Le chef Adam Johnson a fait ses débuts au pupitre de l’OSTR samedi soir dans un programme particulièrement brillant consacré à l’exploration du cosmos.

OSTR: Un décollage impressionnant

TROIS-RIVIÈRES — Il a fait très bon quitter la Terre samedi soir pour une échappée hors de sa gravité. Dans un très beau programme, l’OSTR a catapulté ses invités hors des contraintes terrestres, comme la pluie frigorifique, pour une exploration à la fois touchante et réjouissante du cosmos sous la direction de maestro Adam Johnson.

Le programme initial proposait l’interprétation de la suite Les planètes de Holst en deuxième partie du concert. La toute dernière répétition a convaincu le chef d’inverser les choses de façon à ce que le public puisse d’abord entendre une des influences majeures de John Williams dans sa composition de la suite de Star Wars offerte finalement en finale de la soirée. Judicieuse décision tant pour la raison invoquée par le chef que pour laisser les spectateurs sur une finale enthousiasmante.

Pour débuter la saison, la suite de Holst a ce grand avantage d’offrir un beau portrait des possibilités de l’orchestre établi à 66 musiciens sans compter le chœur de femmes de l’OSTR et ses 24 voix. Dans la vision du compositeur anglais, les planètes offrent presque toute la diversité dont est capable un orchestre.

On a pu sentir toute sa puissance dès les premières mesures du premier mouvement consacré à Mars, Dieu romain de la guerre. En décrivant la puissance du feu mais surtout la dévastation qui suit un conflit, Holst exige autant de majesté que de réserve de la part de l’orchestre, nuances qu’Adam Johnson a su obtenir de ses musiciens

L’orchestre m’a semblé supérieur dans la finesse samedi soir, faisant preuve d’une belle précision et d’un lyrisme particulièrement touchant.

On a, cela dit, rendu toute sa gaieté à Jupiter ou sa vivacité au magicien d’Uranus et ce, avec beaucoup d’aplomb. En sachant toujours conférer cette ombre de mystère qui plane sur l’espace intersidéral et sur toute exploration de ce monde encore bien peu connu pour un compositeur du début du siècle dernier.

Comme l’avait indiqué Adam Johnson au public dans un français irréprochable en début de soirée, la pièce, dans son exploration de l’infiniment grand, pousse curieusement l’auditeur à se retourner vers lui-même dans une réflexion intime. À travers le très large spectre de contrastes qu’elle propose, la suite se révèle une œuvre absolument magnifique et le public n’y a pas été insensible.

En seconde partie, c’est à la découverte du concerto du compositeur québécois Daniel Lessard qu’on conviait les spectateurs et peut-être surtout à celle d’un instrument méconnu: l’harmonica. Le soliste Pierre Parent a énormément impressionné par sa maîtrise de l’objet qu’il a su faire s’envoler au-dessus de l’orchestre.

On a apparié la pièce à un texte poétique de circonstance signé Raoul Duguay auquel le comédien Stéphane Demers a donné une dimension vraiment grandiose. Si tous les mariages étaient aussi heureux, un grand nombre d’avocats seraient acculés à la faillite. Ce concerto a constitué une très belle découverte saluée par des cris d’enthousiasme de plusieurs spectateurs au moment du salut de l’harmoniciste et du narrateur de même que du compositeur présent dans la salle Thompson samedi soir.

C’est avec un plaisir presque gamin que le public a accueilli la suite Star Wars qui contenait le thème principal, archi-connu, le Thème de la Princesse Leia, la Salle du Trône et le thème final dans le même dernier mouvement. Pas de surprise ni de découverte ici mais du plaisir. Ou plutôt si, une découverte: celle de la complexité de la musique. Occultée par l’image, fondue dans les films, on ne se rend pas compte de l’ampleur des moyens musicaux mis en œuvre pour lui donner vie. On ne prend pas conscience non plus à quel point elle est en elle-même génératrice d’images.

Les musiciens de l’orchestre ont semblé prendre autant de plaisir à l’interpréter que le public à l’écouter. On ne pouvait guère trouver mieux pour clore un programme aussi brillamment concocté.

La directrice générale Natalie Rousseau en convenait mais ne cachait pas une certaine déception devant le fait que la salle n’était pas pleine. «Je trouve que ça ouvre super bien la saison. Qu’est-ce qu’on peut faire de mieux pour attirer le public? Je ne suis pas vraiment déçue parce qu’on était quand même au-dessus de 800 spectateurs, ce qui est très bien, mais je trouve qu’on avait un programme vraiment conçu pour plaire à beaucoup de monde.»

«Ce qu’on me dit dans le milieu, c’est que les ventes de billets sont difficiles partout cet automne. De notre côté, on a conçu une programmation qui est vraiment accessible et le concert de ce soir va certainement faire jaser. Ceux qui étaient ici vont en parler et je pense qu’ils vont en inciter d’autres à venir aux prochains concerts parce que c’était vraiment une soirée extraordinaire.»