La cinéaste Christine Chevarie-Lessard présente son tout premier long métrage documentaire: Point d’équilibre à l’affiche au Tapis rouge.

Point d'équilibre: la dure quête de la beauté

TROIS-RIVIÈRES — Pourquoi le documentaire est-il un genre si intéressant? Probablement parce qu’il parle simplement de la vie mais à partir d’un point de vue particulier. C’est bien ce que fait la cinéaste Christine Chevarie-Lessard avec son film Point d’équilibre présentement à l’affiche au moins pour la semaine au cinéma Le Tapis rouge.

Certains n’y verront qu’un film sur le ballet ou, plus spécifiquement, sur le parcours de jeunes à l’École supérieure de ballet du Québec. Ce n’est pas faux mais à bien y réfléchir, c’est une œuvre sur des enfants qui passent à l’adolescence. Le contexte de l’école de ballet n’étant qu’un creuset qui permet de mieux faire ressortir les enjeux qui, eux, demeurent universels.

Le documentaire est filmé avec sensibilité pour donner à la neutralité du regard documentaire de l’humanité. La cinéaste a fait un long travail en amont pour trouver cet équilibre. «Je suis allée observer à l’École pendant une longue période pour explorer le processus, identifier ses étapes importantes. Ça m’a donné un accès que le simple reportage ne pourrait pas avoir. J’ai filmé en continuant d’observer: je n’ai pas cherché à véhiculer un message.»

Pourtant, il en ressort un film très intéressant, riche, dense, beau et sensible. «À travers l’observation, j’ai rapidement su qu’il y avait un film intéressant à faire dans ce contexte. Il y avait le point de vue émotionnel, très évident dès le départ mais en plus, au niveau esthétique, j’ai trouvé beaucoup de lignes, de cadres qui se dessinaient sans compter les visages des jeunes qui m’ont séduite. C’était l’intérêt humain qui s’imposait d’emblée avec toute la psychologie que le contexte faisait ressortir.»

Dans ce monde d’exceptionnelle rigueur où le travail est un moteur essentiel, les enfants s’épanouissent comme dans n’importe quel autre milieu. «Il ne fait pas de doute que c’est un art très exigeant mais il y a aussi du plaisir et de la joie dans le ballet classique. Oui, il y a de la compétition pour l’obtention de certains rôles mais contrairement peut-être à d’autres endroits dans le monde, ici, au Québec, les enfants ont aussi droit à un soutien émotionnel de la part de leurs enseignants. Par ailleurs, les élèves y vivent les mêmes émotions que tous les enfants de leur âge: les premiers béguins, les défis, les joies, les déceptions.»

Point d’équilibre est porté par quelques danseurs aux personnalités fortes qui sont d’un naturel désarmant devant la caméra. «Pendant mes mois d’observation, je me suis arrêtée à quelques-uns sur lesquels je n’arrivais pas à détacher mon regard. Dans le cas de Shô, ça tenait davantage au fait que je voulais suivre un des rares garçons à l’école et lui ressortait du lot par sa personnalité. Il est très drôle par ses remarques mais il lui arrive aussi de sortir de nulle part des réflexions très profondes.»

Entre autres épisodes de ce parcours scolaire hors du commun, la cinéaste s’est attardée au processus des auditions pour Casse-Noisettes qui résulte en une joie immense pour certaines mais en bien plus de déceptions amères. «Je voulais cibler au moins une fille qui allait être choisie mais je ne pouvais évidemment pas le savoir d’avance. Disons que j’ai suivi plusieurs filles au départ et que j’ai été chanceuse.»

Devant l’intensité du parcours, croit-elle que ces enfants vieillissent plus vite que d’autres qui sont à l’abri du stress, de la compétition et du regard impitoyable des professeurs? «C’est très possible, répond Christine Chevarie-Lessard. Par contre, ils conservent le goût du jeu comme n’importe quels jeunes de leur âge. Ils sont comme les autres mais avec moins de temps libre.»

«En regardant ce qui est exigé de ces enfants, ça nous amène à nous questionner sur nos propres exigences envers nous-même. Je pense que le film est intéressant pour n’importe qui à ce titre. J’imagine très bien des parents qui viennent le voir avec leurs enfants pour en discuter par la suite. Chacun va s’y reconnaître.»

Comblée d’avoir droit à une diffusion en salle, la cinéaste croit que c’est un film qui mérite d’être vu sur grand écran. «Il y a un aspect esthétique très présent que le grand écran rend infiniment mieux. Mais c’est un film que j’ai conçu avec un énorme souci du détail. La conception sonore avec les respirations parfois amplifiées contribue à ce qu’on se sente tout près des enfants. L’expérience en salles est incomparable avec ce qu’on peut connaître à la maison.»