Prix littéraire des collégiens

En marge de la remise du Prix littéraire des collégiens, Le Nouvelliste s'est associé au Cégep de Trois-Rivières et au Collège Laflèche pour publier les critiques des romans en lice pour ce prix. Ce sont les professeurs qui ont choisi les textes parmi ceux rédigés par les étudiants.

Le roi de la montagne (version adulte)

«Être bon ça suffit plus. Faut être le meilleur.» 

La société t’en demande trop. Dans tout ce que tu entreprends, elle te demande de te démarquer, de te surpasser. Elle te résume à des nombres. Ton salaire. Tes résultats scolaires. Ton poids. Elle te demande de performer, de devenir une machine, mais les machines sont dépourvues de sentiments. 

L’anxiété de performance occupera principalement ta lecture du roman Royal, de Jean-Philippe Baril Guérard. Tu suivras l’histoire d’un narcissique, inscrit à la Faculté de droit de l’UdeM, qui est prêt à tout pour un des 30 stages offerts par les prestigieux cabinets d’avocats. Tu t’indigneras devant ce vaniteux sans valeurs et sans cœur.

Certains passages seront si intenses que tu mettras du temps à comprendre qu’il ne s’agit pas d’une exception, mais d’une réalité qui t’est inconnue: celle de l’élite. Ce réalisme troublant, point fort et point faible de ta lecture, t’amènera à penser que les gentils ne font pas le poids devant les antihéros.

Le jeune arrogant, pourri gâté, imbu de lui-même et superficiel, te fera réprimer des sourires au départ. Puis, le fils à papa aura un GPA (moyenne pondérée cumulative) qui ne lui permet pas d’arriver à ses fins scolaires, et l’atmosphère de ton livre deviendra lourde et des thèmes tels que le suicide et le mal de vivre apparaîtront. Cependant, ne compte pas sur cet égocentrique pour t’aider, car ce dernier ne creuse jamais ses réflexions.

La superficialité du prétentieux est l’arme qu’utilisera l’auteur pour te poignarder de la profondeur du roman. Ce dernier réussira à te faire réfléchir sur la soif du contrôle, sur la solitude camouflée, sur les réseaux sociaux trompeurs et sur l’amour superficiel. Ce monstre te fascinera et tu voudras connaitre son issue. 

Tu constateras une fois de plus son intelligence narratrice dans l’emploi constant du pronom personnel « tu » qu’il utilise pour se déresponsabiliser. Tu ne voudras pas être associé à cette pourriture. Pourtant, si tu es chanceux, très chanceux, tu te reconnaitras dans ce « tu », et à cet instant précis, tu te retrouveras le méprisant roi de la montagne.

Audrey Héroux

Collège Laflèche

Dans la tête de Sa Majesté

Une fenêtre sur la jeunesse, la compétition, l’ambition, sur cette jungle sauvage qu’on ose appeler l’université. Un bombardement de jugements, de commentaires désobligeants et désabusés, de pièges et de victoires; ici, tout peut arriver, puisque «la faculté de droit de l’Université de Montréal est le dépotoir de l’humanité.»

Royal, second roman de Jean-Philippe Baril Guérard, est une bombe de cynisme, de sarcasme et d’humour noir. Ayant toujours été protégé et, surtout, financé par Papa et Maman, le protagoniste, qui ne possède pas de prénom, entre dans la cour des grands alors qu’il débute son bac en droit. Bien vite, on est emporté dans la frénésie du roman, où tout ce qui importe est, tour à tour, l’apparence du personnage, son GPA, le sexe et le stage qu’il obtiendra, ou pas. 

Écrit à la deuxième personne du singulier, le roman possède un je-ne-sais-quoi qui entraîne le lecteur, dès les premières lignes, dans la peau du personnage : il s’étonne alors de chaque commentaire formulé puisqu’il semble sorti de sa propre bouche. Du «fif péquiste» au «va chier, salope» jusqu’à «tuer, tuer, tuer», les piques créent une ambiance de hargne et d’amertume, habillée d’une fausse gentillesse afin de maintenir les apparences. 

On est vite impressionné pas son détachement exceptionnel quant à sa santé mentale, voire sa santé tout court. La popularité, la consommation de drogues et d’alcool, le suicide, le sens de la vie; tout cela est abordé dans ce livre qui décrit une crise existentielle qu’un sourire et un complet trois pièces suffisent à étouffer. Car rien n’importe, sinon comment on te voit, et ta spirale s’enfonce encore et encore, toujours plus bas, mais «t’es venu ici pour être le roi de la montagne, et le début des cours, c’est le début du carnage.»

Lydia Fortin

Cégep de Trois-Rivières