C’est à la suite d’un long processus de réflexion qu’on a élaboré la nouvelle identité du Musée des cultures du monde à Nicolet et ces personnes y ont activement participé. Ce sont, de gauche à droite: Julie Gosselin, propriétaire et designer graphique chez Pop grenade, Christian Marcotte, directeur du Musée des cultures du monde et la présidente du conseil d’administration Dominique Boucher.

Place au Musée des cultures du monde

TROIS-RIVIÈRES — Le Musée des religions du monde n’existe plus. L’institution nicolétaine qui portait autrefois ce nom est devenue le Musée des cultures du monde.

Le changement survient après un long processus de réflexion qui aura pris cinq ans et qui sera passé par plusieurs étapes incluant des analyses, la formation de groupes de discussions et l’intervention de spécialistes. On a finalement opté pour une appellation qui «...permet une plus grande inclusion et qui se colle davantage à la mission qui, au bout du compte, vise à développer une plus grande tolérance face à la différence», indique le communiqué officiel présenté lors d’une conférence de presse très courue mercredi matin. 

La présidente du conseil d’administration du Musée Dominique Boucher a présenté les choses en termes clairs. «Dans un contexte social mondial où le mot religion est devenu synonyme de peur ou encore de malaise, ce mot est rapidement devenu un handicap pour notre institution. Au Québec, vous n’êtes pas sans savoir que le débat sur la laïcité divise. Bien que le mot religion définit très bien une grande part de notre collection, il devenait un frein important à notre développement. Depuis plusieurs années, la direction du Musée se heurte à des portes fermées lors de la recherche de subventions ou de partenariats. Sans même prendre le temps de regarder nos réalisations ou notre mission, les demandes étaient rejetées du revers de la main.»

La présidente a affirmé que le changement s’imposait pour assurer la survie du Musée à moyen et long terme. Le nom avait été proposé officiellement un peu avant le départ de l’ancien directeur général Jean-François Royal pour le Musée Marguerite-Bourgeois de Montréal à l’automne dernier mais on a décidé d’attendre l’arrivée d’un nouveau directeur général avant de l’annoncer officiellement. Entretemps, on a mandaté la firme trifluvienne Pop grenade pour créer une nouvelle identité visuelle présentée également mercredi matin.

Le logo reprend les premières lettres des mots constituant le nom du Musée dans un design qui suggère un personnage aux bras ouverts qui peut faire penser à un totem et à un inukshuk alors qu’on retrouve toujours la croix qui symbolise un des volets de la vocation de l’institution qui possède toujours une importante collection d’objets religieux. 

Le nouveau directeur général Christian Marcotte se réjouit de cette annonce qui apporte un renouveau pour le musée. «Ce nouveau nom et cette nouvelle mission nous permettront de présenter une programmation plus riche et plus variée tout en ne reniant pas notre dimension religieuse, fondement de l’institution.»

«Au niveau du financement, ça ne changera rien devant notre principal bailleur de fonds qui est le ministère de la Culture mais dans la recherche de commandites, le mot religion faisait peur. On le constatait même auprès des touristes qui, très souvent, refusaient de visiter un musée des religions même si les expositions pouvaient les intéresser. Ça jouait forcément sur la fréquentation du musée et son financement. Dans les bureaux d’information touristique, les préposés ne nommaient même plus le musée mais présentaient simplement les expositions présentées avec un itinéraire pour s’y rendre.»

Le directeur ne croit pas qu’en s’associant désormais au thème beaucoup plus général de la culture, le musée puisse avoir de la difficulté à se créer une identité propre. «Évidemment, c’est l’avenir qui va nous le dire mais j’arrive avec ma personnalité, mon approche de la muséologie et l’équipe a une façon bien à elle de faire les choses. On va travailler sur une nouvelle planification et on pense que ça va plutôt nous ouvrir des portes à moyen et long terme. Ça reste un changement dans une certaine continuité: on va continuer à faire des expositions qui vont porter à la réflexion, certaines concerneront la religion. On va avoir des expositions avec des sujets plus sérieux et d’autres plus légers. On devrait toucher davantage à l’actualité régionale pour se rapprocher de notre communauté parce qu’on pense qu’on y a un rôle à jouer.»

Il dit ne pas craindre de chevauchement avec le Musée POP dont la mission est orientée sur la culture populaire. «On n’a pas du tout l’intention de jouer dans les plates-bandes de notre collègue de l’autre côté du fleuve. Nous avons des missions distinctes et on va traiter de sujets différents. Par exemple, eux ne traiteront pas du 350e anniversaire de fondation de Nicolet qui va arriver dans quelque temps.»

La programmation du Musée demeure inchangée pour l’instant et son directeur estime qu’il faudra près de deux ans avant qu’on voie une exposition portant sa marque. Par contre, si on se fie à Dominique Boucher, il n’est pas question de changer l’orientation des expositions. «La religion fait partie d’une culture et notre collection, unique en Amérique du Nord, demeure. Le conseil d’administration ne veut pas éliminer ce volet de notre mission mais en l’élargissant, on ouvre un terrain de jeu plus grand nous permettant de recevoir des expositions conçues ailleurs. L’ADN du musée ne changera pas quant à la qualité des expositions. Si, comme c’est déjà arrivé, ça entraîne certaines controverses, on ne reculera pas. On a toujours aimé jouer sur la ligne à la limite de la controverse et on va continuer de le faire. L’important, c’est de susciter une saine réflexion chez le visiteur.»