Michel Piccoli jouait le rôle-titre dans <em>Un homme de trop</em> (1967), le deuxième long métrage de Costa-Gravas.
Michel Piccoli jouait le rôle-titre dans <em>Un homme de trop</em> (1967), le deuxième long métrage de Costa-Gravas.

Piccoli a marqué l’histoire du cinéma français, estime Costa-Gavras

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
Le grand cinéaste Costa-Gavras pleure la disparition d’un ami et «d’un acteur formidable». Michel Piccoli marquera durablement l’histoire du cinéma français, estime le réalisateur de Z, L’aveu et Missing en entrevue téléphonique. «Je m’y attendais depuis un moment parce que je savais qu’il n’était pas bien.»

L'acteur est décédé le 12 mai, mais sa famille n'a dévoilé sa mort qu'une semaine plus tard. Les deux compères se connaissaient depuis les tout débuts de Costa-Gavras. Piccoli jouait un petit rôle dans Compartiment tueurs (1965), le premier long métrage du Franco-Grec. Il avait ensuite endossé un personnage plus conséquent, celui du rôle-titre dans Un homme de trop (1967).

«Après, on s’est croisé très souvent et on voulait retravailler ensemble.» Les astres n’étaient pas alignés, même pour Z (1969), le puissant film du réalisateur primé à Cannes et aux Oscars. Piccoli avait manifesté son intérêt, mais «il n’était pas disponible et je ne pouvais déplacer le tournage».

«On est restés depuis très amis et on se voyait souvent. Mais il n’était pas bien depuis son rôle de pape [dans Habemus papam de Nanni Moretti, 2011], un film formidable où on a le goût de rire et de pleurer à la fois.»

Peu importe sa partition, «il incarnait véritablement le personnage, et il devenait autre chose. Au théâtre, c’était encore plus fort».

Malgré tout, le célèbre acteur français se révélait d’une humilité exemplaire. «Michel ne se préoccupait pas d’être une star. Ce qui le fascinait, c’était d’incarner un personnage, même des petits qui l’intéressaient, lui, si ça lui permettait de se transformer. Ça, c’est une grande leçon et la raison pour laquelle il a duré si longtemps. Depuis 1944 jusqu’à il y a quatre ans, il n’a pas cessé de travailler.»

Une éthique de travail lié au goût du risque, rappelle Costa-Gavras, rejoint à Paris pour discuter de son nouveau film, Conversation entre adultes (nous y reviendrons plus tard cette semaine). «On peut dire qu’en France, il y a seulement deux acteurs qui avaient une aussi grande diversité de rôles, Depardieu et lui.»