Jacques Newashish

Pour la suite du monde

TROIS-RIVIÈRES — Malgré tout ce que les siens ont connu de souffrances, de rejet, de rebuffades à travers l’histoire, Jacques Newashish est optimiste. Un peu parce que c’est dans la culture de son peuple, un peu par sa propre personnalité mais beaucoup parce qu’il sent, enfin, une certaine ouverture du monde à l’identité autochtone.

«Chez nous, la notion du collectif est très profonde. On peut chasser seul mais on sait intimement qu’on ne peut pas survivre seul sur une longue période. C’est quelque chose qu’on peut partager, nous, avec les Québécois d’autres origines. Il faut bien qu’on en arrive à accepter qu’on n’a pas le choix de vivre côte-à-côte malgré nos cultures différentes. Aujourd’hui, je sens de plus en plus de respect: tranquillement, on voit davantage d’acceptation de la part des Québécois dits de souche. D’ailleurs, ils ont parfois tendance à accepter pas mal n’importe quoi!», lance-t-il dans un grand éclat de rire.

«On voit des programmes dans les écoles qui amènent les jeunes à connaître un peu plus les Premières nations. C’est précieux: ça fait aussi partie de leur histoire. Il y a eu énormément de métissage entre les Français et les Autochtones à travers l’histoire et c’est une richesse qui définit notre identité à tous. Depuis les années 80, de notre côté, on a connu tout un mouvement de promotion de notre culture, par l’art, notamment, et ça a porté fruit.»

Urban Chief, une oeuvre de Jacques Newashish

Comme les valeurs de respect de l’environnement, de respect d’une culture ancestrale sont fondamentales chez les Autochtones et qu’elles sont de plus en plus inscrites dans les préoccupations des Québécois, on peut penser qu’il y a matière à un profond rapprochement des cultures. «C’est important, parce que sans une forme de collaboration, nous allons tous disparaître. Nous, parce que nous sommes parmi les derniers peuples autochtones d’ici encore bien vivants mais pour vous, parce que le mode de vie actuel est en train de mener l’humanité à sa perte et qu’il est primordial d’apprendre à respecter la nature.»

«Je suis un ambassadeur de ma propre culture mais de la culture autochtone en général et ce, jusqu’en Europe où je me suis rendu à plusieurs reprises. Même qu’à une certaine époque, j’ai senti plus d’ouverture de leur part qu’ici-même! Maintenant, il y a une sorte d’engouement envers la culture autochtone. Je ne sais pas combien de temps ça va durer mais profitons-en! C’est la première fois que je constate un intérêt aussi profond.»

«Par exemple, j’expose présentement au Musée de Joliette dans le cadre d’une exposition collective d’art autochtone contemporain (De tabac et de foin d’odeur. Là où sont nos rêves). C’était une première pour eux et les réactions sont très bonnes. D’autres musées manifestent aussi de l’intérêt pour recevoir l’exposition ou en présenter d’autres.»

Cette nouvelle ouverture est d’autant plus réjouissante pour l’artiste atikamekw qu’elle devrait aider à sauvegarder des cultures qui, autrement, s’étioleraient inexorablement. «La langue est importante parce qu’elle est millénaire et qu’elle reflète ce que nous sommes. Nous, les Atikamekw, nous sommes chanceux parce que notre langue se porte encore assez bien et on peut espérer qu’elle va survivre encore longtemps. Par contre, d’autres sont en train de disparaître.»