L’exposition Dénombrement - Regard sur l’incarcération au féminin est présentée au Musée POP grâce à la collaboration entre l’institution et le collectif Art Entr’Elles. La photo nous montre, de gauche à droite, Anne-Céline Genevois, coordonnatrice du collectif, Valérie Therrien, directrice du Musée POP et Émilie Beaulieu Guérette, réalisatrice.

Ouvrir une porte et un cœur

Trois-Rivières — Si les téléspectateurs ne se sont intéressés que récemment à l’incarcération des femmes à travers la série Unité 9, l’organisme communautaire la Société Elizabeth Fry du Québec le fait depuis 40 ans. D’une collaboration avec le collectif Art Entr’Elles est née une installation vidéo documentaire intitulée Dénombrement - Regard sur l’incarcération au féminin qui sera présentée jusqu’au 24 mars prochain au Musée POP.

L’œuvre est composée de capsules vidéo dans lesquelles six femmes témoignent de certains aspects de leur détention aujourd’hui terminée. Comme ce sont les ex-détenues elles-mêmes qui ont conçu les capsules avec l’aide de professionnels du domaine, c’est un document-vérité qui ouvre une perspective unique sur cette réalité toujours méconnue. On peut même considérer l’œuvre comme non pas une contrepartie mais une sorte de complément d’information très pertinent à ce qu’on a pu découvrir de l’univers carcéral au féminin à partir de la série télé qui prendra d’ailleurs fin ce printemps.

Bien qu’il s’agisse d’une œuvre d’art, c’est assurément son aspect documentaire qui ressort, cette fenêtre qui s’ouvre sur la réalité de six femmes dans le cadre d’une situation de vie plus extrême qu’on peut l’imaginer. Il ne s’agit cependant pas d’une dénonciation mais bien d’un regard intime, humain, sensible.

Pour ce qui est de la forme, elle favorise cette idée d’intimité grâce à une mise en place très efficace dans une salle pas très grande qui s’y prête à merveille. Dès le moment où le spectateur pénètre dans la pièce du musée, il ressent une sorte de tension quelque peu étouffante le rendant d’autant plus réceptif aux propos de ses locutrices. Un seul mur est sollicité par six projections simultanées, chacune sur l’espace rectangulaire d’une porte de prison s’ouvrant sur la cellule de chaque détenue. Elles s’expriment à tour de rôle.

«Pour Dénombrement, explique Anne-Céline Genevois, coordinatrice du collectif Art Entr’Elles, nous avons voulu que les femmes parlent des problématiques qui viennent avec la judiciarisation. Ce sont toutes des volontaires qui y ont travaillé avec des artistes professionnels pendant six mois. À travers plusieurs ateliers, le processus créatif a été instauré par la réalisatrice Émilie Beaulieu Guérette de façon à permettre aux femmes de maîtriser les outils techniques mais aussi de s’adonner à une réflexion artistique. C’est leur œuvre à part entière.»

«L’idée, c’est de faire poser des questions aux spectateurs sur la féminité en détention, sur l’expérience de la judiciarisation, mais au féminin. Quand on écoute l’œuvre dans son intégralité (une vingtaine de minutes), on constate que les six femmes évoquent des préoccupations différentes: la famille, leur culpabilité de mères, l’amour... On propose aux spectateurs d’entrer dans l’intimité de ces femmes, en fait, mais c’est aussi une œuvre d’art à part entière.»

L’œuvre s’inscrit on ne peut mieux dans le mandat du Musée POP dans sa vocation de toucher à tout ce qui concerne la culture populaire mais aussi dans son intérêt particulier pour l’univers carcéral québécois que nourrit la vieille prison.

«On trouvait qu’il s’agissait d’un excellent complément aux visites de la vieille prison, d’indiquer la directrice du Musée Valérie Therrien, d’autant plus que nous nous intéressons depuis longtemps au regard masculin alors que là, on nous offre le regard féminin qui nous manquait.»

«Notre mission, c’est de parler de la culture populaire québécoise quelle que soit sa forme. Dans ce cas-ci c’est une œuvre d’art qui est particulièrement forte et pertinente dans le contexte de la télésérie Unité 9 qui va prendre fin bientôt et qui s’inscrit tellement dans l’art populaire québécois. Ce n’était pas notre but mais disons que c’est une heureuse coïncidence. C’est une expérience qui peut se vivre aussi bien seul qu’en groupe et c’est une excellente occasion d’ouvrir une réflexion et des discussions.»