Prix littéraire des collégiens: «Ce qu’on respire sur Tatouine»

Du mucus et des mots

Camille Bellefeuille

Cégep de Trois-Rivières

De sa poésie échevelée à ses idées farfelues, de son modeste sous-sol aux hôpitaux tout inclus et des rues désertes de Repentigny aux sentiers bondés de Central Park, Jean-Christophe Réhel fait voyager le lecteur au cœur de paysages insoupçonnés.

Ce qu’on respire sur Tatouine est un roman surprenant. Il traite de sujets peu communs de façon peu commune. C’est par son insouciance et sa nonchalance que l’on découvre le personnage principal de même que son univers halluciné. Ayant comme trame de fond le thème de la maladie, plus précisément la fibrose kystique, le récit oscille entre poésie, auto-dérision et prises de conscience. Évitant habilement le piège de l’apitoiement et du drame, Jean-Christophe Réhel rend le lecteur sensible au trouble pulmonaire. Se dégage des passages plus sombres une ambiance légère et dénuée de toute doléance.

L’auteur teinte de manière unique son récit de ses références culturelles. La petite chambre du commis du Super C devient vite la planète Dagobah, sa copine, Amidala, et son logeur, Joe Pesci. La substitution de la réalité par la fiction se fait si naturellement que le lecteur entre sans peine dans l’imaginaire du antihéros. Se développent dès lors une grande complicité et une intimité indéniable entre le lecteur et le protagoniste.

Jean-Christophe Réhel, avant tout poète, livre avec ce roman une œuvre inspirée, touchante et drôle. Ne le croyez pas lorsqu’il vous dira: «Je me relis, je ne trouve pas ça bon. Il manque de rythme, il y a trop de répétitions, le personnage principal est un peu fade.» La finesse de son écriture, l’humour détaché dont il fait preuve et la réalité méconnue qu’il partage donnent envie de le découvrir. L’attachement que l’on éprouve pour son alter ego nous amène à souhaiter que tous deux ne fassent qu’un.

Après avoir lu Ce qu’on respire sur Tatouine, on espère croiser dans les rues de Repentigny ce grand malade fatigué, affublé de ses plus belles bottes de ski-doo et de son costume de lutin trop petit.

Entre l’ombre et la lumière

Geneviève Richard

Collège Laflèche

«Les journées sont longues.»

C’est par ces mots judicieusement choisis que commence le premier roman du poète Jean-Christophe Réhel, Ce qu’on respire sur Tatouine, dans lequel il décrit la réalité d’un trentenaire atteint de fibrose kystique. 

Le personnage principal raconte l’universalité du quotidien à travers ses emplois ennuyeux, ses problèmes financiers, ses amours éphémères, ses rêveries fantaisistes et parfois noires, ses crachats de sang et ses visites répétées au CHUM. Cela dit, plutôt que de sombrer dans la morosité, l’auteur réussit brillamment à estomper la lourdeur du sujet par la légèreté de ses mots et par son ton humoristique.

Les détails liés à la fibrose kystique, maladie dégénérative, sont objectifs, ce qui aide grandement à sa compréhension. 

Également, malgré ses problèmes, le narrateur voit la vie avec humour. Cette autodérision peut être perçue par certains comme une banalisation choquante de sujets sensibles comme la maladie, le mal-être et le suicide. Toutefois, le ton comique, en plus des péripéties loufoques du personnage, a plutôt comme effet d’alléger et d’agrémenter le récit.

Les allusions constantes à Star Wars permettent d’entrer dans l’imaginaire adulescent et attachant du personnage et créent un sentiment de proximité avec celui-ci. Par exemple, pour compenser sa réalité ombragée, le narrateur conçoit une planète utopique: «Sur Tatouine, je n’aurais pas de maladie pulmonaire, je n’aurais pas besoin de travailler. Je n’aurais pas besoin d’avoir de talent. Je pourrais jouer à Super Mario Bros 3 toute la journée.» 

Accumulant les phrases saccadées au langage familier, l’auteur a une écriture difficilement comparable, mais très compréhensible. Le roman n’a pas de chapitre: il est séparé en paragraphes, ceux-ci finissant toujours par une touche charmante de poésie réflexive. Les lieux et les critiques sociales s’inscrivent dans un Québec actuel qui facilite l’identification du lecteur. 

L’auteur dépeint un personnage qui vit entre deux mondes: la réalité et l’imaginaire. Alors que son corps se détériore, que son monde n’a plus rien à offrir, l’antihéros décide d’aspirer à la vie: à force d’être aussi usées par la noirceur de vivre, ses fissures ne peuvent que laisser passer la vivacité de la lumière.