L’écrivain nicolétain Pierre Chatillon a abordé pour la première fois le roman historique avec L’homme au regard de lion, son plus récent ouvrage publié chez Fides.

Pierre Chatillon: roman d’histoire et de racines

TROIS-RIVIÈRES — Dans sa production plus que considérable, Pierre Chatillon a abordé la poésie, les romans, les essais, les nouvelles en plus de composer de la musique. Il ne s’était jamais, jusqu’ici, attaqué au roman historique. Avec L’homme au regard de lion publié chez Fides, il vient de combler ce vide.

La chose ne se serait jamais réalisée sans le concours du destin. Quand il était petit, sur un mur de la maison familiale, était exposé un magnifique sabre, pièce honorifique remise par le commandement militaire britannique à un aïeul du nom de Frédérick Rolette, héros méconnu de la guerre de 1812. Quand le gouvernement Harper a commémoré le bicentenaire de cette guerre, des historiens de la marine, en manque de données sur ce Canadien-Français quasiment ignoré par l’histoire, ont fait des recherches pour retrouver le précieux souvenir familial désormais entre les mains de la sœur de Pierre Chatillon à Québec. L’écrivain, lui, a trouvé le germe d’un roman.

«C’est fou mais ce roman m’est arrivé comme un cadeau que je n’ai pas vu venir. Je n’avais aucune envie d’écrire un roman historique puis ces événements sont arrivés. Je connaissais certaines choses sur mon ancêtre, les historiens en savaient d’autres: ça donnait une base intéressante, commente le Nicolétain. C’est devenu plus intéressant quand j’ai remis les choses dans leur contexte à savoir que son histoire débute véritablement 25 ans seulement après la conquête anglaise, une période déterminante de notre histoire qu’on a assez peu explorée.»

Dès lors, se sont accumulées les recherches fastidieuses pour connaître non seulement la vie de son héros mais tout le contexte historique de l’époque. «Avec Internet, c’est extraordinaire tout ce qui nous est accessible. S’il avait fallu que j’aille dans les bibliothèques pour recueillir toute l’information que j’ai rassemblée, j’y serais encore. Ce qui est sûr, c’est que j’ai tout documenté de façon très minutieuse. Comme Frédérick Rolette a servi dans la Royal Navy, j’ai tout appris sur les bateaux de l’époque, le déroulement des batailles, la vie quotidienne, etc. À ce titre, c’est donc une histoire vraie que je raconte.»

Licence romanesque

Par contre, le romancier avait aussi besoin d’air. À l’histoire de son ancêtre d’abord militaire et, par la suite, cultivateur dans la région de Nicolet, il a combiné celle d’un de ses frères qui a fait la traite des fourrures dans ce qu’on appelait alors «Les pays d’en haut» qui n’étaient pas les Laurentides du nord de Montréal mais bien la région des Grands Lacs.

Cet autre épisode de la vie de son héros permet à l’auteur d’explorer le système du commerce des fourrures et des relations entre les Européens et les tribus autochtones de ce territoire. «C’est un autre volet de la recherche qui est absolument fascinant. Les relations étaient harmonieuses entre les coureurs des bois et ces tribus. Les autochtones savaient faire du commerce et même s’ils n’étaient pas payés en argent, ils étaient de bons négociateurs sachant tirer le maximum des fourrures qu’ils cédaient aux Blancs.»

Le roman contient sa bonne part de surprises quant à la nature des relations entre les commerçants et les habitants de ces contrées éloignées. Des relations bien différentes de ce que les livres d’histoire ont laissé dans la tête des écoliers. Là-dessus également, Pierre Chatillon est catégorique: ce qu’il raconte est tout à fait conforme à la vérité historique et il a documenté ses dires. «Je pense que les lecteurs vont apprendre des choses. Moi, j’en ai beaucoup apprises à travers mes recherches. Par ailleurs, je ne voulais pas être totalement esclave des faits historiques. Déjà, en combinant deux personnages en un pour fabriquer mon héros, je me suis accordé une licence romanesque mais je persiste à dire que je n’ai pas inventé cette histoire.»

La plume du poète et écrivain ne pouvait pas non plus porter trop lourdement le fardeau des faits objectifs. «Les aventures de mes personnages sont aussi des prétextes à offrir des descriptions de la nature qui demeurent nourries par mon inspiration personnelle. Avec les voyages en traîneaux à chiens, les batailles sur la mer, les sujets ne manquaient pas pour donner de la liberté à l’écrivain. Dès lors que j’avais de solides assises avec les faits historiques, ça me donnait une base pour exalter les sentiments des personnages.»

En fin de compte, les 325 pages de L’homme au regard de lion, surnom dont le général Brock a réellement affublé Frédérick Rolette, constituent un buffet copieux d’aventures, d’histoire, d’étude de mœurs.

«C’est notre histoire, insiste l’écrivain. Ça nous montre à nous Québécois, que nous ne sommes pas rien et que nous avons une riche histoire meublée de personnages extraordinaires. Ces gens-là dont je parle étaient des géants. Comme communauté humaine, nous avions tout pour périr et pourtant, nous sommes encore là aujourd’hui avec notre culture et notre langue. C’est un destin exceptionnel.»

«Pour moi, poursuit-il, L’homme au regard de lion est un roman qui fait l’éloge des racines. Puisque c’est ma famille, je viens de là. Je crois cependant que ça peut aussi susciter des réflexions pour n’importe qui quant à notre identité collective et comment elle s’est construite. Ce n’est pas un sermon, cependant: chacun peut en tirer ce qu’il veut. Si quelqu’un me disait qu’il a simplement apprécié le livre comme un bon divertissement, j’en serais très heureux parce que c’est aussi un roman d’aventures. Par contre, la matière à nourrir une réflexion plus approfondie est là également.»

Grâce à Fides, l’ouvrage connaît une distribution à très large échelle à travers toute la province et, forcément, dans toutes les librairies de la région.