Habitée par l’écriture depuis toujours, la Trifluvienne d’origine Lisanne Rheault-Leblanc arrive avec son premier recueil de nouvelles intitulé <em>Présages</em>.
Habitée par l’écriture depuis toujours, la Trifluvienne d’origine Lisanne Rheault-Leblanc arrive avec son premier recueil de nouvelles intitulé <em>Présages</em>.

Présages, Lisanne Rheault-Leblanc: la réalité, comme elle n’est pas

François Houde
François Houde
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Les concours littéraires n’ont pas forcément pour objectif de lancer des carrières mais ils contribuent assurément à faire naître et connaître de nouvelles voix. La Trifluvienne d’origine Lisanne Rheault-Leblanc aurait sûrement continué à écrire si elle n’avait pas, en 2018, remporté une deuxième place dans le cadre des Prix littéraires Thérèse-D.-Denoncourt mais la reconnaissance du jury a été un encouragement significatif à soumettre à une maison d’édition les nouvelles qui forment aujourd’hui son recueil Présages tout juste publié chez Delbusso Éditeur.

Dix nouvelles qui constituent la première percée littéraire de cette détentrice d’une maîtrise en création littéraire de l’UQAM. «Je rêve depuis longtemps d’écrire quelque chose comme un roman, dit-elle, et j’ai publié quelques nouvelles dans certaines revues spécialisées. Ma maîtrise a été l’occasion de me lancer dans la réalisation de ce rêve. Je ne visais pas tant à être publiée qu’à explorer à fond cette avenue, m’investir dans ce projet.»

Comme tant d’autres, elle a nourri l’illusion qu’elle aurait un jour l’idée du siècle qui lui dicterait l’élaboration d’un roman. «À la maîtrise, j’ai compris que ça ne fonctionne pas comme ça, qu’il faut écrire à tous les jours même quand c’est un exercice stérile. En ce qui me concerne, c’est à force de travailler et retravailler des textes pas très longs que j’en suis arrivée à quelque chose de satisfaisant. Je n’ai pas eu LE grand flash qui allait justifier un grand roman mais j’ai exploité plusieurs idées intéressantes pour m’apercevoir que j’arriverais à quelque chose de plus pertinent en écrivant des nouvelles. Chacune permet d’approfondir une idée qui aurait peut-être été diluée dans un roman.»

La nouvelle a peut-être gagné des lettres de noblesse depuis quelques années mais ça demeure une avenue pas très fréquentée. «C’est un genre littéraire sous-estimé et pourtant très riche. Pour l’écrivain, il constitue un défi passionnant: il faut qu’en peu de pages, on arrive à créer des personnages crédibles, un arc dramatique efficace et qu’on arrive à accrocher le lecteur.»

C’est, du reste, un genre sur mesure et particulièrement satisfaisant pour ceux d’entre nous qui n’ont pas le luxe de consacrer beaucoup de temps à la lecture en une seule séance.

La jeune femme de 36 ans dévoile dans son recueil des traits de son imagination qui a certainement un penchant pour le fantastique mais où la réalité ne perd jamais complètement ses droits. «J’ai un imaginaire très fertile, convient l’écrivaine, et j’ai exploré chaque idée pour sa valeur propre. Il y a certainement un côté sombre pour certaines d’entre elles et ça témoigne d’une période de ma vie où je ressentais une certaine anxiété. Mais justement, je pense que l’écriture m’a permis de sublimer cet état. Il en ressort de la lumière et même une certaine dose d’humour qui vient teinter plusieurs nouvelles et atténuer le côté à priori étrange de certaines des idées exploitées.»

Le recueil témoigne de l’essentiel de ce que Lisanne Rheault-Leblanc a créé de façon approfondie. «Je n’ai pas de nombreuses nouvelles qui traînent dans mes tiroirs. Je me suis plutôt attardée à quelques-unes sur lesquelles j’ai travaillé sur une longue période. L’ordre dans lequel elles sont présentées dans le recueil est assurément très important mais j’avoue qu’il s’est imposé de lui-même, de façon organique. Avec le recul, je m’aperçois que malgré leurs différences évidentes, les nouvelles ont toutes un lien entre elles et une résonance des unes avec les autres.»

Dans une langue élégante et dont on note rapidement la maîtrise, l’écrivaine joue avec les frontières de la réalité sans basculer complètement dans l’irréel. «Le mot jeu a été très présent dans ma tête pendant l’écriture: mes idées jouent avec le concept de réalisme. Je me dis que si on poussait la réalité tout juste un peu plus loin que ce qu’on en connaît, ça changerait complètement le monde dans lequel on évolue.»

«Les personnages que j’ai imaginés sont souvent le jouet d’un sort parfois cruel et ça, c’est un concept qui me plaît beaucoup. L’idée qu’on ne contrôle finalement pas notre destinée même si on possède la science, la technologie et qu’on croit maîtriser ce qui nous entoure. Quelque chose continue de nous échapper constamment. L’humain subit pas mal les choses, en somme, que ça lui plaise ou non.»

Dans cette perspective, les nouvelles, écrites, réécrites, peaufinées sur plusieurs années trouvent évidemment une résonance tout à fait singulière dans la réalité pandémique actuelle. Dans ce contexte, le titre, Présages, prend une signification déconcertante. «Pour plusieurs nouvelles, j’ai été inspirée par les superstitions qui sont une façon pour l’humain d’entrer en contact avec ce qui le dépasse, ce qu’il ne contrôle pas. C’est comme un clin d’œil qui me plaît bien.» Et qui justifie la photo d’un chat noir en couverture.

L’écrivaine fait d’ailleurs remarquer que souvent confrontés à des forces qui les dépassent, ses personnages ne se battent pas. Présages est effectivement traversé par une certaine idée de résignation qui n’a cependant rien d’une désespérante abdication. Certains pourraient même y voir les sources de la résilience.

L’ouvrage est présentement en librairie mais, fidèle à ses racines, Lisanne Rheault-Leblanc procédera à un lancement trifluvien le samedi 12 septembre, 15 h, au café bar Zénob, du centre-ville.