Prix littéraire des collégiens: Querelle de Roberval

En marge de la remise du Prix littéraire des collégiens, Le Nouvelliste s'est associé au Cégep de Trois-Rivières et au Collège Laflèche pour publier les critiques des romans en lice pour ce prix. Ce sont les professeurs qui ont choisi les textes parmi ceux rédigés par les étudiants.

Intolérable tolérance

Sara-Maude Baribeau

Collège Laflèche

La Scierie du Lac de Roberval connaît des temps difficiles. La grève des employés, fatigués de leurs conditions de travail, s’éternise. Le temps passe et l’insatisfaction des syndiqués et du patronat entraîne des actions radicales. Querelle, jeune ouvrier, apporte une énergie grandissante à cette révolte. Ce nouvel arrivant montréalais a un effet sur les revendications ouvrières, sur tous les jeunes hommes qui passent dans son lit et sur les pères terrorisés, ou envieux, de laisser leur fils aux mains de ce bel inconnu. Le roman Querelle de Roberval de Kevin Lambert aborde, sans l’ombre d’un détour ou d’un euphémisme, des sujets tabous de la société québécoise actuelle.

Ce portrait glauque et parfois cliché de la ruralité est illustré par les actions des personnages. Suicide, déviance sexuelle, homosexualité, violence, meurtre et cannibalisme sont des thèmes abordés simplement, comme s’ils faisaient partie du quotidien: «À la scierie, il ne cache jamais son attirance pour les hommes, il raconte à qui veut l’entendre ses baises les plus spectaculaires, les plus déconcertantes. Les gars de l’usine ont souvent une érection quand Querelle fait allusion à ses nuits […]». La manière crue et souvent perturbante qu’utilise l’auteur pour décrire les évènements donne l’impression de normaliser et banaliser des actes inconcevables pour la majorité. 

En contrepartie, certains se reconnaîtront dans Querelle, jeune homme viril qui veut cacher à tout prix le «elle» fragile qui l’habite, Judith, la mère qui gère difficilement ses problèmes de couple et Jézabel, la femme en perte d’équilibre depuis la mort de son copain. Le langage familier rend le contact avec les personnages plus facile et plus concret. Également, par les enjeux sociaux comme le syndicalisme, la coupe à blanc, le sexisme, les droits amérindiens, la répartition des richesses, l’auteur décrit bien une société en crise de valeur.

Querelle de Roberval est certes une œuvre controversée. Kevin Lambert, à l’image de Michel Tremblay, choque sans nuance par un style qui le rendra éventuellement incontournable. Lambert arrive crûment à provoquer la limite de la tolérance du lecteur en le confrontant à l’intolérable voyeurisme qui l’habite.

Coupe à blanc

Jacob-Alexandre 

Marineau Painchaud

Cégep de Trois-Rivières

«En passant près du brasier, Jézabel se demande laquelle, de la chair du mari ou de la femme, aura la meilleure saveur.» Comme les dents aiguisées de la scie ronde s’avançant vers le tronc d’arbre condamné, le roman Querelle de Roberval de Kevin Lambert est brutal, sans détour. On est entrainé dans un univers cru et mordant où les tabous sont abolis et la vie décrite sans filtre ni complexe.

La grève des ouvriers de la Scierie du Lac Inc. est le fil conducteur de ce roman coup de poing. Le lecteur suit l’avancement de la cause syndicale à travers le regard des grévistes de l’usine et du patron Brian Ferland. Les travailleurs de la scierie réclament haut et fort de meilleures conditions de travail, mais ils ont chacun des motivations bien personnelles à faire la grève. Que ce soit le grand Querelle, homosexuel viril doté d’un charisme inimaginable, ou Jézabel, femme indépendante fière de travailler dans un milieu masculin, les personnages désirent tous quelque chose de différent. L’adhésion sans profondeur à la grève du premier se transforme rapidement en combat acharné. Pour Jézabel, la reconnaissance de sa compétence et de sa place à l’usine ainsi qu’une grogne croissante contre le système constituent la ligne directrice de sa participation. Cette lutte asymétrique a une date de péremption, qui se rapproche sans cesse par les actions déroutantes du patronat et les répliques violentes des grévistes. Le conflit s’envenime et le dénouement ne peut être que fulgurant.

Kevin Lambert n’y est pas allé de main morte en écrivant ce roman. Dans ce texte débordant de références culturelles et littéraires comme le manifeste du FLQ et les répliques de Michel Chartrand, l’auteur teste la résistance du lecteur à chaque instant par des thèmes et des descriptions crus. Il projette les sujets délicats à l’avant-plan en toute franchise. Querelle de Roberval n’épargne rien ni personne. Des idées préconçues sur l’homosexualité à l’individualisme en passant par les vices du syndicalisme, Lambert les marque d’un trait rouge et les abat comme de vulgaires épinettes noires dans un fracas renversant.