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L’OSTR et son chef Jean-Claude Picard ont apprivoisé une nouvelle salle et des contraintes sanitaires multiples pour présenter Gershwin et Beethoven au Centre des arts de Shawinigan dimanche.PHOTO: OLIVIER CROTEAU.
L’OSTR et son chef Jean-Claude Picard ont apprivoisé une nouvelle salle et des contraintes sanitaires multiples pour présenter Gershwin et Beethoven au Centre des arts de Shawinigan dimanche.PHOTO: OLIVIER CROTEAU.

OSTR: un printemps à célébrer

François Houde
François Houde
Le Nouvelliste
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Il n’y avait pas grand-chose de normal dans le concert qu’a donné l’OSTR au Centre des arts de Shawinigan dimanche après-midi. Si ce n’est la musique et la joie, pour le public, d’assister à une représentation en personne.

La salle Philippe-Filion avait été aménagée pour recevoir en toute sécurité les invités de marque qui se trouvaient tant sur la scène que devant elle. La distanciation de deux mètres entre chacun était assurée par un marquage très clair sur les planchers, un personnel nombreux et des tissus recouvrant les sièges devant rester inoccupés.

Du côté des artistes, les effectifs avaient été diminués à 49 musiciens pour s’assurer que, sur la scène devenue exiguë, ils conservent entre eux la distance sécuritaire. La grande aire de détente du deuxième étage avait été transformée en loges pour les musiciens, toujours pour garantir un espace conforme aux normes sanitaires.

C’est donc dans un contexte de multiples contraintes que l’OSTR a pu présenter Gershwin et Beethoven, témoignage de l’entêtement de la direction à offrir de la musique en direct aux mélomanes de la région. Une fois la première note entendue, cela dit, le mot contrainte n’avait plus guère de sens; la musique a balayé toute autre préoccupation.

Diverses initiatives ont permis de garder l’orchestre actif mais mine de rien, cela faisait six mois que l’OSTR n’avait pas présenté de concert en présence de son public, la dernière occasion de ce genre remontant au 3 octobre dernier.

Le chef Jean-Claude Picard ne s’est adressé à ce public qu’une fois dimanche, pour exprimer le vif plaisir que lui et les instrumentistes avaient à revivre la magie de la rencontre avec des oreilles et des cœurs amis. Personne n’aurait pu douter de sa sincérité, le plaisir étant manifestement partagé.

Le directeur artistique en lui avait pourtant dû créer un programme spécial pour s’ajuster aux effectifs limités qui lui étaient accordés. Il s’est laissé inspirer par la saison et un certain don pour les prévisions météorologiques en montant ce concert attrayant, joyeux et même guilleret dans sa première partie. En ouvrant avec les airs dansants de Johann Strauss II, il a fait de ce rendez-vous longtemps attendu une fête en écho au printanier soleil extérieur. Si le port du masque ne les avait cachés, on aurait vu bien des sourires éclairer les visages des 188 spectateurs présents.

L’idée d’enchaîner avec la Rhapsody in blue de Gershwin s’est avérée lumineuse et extrêmement réjouissante. Un pur plaisir qui a servi de pont entre la légèreté des pas de danse de Strauss et la lourde marche du destin qui marque la pièce de résistance du concert : la Symphonie no. 5 en do mineur, de Beethoven.

Il faut bien admettre que les contraintes ont quelque peu pesé sur le concert. La salle Philippe-Filion avec un son très neutre ne favorise pas les éclats. Privés de conque, éloignés les uns des autres, les musiciens ont été appelés à s’ajuster. Les effectifs réduits ont forcé les cordes à aller au charbon, entraînées en cela par la direction toujours athlétique de Jean-Claude Picard. Ça nous laisse à imaginer ce qu’aurait été l’éclat du troisième mouvement de la 5e Symphonie entre des murs plus généreux mais l’orchestre, lui, l ‘a été.

Bien que dispersé, le public s’est levé en bloc pour manifester bruyamment sa satisfaction quand la baguette du maestro s’est abaissée pour clore le concert. À cause des circonstances uniques, dans un contexte global toujours difficile, ce concert restera comme celui de très heureuses retrouvailles.

La directrice générale de l’OSTR Natalie Rousseau, rencontrée dehors puisque pour éviter toute proximité fâcheuse le public était guidé vers la sortie extérieure depuis la salle même, se montrait comblée d’avoir pu présenter cet événement. «Devant les contraintes, il a fallu faire des choix, notamment au niveau des effectifs, mais je suis tellement contente qu’on ait pu présenter ce concert. À tous les jours, on a fait face à des contraintes de toutes sortes. Ç’a été compliqué mais il n’y a pas le moindre doute que ça en valait amplement la peine.»

«Jean-Claude était extrêmement heureux de retrouver le public, tout comme les musiciens et en tant que directeur artistique, il possède ce don particulier de créer des programmes inspirés. Il a de bonnes idées et ses programmes semblent toujours être en phase avec ce qui se passe autour de nous. Aujourd’hui, c’était joyeux, rassembleur et on cherchait à générer l’assentiment de tous. Les gens ont attendu longtemps avant d’avoir enfin un concert en salle. C’était un très beau programme et on est vraiment contents.»

«Cette sortie à Shawinigan nous a permis en plus de toucher un nouveau public parce que parmi les premiers acheteurs de billets, il se trouvait des gens qui n’étaient pas dans notre base de données. Dans les circonstances, c’est une grande satisfaction de savoir qu’on a pu rejoindre du nouveau monde.»

La bonne marche de la campagne de vaccination ne permet pas d’écarter l’incertitude par rapport au prochain grand concert du 15 mai. «On est encore dans le flou, dit Natalie Rousseau. Quelles seront les conditions sanitaires à ce moment-là? On n’en sait rien. Comme Jean-Claude tenait mordicus à son programme de L’amour à la française, et qu’il faut pour cela avoir tous nos effectifs, on a pris une option sur la Maison symphonique à Montréal. Ce serait alors un concert devant un public mais aussi offert en captation pour le web. Si ce n’est pas possible, on n’exclut pas de revenir ici, à Shawinigan, mais avec un autre programme. On prend des options, on attend et peut-être que dans dix jours ou deux semaines, on va être en mesure de prendre position. On le sait tous, les choses changent littéralement d’une semaine à l’autre.»