Pierre Chatillon présente son nouveau recueil de poèmes Bestiaire aux Écrits des Forges.

Pierre Chatillon: «Le secret, c’est la disponibilité»

TROIS-RIVIÈRES — Le prolifique auteur centricois Pierre Chatillon a lancé un recueil de poèmes récemment. Bestiaire, son 20e... rien de moins!

Dans cet ouvrage, il propose 40 poèmes inspirés d’animaux réels et chimériques à travers lesquels il illustre certains travers de l’être humain. «On utilise les animaux pour se moquer des humains. J’ai trouvé des points de vue très originaux pour les animaux mais il n’y a pas uniquement ça, il y a beaucoup de réflexion sur les travers humains.»

Il propose un regard qu’il qualifie de caricatural mais avec un ton humoristique. «J’ai toujours eu beaucoup d’humour mais je l’ai rarement mis dans mes livres. Cette fois-ci je me suis laissé aller. Les gens nous ont toujours fait peur autrefois en nous disant qu’en vieillissant on allait retomber en enfance mais au fond, il n’y a rien de plus merveilleux! J’ai eu une enfance très heureuse et je redeviens l’enfant blagueur et moqueur que j’étais. Ce n’est pas quelque chose de nouveau, c’est ce que j’étais au départ. Je suis très heureux d’écrire comme ça! Si c’est ça retourner en enfance, c’est merveilleux.»

Il ne faut pas penser que le propos est léger pour autant. «Il y a un poème sur le loup-garou qui traite de pédophilie chez les prêtres. C’est de la caricature et ça traite de sujets très actuels.»

Pierre Chatillon ne se gêne pas pour exhiber la nature humaine mais dans un style accessible. «Ce recueil est très facile à lire, il se lit tout seul. Il n’y a rien de prétentieux là-dedans. Ça se lit très facilement comme les fables», lance-t-il dans une volonté de réconcilier les gens avec la poésie. «Dans la préface, je revendique le droit de rire en poésie. Ce n’est pas obligatoire que la poésie soit incompréhensible.»

L’inspiration de Pierre Chatillon semble inépuisable bien que ce soit un processus qu’il attribue au hasard. «J’ai touché à tous les genres. Je n’ai pas de programme, jamais, jamais! Je prends ce que l’inspiration m’apporte. Ce recueil, Bestiaire, jamais je n’aurais pensé deux minutes à faire ça! C’est venu comme ça et ça m’a occupé de façon merveilleuse pendant deux mois parce que j’en écrivais presque un par jour! J’écris vite quand je suis inspiré», rigole-t-il. C’est d’ailleurs aussi par un merveilleux hasard que son dernier roman historique, L’homme au regard de lion s’était présenté à lui. «Je n’avais pas l’intention d’écrire de roman historique, c’est beaucoup trop d’ouvrage. J’ai été très surpris. Je suis souvent surpris par les sujets qui arrivent comme ça. Je n’ai pas de programme et je suis quelqu’un qui est disponible et c’est ce qui est important pour moi.»

Malgré ses 80 ans bien sonnés, il ne ralentit pas la cadence. «Ce qui conserve jeune c’est d’avoir des projets. On m’appelle l’homme aux 100 projets et quand j’en manque, j’en invente!», lance-t-il en riant franchement.

«Je ne me suis jamais assis devant une feuille blanche, ce serait terrifiant. Je suis disponible. J’écris les choses qui me viennent un peu partout où je me trouve. Par la suite, quand je me trouve devant une feuille blanche, j’ai beaucoup de choses à écrire. Je suis très chanceux parce que j’ai publié mon premier recueil à 18 ans et je n’ai jamais manqué d’inspiration. Je suis très chanceux, ç’a aurait été une catastrophe de manquer d’inspiration. Le secret, c’est la disponibilité. Comme ça tu ne te forces pas, tu ne fuis pas certains sujets non plus. Ça tombe des nues. Je suis très inspiré en musique et en littérature.»

«Cet automne, à mon âge, je lance un disque, je publie un recueil de poèmes et je viens de donner un concert. J’ai aussi la chance de travailler avec de jeunes musiciens qui sont formidables. Tout ça fait que j’ai la chance de bien vieillir et c’est une très grande chance», expose-t-il.

«Dernièrement, j’ai donné un concert devant une centaine de personnes au Havre du Faubourg qui, je sais, souvent s’ennuient. Je suis heureux de leur apporter de la joie. À mon âge, je considère que c’est la chose la plus importante qui peut arriver: donner de la joie... parce qu’au fond, je n’ai rien d’autre à faire. Le secret, c’est de donner du bonheur aux autres aussi. Si on ne fait rien, on se meurt d’ennui et tant que je vais pouvoir faire ça, je vais supporter le vieillissement.»