L’été des 12 ans de Félix Leclerc en aura été un de petites aventures qui font grandir, comme cette excursion au Canton Mailloux . De gauche à droite, l’oncle Richard (Guy Thauvette), Félix (Justin Leyrolles-Bouchard), Jean-Marie Leclerc (Tristan Goyette Plante) et le père Léo (Roy Dupuis).

Pieds nus dans l’aube: le bonheur selon Félix

Trois-Rivières — Imaginez le défi: adapter au cinéma l’oeuvre d’une légende québécoise. Donner vie à ce géant, également, puisque c’est un récit sur sa jeunesse. Comment le faire quand ce héros national est votre propre père que vous aimez encore tendrement plusieurs années après sa disparition? Avec beaucoup de respect, voilà comment Francis Leclerc a adapté Pieds nus dans l’aube.

Le film témoigne de beaucoup de tendresse. Envers les personnages d’abord mais envers leur univers également. Envers l’idée même de la jeunesse de Félix. Le La Tuque de 1927 dans la lentille du cinéaste est très joli, bucolique, pur. La maison familiale de Léo Leclerc, conforme à la description qu’en a fait l’auteur dans le tout premier paragraphe de son roman: «... une maison bossue et cuite comme un pain de ménage, chaude en dedans et propre comme de la mie.»

Le film aussi est propre comme de la mie. Il a la facture visuelle lissée des souvenirs heureux, exempts d’aspérités. C’est le film d’un été dans la vie du petit Félix, 12 ans, qui devra quitter pour le collège, à Ottawa, à l’automne. Un été dans lequel mordre avant que son monde ne change, des vacances pour découvrir des choses fondamentales: l’amitié, l’amour, la mort.

Pieds nus dans l’aube est fait de petits épisodes qui ont fait grandir le jeune Félix. Francis Leclerc refuse de voir de la poésie dans l’œuvre de son père, simplement de la belle littérature. Lui a fait, sans prétention, du beau cinéma. Il s’est éloigné du roman en demeurant fidèle à l‘esprit comme d’une certaine vérité historique en reconstituant La Tuque, les paysages environnants, la vie de la communauté, les personnages, même, et c’est très bien ainsi. Il a assurément droit à une licence artistique dont il fait un usage judicieux. Il s’en sert pour véhiculer des émotions, des impressions qui ne véhiculent pas tant de la nostalgie qu’une grande tendresse.

Au centre de ce récit, l’amitié qui lie Félix à Fidor, un garçon de son âge vivant dans l’indigence et qu’il rencontre dès la toute première scène du film. C’est ensemble qu’ils vivront les drames et les joies qui font le chemin vers l’âge adulte.

Au centre de ce récit, l’amitié qui lie Félix à Fidor, interprété par Julien Leclerc (sur la photo), un garçon de son âge vivant dans l’indigence et qu’il rencontre dès la toute première scène du film.

Francis Leclerc a assurément le mérite de présenter une époque révolue en montrant que même si on vivait très différemment de maintenant, dans ce qu’on peut voir comme un relatif dénuement, on était heureux. Que le bonheur peut tenir aussi bien à un biscuit chaud tout juste sorti du four qu’à un voyage dans le Sud à la semaine de relâche.

Dans certaines scènes, cependant, la bonhomie confine au maniérisme. Quand l’oncle Rodolphe, qui vient de Québec, raconte ses histoires de la ville aux enfants, la scène est affectée. Les réactions des enfants qui l’écoutent ne sont pas naturelles et la scène ne trouve pas le charme dont elle a besoin pour fonctionner pleinement.

Également, il faut bien admettre que son film manque d’intensité. Les épisodes vécus par Félix sont bien jolis mais échouent à nous émouvoir. Même son premier contact direct avec la mort ne nous trouble pas beaucoup. Tout reste en superficie comme si les souvenirs n’étaient que des images et pas des émotions. Bien sûr, c’est très joli, ce qui n’est pas mineur. Esthétiquement, certaines images sont magnifiques. Il y a là une célébration de la nature à laquelle on adhère volontiers et avec plaisir. Et la vie qu’on nous décrit est aussi pleine d’heureuse bonhomie. La malheur ne semble pas avoir une forte prise sur l’existence paisible de ces gens. Ce n’est pas en soi un défaut, mais il en découle que le film manque de mordant. Il n’arrive pas à nous interpeller profondément, à laisser des marques qui font qu’il nous habite dans les jours qui suivent le visionnement.

Du côté de l’interprétation, on peut classer la distribution en deux catégories: les enfants et les adultes. Justin Leyrolles-Bouchard incarne le jeune Félix avec aplomb. Il n’y a peut-être qu’une scène où on n’adhère pas à son intention, celle où il se perd dans la forêt. Ce n’est pas que sa faute à lui: la scène même peine à convaincre. Il manifeste cependant partout ailleurs un naturel qui révèle du talent. On ne sent presque jamais qu’il cherche à jouer. Il est également à l’aise avec ses dialogues ce qui n’est pas toujours le cas pour Tristan Goyette Plante dans le rôle de Jean-Marie, le frère aîné de Félix.
Les adultes sont absolument parfaits. De Roy Dupuis, en vieux sage au grand cœur, ou Guy Thauvette, on ne s’attendait pas à autre chose. Catherine Sénart fait une mère particulièrement convaincante, pleine d’amour pudique et de charme.

Pieds nus dans l’aube est le fort joli film qu’on pouvait espérer mais il manque quand même un peu de personnalité pour qu’il nous laisse un souvenir intense.