Grâce à de nombreuses images d’archives inédites, le documentaire Pauline Julien, intime et politique trace le portrait d’une femme d’exception qui aura vécu toute sa vie avec passion.

Pauline Julien: être de cœur et de feu

TROIS-RIVIÈRES — Vingt ans après son décès, le souvenir de Pauline Julien sera ravivé par un nouveau film réalisé par Pascale Ferland sur cette pasionaria qui a gravé sa place dans l’histoire du Québec. Le documentaire s’intitule Pauline Julien, intime et politique et sera présenté au cinéma Le Tapis Rouge à partir du 21 septembre.

Notez d’ailleurs que le samedi 22 septembre, la réalisatrice sera sur place en compagnie de Pascale Galipeau, fille de Pauline Julien, pour rencontrer le public et répondre à ses questions à l’issue d’une projection en après-midi.

Cette oeuvre fascinante de 77 minutes laisse presque toute la place à des images d’archives, dont de nombreuses encore inédites. Cela a été rendu possible grâce à la collaboration de Pascale Galipeau, la fille de la chanteuse, qui les a rendues disponibles à Pascale Ferland. C’est d’ailleurs un vieux projet que ce film puisque la cinéaste l’avait en tête depuis 1999. «J’avais rencontré Pascale à l’époque, raconte-t-elle, mais le moment était mal choisi pour ce documentaire: Pauline Julien n’était disparue que depuis un an et la famille n’était pas prête à ouvrir ses archives.»

«En 2004, le contexte avait changé. Personnellement, j’avais besoin de donner un sens à mon travail et ce projet m’est revenu en tête. J’ai replongé dans mes notes de travail pour être frappée par la pertinence de rappeler la vie de cette femme tellement inspirante. Elle n’était pas qu’une chanteuse mais une citoyenne engagée dans un contexte social où l’engagement citoyen semblait en nette perte de vitesse.»

L’artiste a aussi découvert toute la correspondance de Pauline Julien, avec Gérald Godin, bien sûr, mais avec d’autres, aussi. Des prisonniers, notamment, avec lesquels elle a entretenu des relations épistolaires. «Son immense sensibilité face à l’injustice sociale est frappante, dit la réalisatrice. Elle n’était pas partisane mais simplement une citoyenne engagée qui profitait des tribunes pour véhiculer ses convictions. C’est une nuance fondamentale dans la compréhension du personnage qu’elle était.»

On ne trouve pas cette référence dans le film mais elle n’en est pas moins pertinente: Pauline Julien est la soeur d’André Julien, un organisateur politique qui a été maire de Cap-de-la-Madeleine pendant six ans de 1953 à 1960. «On comprend donc que la politique était bien présente dans sa vie et qu’elle l’a marquée.»

La posture subjective adoptée par la cinéaste est déjà dans le titre du film: l’implication politique de Pauline Julien est indissociable de sa personnalité. Sa perméabilité à la souffrance humaine l’a amenée à s’attaquer aux injustices avec une rare ferveur. Elle était passionnée mais profondément angoissée, aussi fragile émotivement qu’enflammée dans la défense de ses idées.

Bénie par le succès, elle se sentait un devoir de redonner à ceux qui n’avaient pas eu sa chance. «Ça donne une dimension universelle au personnage, soutient Pascale Ferland. Son exemple est plus que jamais pertinent aujourd’hui avec la présence de Donald Trump à la Maison-Blanche, le renouvellement du féminisme avec #MeToo ou la crise climatique à laquelle le gouvernement répond en investissant dans le pipeline Trans Mountain. Il y a aujourd’hui des causes qui justifient qu’on s’investisse pour elles. Pauline Julien est un grand modèle féminin. J’aimerais que le film contribue à la faire connaître auprès des jeunes.»

Autre référence trifluvienne Pauline Julien intime et politique fait à Gérald Godin une place qui reflète celle que l’amoureux a pris dans la vie de la chanteuse pendant 32 ans. On le voit, jeune journaliste au Nouvelliste, critique de spectacle déjà envoûté par le charme de la chanteuse sur scène.

Les deux auront une correspondance magnifique dont le film offre quelques extraits. Pauline Julien a su, de son vivant, élever un certain mur entre sa vie publique et sa vie privée; il n’est plus pertinent aujourd’hui.

Son fils Nicolas en convient. «Je ne suis pas moi-même quelqu’un de public mais je suis très content du film et fier d’en parler. J’ai ressenti une joie incroyable à voir des images de ma mère il y a quarante ans. Je conservais surtout des souvenirs d’elle dans les dernières années de sa vie, alors qu’elle était malade.»

«Les gens la connaissent comme une femme passionnée dans la défense de ses convictions mais j’ai davantage le souvenir d’une mère rigolote qui prenait beaucoup de plaisir à chanter à la maison en interprétant toutes sortes de personnages, soutient l’enseignant de musique de 63 ans. Bien sûr, c’était une femme volcanique qui pouvait s’emporter dans des discussions mais ce que j’en garde surtout, c’est cette extraordinaire faculté qu’elle avait de s’emporter dans une engueulade pour redevenir très proche et affectueuse cinq minutes après. C’était aussi quelqu’un de très exigeant envers elle-même et ses proches mais pour moi, ça m’allait très bien.»

«Je trouvais important qu’un tel document existe parce qu’on ne parle pas assez de Pauline, je trouve. C’était quelqu’un d’éblouissant. J’ai été très touché par l’approche de Pascale Ferland et je trouve son film formidable parce qu’il est juste. On voit différents aspects de Pauline, certains plus intimes, mais j’ai appris à la voir ainsi et non pas seulement comme ma mère après la publication de sa biographie par Louise Desjardins. Je n’ai pas vu ma mère angoissée au point de se cacher sous un tapis mais je peux croire que ça a pu arriver: elle doutait beaucoup d’elle-même. Par contre, elle avait énormément à dire et savait l’exprimer avec éclat.»

«J’aimerais que les jeunes soient inspirés par elle. Mais pour ça, il faudra que leurs parents les entraînent au cinéma pour voir le film.»