent différemment? C’est important pour moi et je pense que ça l’est pour eux aussi. Certains doivent se dire qu’il y a quelqu’un qui a pris de son temps pour venir les voir et qu’ils ont donc une valeur.»