La photo de famille des gagnants de la 19e édition de la soirée de remise des prix Arts Excellence offre une fois de plus un bel éventail du talent qu’on retrouve dans le milieu culturel en Mauricie.

Passé et avenir

TROIS-RIVIÈRES — Le rappel du quarantième anniversaire de Culture Mauricie flottait au-dessus de la scène du Cabaret de l’Amphithéâtre Cogeco jeudi soir lors de la présentation de la 19e édition de remise des prix Arts Excellence. Plutôt que d’inspirer de la nostalgie, il a semblé insuffler un élan à un organisme qui n’a jamais semblé si jeune et dynamique.

Cette cérémonie, sous le thème de «Tout ce qu’on réalise ensemble», s’est démarquée de ses éditions précédentes par quelques hommages bien sentis et la remise d’une nouvelle récompense, particulièrement lourde de sens, la Médaille des bâtisseurs Culture Mauricie. Tant qu’à l’étrenner, on l’a remise deux fois.

René Beaudoin aura eu l’honneur d’en être le tout premier récipiendaire. Culture Mauricie a voulu célébrer 45 ans d’implication de cet historien dans l’animation, la valorisation et la sauvegarde du patrimoine. L’homme pourtant reconnu pour être prolixe a été saisi par l’émotion, se contentant d’une allocution qui a sacrifié la longueur à la sincérité des remerciements.

La seconde remise constituait une surprise pour la lauréate. Josée Grandmont, impliquée depuis plusieurs années dans le conseil d’administration qu’elle a présidé de 2006 à 2013, a été honorée pour son apport à l’organisme qui a beaucoup évolué sous sa gouverne. Émotion, encore.

Surprises et innovations n’ont pas changé l’essentiel de la vocation de l’événement qui demeure une occasion de saluer le talent des créateurs de la région.

Le prestigieux prix du CALQ a été disputé entre trois jeunes artistes, comme quoi l’avenir est prometteur. C’est finalement la Trifluvienne d’origine Chloé Leriche, scénariste et réalisatrice, qui a été honorée pour marquer l’impact de son premier long métrage Avant les rues et son apport au milieu du cinéma. Rappelons que le film est le tout premier long métrage entièrement en langue atikamekw.

Le prix du livre de l’année est revenu à Mathieu Croisetière pour son recueil de poésie Peut-être en Chine publié aux éditions Le Sabord. La harpiste trifluvienne Valérie Milot a remporté le prix Création arts de la scène pour son spectacle multimédia ORBIS. Une autre Valérie, Guimond cette fois, a quitté l’Amphithéâtre Cogeco avec en main le prix Création arts visuels de l’année pour son exposition Les fausses princesses. Pour ce qui est du prix en production métiers d’art de l’année, il a été octroyé à Benoît Laverdière pour son exposition À contre-courant.

L’initiative vitalité culturelle de l’année a été attribuée au Comité culturel de Champlain pour l’événement Phares sur Champlain. Finalement, le prix Initiative culturelle de l’année est revenu à la Biennale internationale d’estampe contemporaine de Trois-Rivières pour sa 10e édition.

Si on exclut les hommages, l’intervention qui a recueilli les applaudissements les plus nourris est probablement celle de Jean-Bernard Charette, président du conseil d’administration de la Biennale internationale d’estampe contemporaine. Celui-ci a déploré que les subventions octroyées aux artistes et organismes culturels demeurent inchangées d’une année à l’autre condamnant les récipiendaires à constamment faire plus avec moins.

«On vient d’apprendre que le pdg d’Hydro-Québec a vu son salaire haussé de 186 000 $ cette année. Avez-vous seulement une idée de tout ce qu’on pourrait faire pendant un an en culture en Mauricie avec 186 000 $?»

René Beaudoin, de son côté, demeurait ému au terme de la remise des prix. Ému et heureux. «Pareil honneur est très touchant, bien sûr, d’autant qu’on me récompense pour avoir vécu ma passion. Ça fait un velours de constater qu’on reconnaît encore l’histoire à cette époque où on n’a pas beaucoup les yeux tournés vers le passé avec les nouvelles technologies qui nous tournent vers le futur. C’est touchant de voir que le patrimoine a toujours une place dans le cœur des gens.»

«Je me dis que c’est mon bon vieux frère Dominic Campagnat qui avait raison quand il me disait «Fais-leur prendre l’air à tes ancêtres et fais-les descendre de leur piédestal». Nos ancêtres ont tenté de rendre le monde meilleur chacun à leur façon et c’est peut-être ça, la continuité qui nous lie à eux: avec nos nouvelles technologies, nous tentons aussi de faire un monde meilleur.»

Pour ce qui est de Chloé Leriche, ses pensées étaient tournées vers ceux et celles qui, à Trois-Rivières, ont contribué à sa formation.

«J’ai eu tellement de belles formations à Trois-Rivières, ç’a été une époque tellement riche pour moi. Ce prix est super important d’autant qu’il vient avec une bourse qui va me permettre de me consacrer à l’écriture pendant un bout de temps. C’est précieux.»

«Je suis heureuse que le film ait cet impact parce que ça retombe aussi sur les communautés avec lesquelles j’ai travaillé. Il a, je pense, fait beaucoup de bien aux relations entre les autochtones et les non-autochtones, particulièrement en Mauricie. Je n’aurais jamais pu me douter que le film serait aussi bien reçu non seulement au Québec mais dans plusieurs pays où j’ai pu le présenter. Ça a rejoint beaucoup d’autochtones d’ailleurs qui s’y sont reconnus et ça, ça me donne simplement l’envie de faire un autre film.»