C’est dans une configuration inédite en fonction des impératifs imposés par la COVID-19 que l’OSTR a repris du service vendredi pour deux représentations de son concert Jardins d’Espagne, reprise de celui qui aurait dû être présenté en mars dernier.
C’est dans une configuration inédite en fonction des impératifs imposés par la COVID-19 que l’OSTR a repris du service vendredi pour deux représentations de son concert Jardins d’Espagne, reprise de celui qui aurait dû être présenté en mars dernier.

Premier concert de l’OSTR depuis le début de la pandémie: contre vents et marées

François Houde
François Houde
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — «Finalement, on est ensemble!» Ce sont les premiers mots que maestro Jean-Claude Picard a adressé au public trifluvien tout juste avant de plonger dans Jardins d’Espagne vendredi après-midi à la salle Thompson pour la première de deux représentations. Ils résument parfaitement l’ambiance dans laquelle a baigné ce concert événement, ce concert retrouvailles.

Il s’agissait du tout premier concert symphonique présenté en salle au Québec depuis le début de la pandémie. L’OSTR a, à ce titre, battu l’OSM que de quelques heures puisque l’orchestre montréalais s’est présenté devant son public en soirée. N’empêche... La directrice générale de l’orchestre Natalie Rousseau avait tout juste auparavant indiqué au public que l’OSTR fait partie du 3% des orchestres canadiens qui ont repris du service.

«Vous faites partie des raisons pour lesquelles nous sommes de retour», a-t-elle ajouté à l’intention des 238 spectateurs présents, la capacité maximale admissible puisque dans le total permis de 250 personnes, il faut également compter les employés de la salle, les techniciens, etc. «Le monde a changé, a poursuivi la dg, et il continuera de changer. Par contre, une chose reste: l’amour de la musique que nous voulons partager avec vous.»

Jardins d’Espagne a été conçu dans l’ignorance que le monde allait frapper un mur, que nous ferions tous face à un monstre et qu’il changerait nos vies. Le programme était plein de vie, festif, exotique. Il faisait rêver aux douceurs d’une contrée de lumière. Comme si de rien n’était. Sans le savoir, Jean-Claude Picard et sa dg ont concocté un très joli programme de retrouvailles, comme un tout petit début de victoire de la vie sur la peur, de l’espoir sur la noirceur.

Pour la première de deux représentations, il a d’abord fallu procéder à des tests de son pour ajuster la légère amplification venue compenser pour l’absence de conque, l’espace supplémentaire entre les musiciens et les panneaux de plexiglass séparant les vents des autres sections. Cette contrainte de plus a été l’occasion pour maestro Picard de discuter librement avec le public, détendre l’atmosphère, briser l’enveloppe compassée du concert habituel pour faire de celui-ci une célébration.

La variété du programme, le spectre très étendu des couleurs sonores qu’il permettait d’explorer, son côté aussi guilleret par moment que mystérieux ou profondément émouvant à d’autres y ont certes contribué. Et puis, la présence de solistes d’exception comme la harpiste trifluvienne Valérie Milot, le violoncelliste Stéphane Tétreault et le guitariste Michel Beauchamp ne peut pas non plus y être étrangère.

Derrière la direction enjouée, dynamique et précise de Jean-Claude Picard s’est dessiné quelque chose qui transcendait la technique et les contraintes: le plaisir pour les musiciens de se réunir pour faire de la musique et la partager avec un public tout aussi avide.

«Il y avait quelque chose de spécial, une énergie inhabituelle, de confier maestro Picard au terme de cette représentation. On sentait que les musiciens ont donné un 25% supplémentaire. Au début de la pandémie, on ne savait pas ce qui allait se passer et on est demeuré longtemps dans l’incertitude. On croyait qu’on serait les derniers à reprendre du service et pourtant non: le gouvernement nous a entendus et aujourd’hui, on peut offrir ce magnifique concert.»

«Ça démontre au public que la musique fait partie des choses essentielles dont nous avons foncièrement besoin. On se rend compte à quel point ça nourrit les individus, le public comme les musiciens.»

«Dans les circonstances, c’était un très gros défi, c’est sûr, mais on l’a vraiment très bien surmonté. La plus grosse contrainte demeure la distance inhabituelle entre les musiciens qui crée des petits délais. En répétition, les vents devaient jouer une demi-seconde avant les cordes pour assurer l’ensemble. Les musiciens avaient aussi du mal à s’entendre entre eux mais j’ai bien vu que tout le monde a travaillé fort pour relever ce défi-là, ce qu’ils ont fait magnifiquement.»

«D’un point de vue purement musical, même si parfois, c’était un tout petit peu moins précis, l’émotion, palpable, est venue gommer l’aspect technique pour donner de l’âme à la musique et c’est ce à quoi j’aspire en tant que chef.»

Probablement personne n’a vécu le défi des nombreuses contraintes avec autant d’intensité que Natalie Rousseau; au terme de la première représentation, elle n’en gardait qu’une grande satisfaction. «On est vraiment contents de l’avoir fait et le public est enchanté par l’expérience : c’était vraiment le bon pari que de présenter ce concert.»

«On a senti l’enthousiasme des musiciens mais j’ai pu parler avec les spectateurs qui attendaient pour entrer et ils m’ont tous dit à quel point ils étaient contents que ça ait lieu.»

«C’était beaucoup d’ajustements de toutes sortes mais la bonne nouvelle, c’est qu’on a commencé par le plus difficile parce que ce concert exigeait 62 musiciens incluant six percussionnistes avec trois solistes alors que le prochain, par exemple, c’est 48 et le suivant, 58, avec un seul soliste. L’expérience nous a appris beaucoup de détails de sorte que pour les prochains concerts, ça va être nettement plus facile.»

On a laissé tomber l’idée de présenter le concert sur écran géant à la salle Anaïs-Allard-Rousseau devant le faible nombre de gens à qui cela aurait convenu. On peut calculer qu’environ 475 personnes auront fait le voyage en Espagne sans contribuer à la crise climatique.