C'est un duo de conteurs formé de Paul Bradley (à gauche dans le miroir) et Sylvain Racine qui sera en résidence à Saint-Élie-de-Caxton au cours du prochain mois pour travailler leur art. Ils résideront dans une maison prêtée par le conteur Fred Pellerin.

Prendre Saint-Élie comme inspiration

Le statut de Saint-Élie-de-Caxton comme haut lieu du conte au Québec se concrétisera encore davantage au cours du mois d'avril avec la tenue de la 4e édition de résidence de création mise en place par le Regroupement du conte au Québec.
Cette année, l'artiste sélectionné est bicéphale: c'est le duo estrien Les Prétendants formé de Paul Bradley et Sylvain Racine.
Les conteurs, choisis par le jury parmi 23 candidats, s'établiront donc pour le prochain mois dans une maison appartenant à Fred Pellerin et qu'il rend disponible pour cet usage quand il ne l'utilise pas lui-même pour travailler.
Par ailleurs, un partenariat avec le Conseil des arts et des lettres du Québec permet de fournir aux deux artistes les frais de subsistance ainsi que l'apport de conseillers qui viendront appuyer leur démarche d'écriture.
Lors de la toute première édition, en 2014, Claudette L'Heureux avait développé le thème du patrimoine pendant sa résidence alors qu'Yves Robitaille avait exploité celui de la guerre de Troie l'année suivante.
L'an dernier, la conteuse Mafane, originaire de l'île de la Réunion, avait choisi le rapport à l'autre comme base de travail. Les Prétendants, avec leur formule particulière du conte à deux voix, iront dans une autre direction sans s'écarter vraiment de leur prédécesseur puisqu'ils se pencheront sur le couple.
«Le couple est habituellement exploité dans l'idée de la relation amoureuse alors qu'on peut aller plus loin dans la compréhension du couple vu comme une entité, soutient Paul Bradley. Ça peut aller aussi loin que de parler de la vérité et du mensonge, couple indissociable. Contrairement aux humoristes qui ont beaucoup exploité ce thème du couple, nous n'avons pas l'obligation de faire rire. On peut et on va exploiter différentes émotions.» 
«Un mois, c'est un temps qu'on n'a jamais eu à notre disposition dans le passé pour la création, calcule Sylvain Racine alors, c'est sûr qu'un spectacle va naître de ce temps de réflexion et d'écriture. Pour l'instant, on a un titre de travail qui est Histoires de couples et autres petites trahisons. Le tout ne sera pas forcément complet au bout d'un mois, mais on va avoir quelques contes bien ficelés qui vont faire partie de notre prochain spectacle dont une version assez avancée sera présentée dans le cadre du Printemps des beaux parleurs du 18 au 22 mai à Trois-Rivières.» 
La résidence impliquant au moins un spectacle dans la région mais hors de Saint-Élie, il aura lieu à la microbrasserie trifluvienne Le Temps d'une pinte le 20 avril prochain alors que Les Prétendants présenteront l'intégral du spectacle qu'ils promènent dans la province depuis plus de deux ans: De bière et de bonne guerre.
Le 28 avril, ils présenteront le fruit de leur travail aux habitants de leur municipalité de séjour dans un spectacle intitulé L'effet Caxton qui témoignera notamment de ce que les conteurs auront récolté à travers leurs rencontres avec la population locale. Au cours du mois, des rencontres et ateliers sont prévus à la Maison des jeunes de même qu'auprès de personnes âgées à Saint-Élie.
Rien de tout cela ne serait possible sans Fred Pellerin. «Déjà, ça apporte quelque chose au village, estime-t-il, parce que je demande à ceux qui viennent séjourner dans la résidence de laisser quelque chose aux gens du village comme prix de location.
Depuis quatre ans qu'on le fait, chacun de ceux qui sont passés ont marqué Saint-Élie. Ce sont des créateurs qui ont semé quelque chose derrière eux. Ce matin, Julie, la caissière à l'épicerie, était au courant que les nouveaux conteurs arrivaient aujourd'hui; elle avait hâte de les voir, elle était intriguée. Ça ajoute aux couleurs ambiantes du village.»
Bien sûr, ça reste une initiative quelque peu marginale mais qui contribue néanmoins à l'essor du conte qui n'est peut-être pas destiné à la grande popularité. 
«Le conte, il a son charme à rouler dans la gravelle, illustre Fred. Moi, je fais des bouts sur l'autoroute, j'ai eu cette chance-là, mais les dizaines de conteurs qui roulent au Québec le font sur des petites routes de travers. Ça conserve au conte un caractère artisanal qui lui va bien mais ça ne veut pas dire qu'il n'a pas besoin de soutien. Ce n'est pas un don que je fais, c'est une forme d'investissement dont le bénéfice n'est pas calculable en argent mais en richesse humaine pour la communauté.»