Prix littéraire des collégiens

En marge de la remise du Prix littéraire des collégiens, Le Nouvelliste s’est associé au Cégep de Trois-Rivières et au Collège Laflèche pour publier les critiques des romans en lice pour ce prix. Ce sont les professeurs qui ont choisi les textes parmi ceux rédigés par les étudiants.

Suzanne Travolta, un roman policier?

Le premier roman d’Élisabeth Benoit, Suzanne Travolta, déconcerte les esprits en quête de vérité. Maniant notamment le mythe d’Œdipe, l’autrice élabore un récit aux allures de polar autour duquel se construit une satire sociale.

En première page d’Écho vedettes, on annonce le suicide de Marie-Josée, sœur du célèbre Laurent M. Deux photos figurent sur la couverture, une grande du frère et une petite de la sœur. Naïvement, Suzanne, narratrice et personnage principal, déclare que celle-ci aurait «été dévorée de l’intérieur par son frère, par l’ego surdimensionné de son frère».

À l’occasion des funérailles, Suzanne rencontre la famille et les proches de la défunte. Au fil de ses rencontres avec ceux-ci, elle est, au même titre que Marie-Josée, complètement submergée par les histoires de Ray, de Georgia et de Laurent. À grands coups de «avait dit Ray, avait dit Laurent», le discours de Suzanne devient entièrement parasité par les préoccupations de ses fréquentations. Parallèlement à cela, une autre voix s’insère dans le roman. Celle de Bob, un détective qui épie les faits et gestes de Suzanne avec l’aide de son acolyte Mike. Voilà un autre mystère!

Rapidement, les interrogations des proches de Marie-Josée prennent d’autres directions. L’anecdotique, l’émoi des personnages interrompent sans cesse la quête sous-entendue. On comprend à ce moment qu’on n’assistera pas à l’élucidation d’une vérité éclatante quant aux motifs du suicide. Au sein des dernières pages, les mystères énoncés n’étant pas résolus, on découvre un dénouement déroutant en raison de sa rupture avec le cadre policier classique. L’aboutissement de ce roman est plutôt réservé aux tourments de Laurent qui, aveuglé tel Œdipe, étend sauvagement ses pensées sur l’écoute attentive de Suzanne. Au dernier chapitre, Benoit offre une superbe touche de dérision. La souveraineté de l’ego de Laurent prend des dimensions totalement démesurées, celle-ci envahit l’esprit de Suzanne!

Benoit nous offre ainsi un anti-polar, une déconstruction du genre policier caricaturant, à même sa structure narrative, l’individu d’aujourd’hui, qui place ses enjeux personnels devant la quête de vérité et de sens.

Thomas Roberge

Cégep de Trois-RIvières

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Enquête mystérieuse

L’écriture familière d’Élisabeth Benoit raconte Suzanne Travolta  un roman où Suzanne, la supposée héroïne, demeure mystérieuse et où l’intrigue perdure. La quatrième de couverture contribue à cette confusion des genres, car ce n’est pas un roman policier. Sans le vouloir, le lecteur tombe dans tous les pièges, dont celui d’essayer de prévoir la suite.

L’histoire est basée sur la disparition subite de Marie-Josée, amie de Suzanne. Elle s’enlève la vie alors que sa carrière de scénographe prenait son élan. Tout le monde se questionne et spécule sur les raisons de cet acte. Est-ce la faute d’une amitié néfaste ou de sa mère qui ne jure que par son fils? De plus, Élisabeth Benoit amène un aspect original en illustrant les conséquences d’une telle mort sur l’entourage et le changement de perception de cette personne. Va-t-on essayer de comprendre son secret ou l’oublier?

L’énigme Marie-Josée se dévoile essentiellement à travers le regard des autres. Au début, par celui de Suzanne, puis vers la fin par celui de Ray, son meilleur ami, et de Laurent, son frère. Sans véritablement connaître leurs motivations, ni qui ils sont, leurs préjugés et leurs projections vont créer son identité. Une identité qui se construit et se déconstruit sur des ouï-dire, qui amènent le lecteur dans le jugement et l’attente.

La narration est double, parfois basée sur des descriptions interminables donnant l’impression qu’il ne se passe rien. Celle de Suzanne est souvent répétitive: «J’ai bien réfléchi Suzanne, j’ai réfléchi toute la nuit, toute la nuit j’ai pensé à toi.»

Le rythme de l’écriture est lent, s’étire dans des monologues très peu ponctués, ce qui donne un côté long et pénible par moment. 

En revanche, la narration des détectives est simple, directe et surtout remplie d’informations sur Suzanne. 

Malheureusement, sa présence est plus limitée.

Avec des indices sans équivoque, cet intrigant roman ne laisse personne indifférent: «Le plus important c’est ce qu’on imaginait qui allait se produire et qui ne s’est pas produit.»

L’auteure ajoute et rature, propose et soustrait, joue et déjoue le lecteur en quête de mystères.

Maxeen Leblanc

Collège Laflèche

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Les oeuvres

15 février: Suzanne Travolta
29 février: Ouvrir son coeur: le samedi
14 mars: Les offrandes
28 mars: Shuni
11 avril: L’évasion d’Arthur ou La commune d’Hochelaga

L’annonce du gagnant se fera une semaine après la publication du dernier texte, lors du Salon du livre de Québec, le 17 avril.