Le directeur général de Culture Shawinigan en compagnie de l’ancienne muséologue de l’organisme Clémence Bélanger.

Plus de muséologue à Culture Shawinigan

TROIS-RIVIÈRES — Le poste de muséologue au sein de Culture Shawinigan a été aboli et, par conséquent, Clémence Bélanger a perdu son emploi au début du mois. Comme elle avait pour mandat la gestion du Centre d’exposition Léo-Ayotte, cette responsabilité revient désormais au directeur général Bryan Perreault.

Celui-ci a justifié cette décision en expliquant qu’il faisait partie de son mandat de revoir la pertinence des différents postes au sein de son organisme et qu’il en était arrivé à la conclusion que celui de muséologue, instauré il y a quatorze ans, ne correspondait plus aux besoins actuels. «Comme cela faisait longtemps que ça n’avait pas été fait, j’ai revu, secteur par secteur, les différents postes et j’en ai aboli quatre depuis trois ans, d’expliquer le directeur général. On cherche simplement à mettre en place une meilleure gestion des ressources humaines. Je me suis d’abord attaqué au secteur des spectacles qui est névralgique puisque c’est celui qui assure 42 % de nos revenus. Par la suite, je me suis penché sur le poste de muséologue.»

«Ce n’est certainement pas de gaieté de cœur que j’en suis arrivé à cette conclusion mais ça fait partie de mon travail. La décision a été entérinée par le conseil d’administration de Culture Shawinigan. C’était une décision extrêmement difficile à prendre parce que j’apprécie Clémence et je comprends que c’est dur à vivre mais je ne peux pas me laisser guider par ces seules considérations dans mes décisions de gestion. J’ai coupé un poste, pas la personne.»

Cette décision s’inscrit dans une nouvelle vision de l’art contemporain que Perreault veut mettre de l’avant. «Ma vision du futur implique un virage vers l’art numérique, ce qui permettra de se coordonner avec l’orientation prise par l’ensemble de la ville de Shawinigan qui est devenue un pôle numérique pour le Québec. Je veux suivre cette impulsion. Pour l’instant, je vais assumer moi-même la gestion du centre d’exposition Léo-Ayotte. J’ai des projets majeurs en marche dont je ne peux pas parler pour l’instant mais si ça se concrétise, vous allez comprendre l’orientation que je veux donner.»

«Devant les changements à venir, je n’ai pas le choix que de transformer la structure en place. Ça ne met pas en jeu notre implication dans les arts visuels mais on est en train de redéfinir notre mission envers l’art contemporain et pour cela, je dois rebrasser des cartes.»

Il ne semble pas que ce soit une stricte question budgétaire. «En fait, Culture Shawinigan est en croissance présentement, soutient Bryan Perreault. Depuis mon arrivée comme directeur général, nous sommes passés d’une équipe de 12 à 18 personnes avec la même enveloppe budgétaire. Nous travaillons différemment, plus efficacement et en nous lançant dans la production de spectacles, nous avons généré des revenus nouveaux.»

Pour sa part, Clémence Bélanger dit ne pas comprendre la logique de cette décision dans la mesure où l’expertise de muséologue est exigée par les instances gouvernementales. «Désormais, les bailleurs de fonds exigent la présence de spécialistes pour accorder des subventions et on coupe le poste; je ne sais pas trop comment Culture Shawinigan va arriver à poursuivre sa mission en art contemporain dans ce contexte. Cela dit, j’ai vu quatre personnes quitter au cours des trois dernières années alors, j’avais un peu vu le coup arriver. En 18 ans à ce poste, j’ai pu bâtir ce secteur à partir de zéro et on avait atteint une certaine stabilité mais la direction veut aujourd’hui changer les choses.»

«J’ai reçu plusieurs téléphones de gens du milieu depuis mon départ et je garde espoir de pouvoir œuvrer de nouveau dans le secteur.»

Pour l’instant, Clémence Bélanger et Culture Shawinigan sont dans un processus de négociation pour s’entendre sur le montant de la prime de séparation qui lui sera versée.

Du côté de l’organisme Médiat-Muse, regroupement des institutions muséales de la région, la présidente Marie-André Levasseur déplore le départ de Clémence Bélanger. «C’est dommage pour nous parce qu’elle était la secrétaire de l’organisme et qu’elle était très impliquée dans notre fonctionnement, et ce, depuis longtemps. On perd un gros morceau. De plus en plus d’institutions se regroupent de sorte qu’on a de moins en moins d’intervenants autour de la table. On n’a personne pour représenter le Centre d’exposition Léo-Ayotte à l’heure actuelle.»

Chez Culture-Mauricie, le directeur général Éric Lord a indiqué que des gens du milieu des arts visuels lui ont exprimé leurs inquiétudes à la suite de cette décision, craignant une perte d’expertise importante. Il a assuré qu’il le ferait savoir au directeur général de Culture Shawinigan.