La distribution du film Une colonie se compose principalement de jeunes interprètes particulièrement talentueux comme, de gauche à droite: Irlande Côté, Émilie Bierre et Jacob Whiteduck-Lavoie. Une projection spéciale du film avec la réalisatrice et son interprète principale aura lieu samedi à 13 h 10 au cinéma Le Tapis rouge.

Petit budget, grandes promesses

Trois-Rivières — L’annonce des nominations pour le prochain gala des Prix Écrans canadiens a mis en évidence l’impact du film "Une colonie", une production québécoise modeste par son budget mais promise à un grand parcours. Ce film, tourné en bonne partie à Odanak, fera l’objet d’une projection spéciale publique en présence de la réalisatrice Geneviève Dulude-De Celles et de la comédienne Émilie Bierre samedi, à 13 h 10, au Cinéma Le Tapis rouge de Trois-Rivières.

Le film est en lice pour le titre de meilleur film canadien de l’année et récolte un total de sept nominations dans des catégories aussi prestigieuses que meilleure réalisatrice ou meilleure interprétation féminine dans un premier rôle pour la jeune Émilie Bierre. Il a notamment remporté le Grand Prix de la compétition officielle du Festival de cinéma de la ville de Québec et a été présenté au Festival international du film de Berlin.

Une colonie se penche avec une grande sensibilité sur le parcours de Mylia, jeune fille de 12 ans au caractère réservé qui entre au secondaire. Elle affronte un milieu qui lui semble hostile tout en vivant tant bien que mal les changements que l’adolescence lui impose en parallèle d’une vie familiale trouble. Dans ce processus de découverte d’elle-même, elle se lie d’amitié avec un élève de sa classe, Jimmy, jeune autochtone d’Odanak marginal et rebelle.

Un ancrage profond dans la réalité québécoise n’a pas empêché l’oeuvre d’être chaleureusement accueillie à Berlin, selon Geneviève Dulude-De Celles. «Les réactions ont été super bonnes, bien meilleures que ce à quoi on s’attendait. Comme il s’inscrit dans une réalité très typiquement québécoise, je ne pensais pas que ça pourrait rejoindre les publics d’ailleurs mais il semble que ce soit le cas.»

Pour une toute première oeuvre de fiction, la réalisatrice, qui a aussi signé le scénario, s’est engagée dans un sentier qui avait sa part d’écueils. «C’est vrai que c’est un sujet personnel et délicat mais en même temps, je n’aurais pas su faire autrement. C’était primordial de bien diriger les interprètes parce que c’est tourné avec sobriété. On a beaucoup travaillé en amont avec les interprètes dont certains n’avaient pas d’expérience. On a mis énormément de temps à trouver nos interprètes et après, on a travaillé avec eux pendant deux mois pour qu’ils soient à l’aise.»

Comme la réalisatrice a voulu tourner sur les lieux mêmes de son scénario, à Odanak, elle a lancé des appels dans la région pour trouver des interprètes dont quelques-uns se retrouvent à l’écran. «On a choisi une fille de Trois-Rivières, un garçon de Bécancour, un autre d’une municipalité de la rive sud dont je ne me souviens plus du nom en plus de plusieurs figurants. Le fait d’aller chercher des jeunes sans expérience apporte beaucoup de fraîcheur au film.»

Par ailleurs, malgré son jeune âge, Émilie Bierre fait preuve d’un aplomb et d’une sensibilité exceptionnels. Elle porte littéralement le film sur ses épaules sans sembler le moindrement intimidée par la responsabilité. «Émilie tourne depuis l’âge de 5 ans, explique Geneviève Dulude-De Celles. C’est une fille d’une très grande intelligence et d’une étonnante maturité. Elle avait plusieurs points communs avec le personnage que je lui ai confié mais elle m’a aussi impressionnée par sa compréhension de l’interprétation.»

Même si le scénario s’attache au parcours d’une jeune adolescente, la vérité de l’interprétation et de l’écriture font en sorte que beaucoup de gens se sentiront interpellés par le personnage de Mylia. «Je suis surprise, dit la réalisatrice, de voir que des gens de tous âges semblent touchés. Lors des projections auxquelles j’ai assisté, j’ai vu des gens âgés sortir des mouchoirs et essuyer quelques larmes. C’est un beau compliment.»

Une colonie est inscrite à l’horaire régulier de la programmation du Tapis rouge pour la semaine à venir. Le succès au guichet décidera de son maintien ou non à l’affiche pour une plus longue période. «Nous sommes dans une douzaine de salles au Québec présentement ce qui est beau pour un film à petit budget (1,5 million $) comme le nôtre. Évidemment, je souhaite que le plus de gens possible le voient et pour ça, on espère qu’il demeurera à l’affiche longtemps.»