Samuel Champagne se consacre à l’écriture de romans jeunesse mettant en scène des personnages LGBT.
Samuel Champagne se consacre à l’écriture de romans jeunesse mettant en scène des personnages LGBT.

Personnages LGBT: la mission d'ajouter de la diversité dans la littérature jeunesse

Audrey Tremblay
Audrey Tremblay
Le Nouvelliste
LA TUQUE — Les personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transgenres (LGBT) sont de plus en plus nombreuses à s’afficher dans l’espace public. Tout reste encore à faire dans certaines sphères, notamment dans la littérature jeunesse qui implique peu de personnages LGBT. C’est le constat qu’a fait Samuel Champagne, diplômé du doctorat en lettres de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). Lui-même transsexuel et homosexuel, il s’est donné comme mission de combler ce vide en publiant à titre d’auteur.

Dans le cadre de sa maîtrise, Samuel Champagne s’est intéressé à la littérature publiée au Québec impliquant des personnages issus de la diversité sexuelle.

«J’ai vu qu’il y avait que très peu de choses. J’ai réalisé que ce sont des choses que moi-même j’aurais aimé lire à mon adolescence. Comme les tablettes sont presque vides à ce propos, je me suis dit que j’allais les remplir. J’essaie de voir ce que j’aurai aimé lire et je l’écris. C’est comme ça que ç’a commencé et depuis, j’ai des idées à n’en plus finir», explique Samuel Champagne.

Dans ses travaux de doctorat à l’UQTR, l’étudiant a continué d’approfondir le sujet, il s’est intéressé au traitement de «la sortie du placard» en littérature.

«Je me suis rendu compte que la sortie du placard arrivait toujours vers la fin du livre. Les deux tiers du roman étaient consacrés à ce qui se passait avant la sortie du placard. J’ai donc eu l’idée de créer une théorie de l’entrée dans le placard. J’ai essayé de conceptualiser comment se faisait cette entrée-là […] J’ai réalisé que le milieu de vie dans lequel le personnage se trouve avait un gros impact sur l’entrée dans le placard. C’est un peu ça ma thèse, il y a une grosse partie sur comment un personnage réalise qu’il est homosexuel, bisexuel ou lesbienne».

Pour l’auteur, le coming-out du personnage est directement relié par son coming-in. Il veut d’ailleurs pouvoir poursuivre ses recherches au postdoctorat tout en continuant d’écrire des livres mettant en vedette des personnages à la sexualité ou l’identité de genre minoritaire.

Son but: amener à la littérature plus de représentations des personnes LGBT et en dresser un portrait plus réaliste.

«Il y a plusieurs objectifs. D’ouvrir un peu les yeux, écarter les œillères, mais mon but principal c’était de donner diverses représentations à lire. Il y avait très peu de choix, et les choix se ressemblaient presque tous. Avec un choix plus grand de représentations, c’est difficile d’avoir une image monolithique de ce qu’est une personne trans par exemple», lance Samuel Champagne.

Les personnes trans sont d’ailleurs de plus en plus nombreuses dans l’espace public, et c’est tant mieux selon l’auteur.

«Plus il y en a, mieux c’est. Des femmes trans qui font du sport, des hommes trans qui font des métiers non traditionnels, etc. Plus il y en a, plus il y a différentes sphères de la société qui sont en train de changer», note-t-il.

Deux autres romans s’ajouteront aux huit autres écrits pas Samuel Champagne dans les prochains mois; son roman de thèse et un roman sur l’intersexualité.

«Encore là, il n’y a pas de roman là-dessus alors je vais en faire un! Ça va peut-être donner le goût à d’autres d’en faire un», lance-t-il.

Samuel Champagne se réjouit également que ses livres se retrouvent dans certaines bibliothèques et certaines écoles.

«Le fait que ce soit accessible, c’est un gros point», insiste-t-il.

Il faut dire que les mots coulent dans les veines de l’auteur depuis fort longtemps. Il a écrit son premier roman, qui ne sera pas publié, précise-t-il, en bas âge.

«J’ai toujours écrit! Je ne pensais pas être publié un jour, c’est comme un rêve que tu as quand tu es petit. J’ai été chanceux parce que c’est arrivé», a-t-il conclu.