La directrice générale de l’OSTR Natalie Rousseau estime que la présentation du concert Jardins d’Espagne vendredi constituait un énorme défi qu’elle ne pouvait pas refuser.
La directrice générale de l’OSTR Natalie Rousseau estime que la présentation du concert Jardins d’Espagne vendredi constituait un énorme défi qu’elle ne pouvait pas refuser.

OSTR: un concert comme un baume au coeur

François Houde
François Houde
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES – C’est à un concert événement que sont conviés les mélomanes vendredi avec l’OSTR. Il s’agit du report de Jardins d’Espagne, concert qui devait initialement être présenté en mars dernier avant d’être balayé par la tempête.

Plusieurs raisons peuvent justifier cette reprise et elles ne sont pas économiques. Natalie Rousseau, directrice générale de l’OSTR, parle de la qualité globale du programme mais on pourrait aussi mentionner la présence sur l’affiche de la harpiste trifluvienne Valérie Milot et de son ami le violoncelliste Stéphane Tétreault ou le bienfaisant exotisme d’un répertoire ensoleillé. Avant tout, cependant, c’est sans doute l’appétit de tous pour de la musique symphonique en personne qui justifie les efforts consentis pour organiser ces retrouvailles.

Il a fallu s’ajuster de multiples façons. Avec le public, d’abord: puisque de nombreux billets étaient déjà vendus depuis mars dernier, il a fallu élaborer une formule permettant de satisfaire les mélomanes n’ayant pas exigé de remboursement. Il y aura donc deux représentations. Une première, qu’on pourrait qualifier de bonifiée, en après-midi dès 15h30, alors que les spectateurs assisteront à ce qui aurait dû être une répétition générale. On présentera alors le concert intégral avant de procéder à une séance de travail à laquelle le public pourra aussi assister. La seconde représentation sera celle du concert à proprement parler en soirée vendredi.

Or, au cas où on n’arriverait pas à accueillir tous les détenteurs de billets avec ces deux représentations, on a prévu de retransmettre en direct le concert en soirée sur écran géant dans la salle Anaïs-Allard-Rousseau de la Maison de la culture. À l’heure d’écrire ces lignes, on ne savait pas encore si on allait avoir recours à cette option pouvant satisfaire une cinquantaine de mélomanes, les gens ayant toujours la possibilité de se faire rembourser le prix de leur billet. Assurément, Natalie Rousseau s’attend à remplir les 238 places disponibles dans la salle Thompson pour chacune des deux représentations.

Ajustement également chez les musiciens. Ils seront séparés les uns des autres par une distance de deux mètres. Pour les protéger davantage, la direction de l’orchestre a fait fabriquer des panneaux de plexiglas qui viendront freiner les projections accompagnant le souffle requis par les instruments à vent.

Les deux aspects viennent changer considérablement la donne côté son. Comme on doit aussi se priver de la conque pour récupérer de l’espace sur la scène pour accueillir les 62 musiciens, le son en sera considérablement transformé. On aura recours à de l’amplification pour harmoniser le tout. Non seulement dans la salle mais peut-être également sur la scène puisque les musiciens ont noté que les différentes sections ne s’entendent pas bien dans la nouvelle disposition. La première répétition de mercredi a servi au chef Jean-Claude Picard à corriger certaines de ces lacunes autant que faire se peut.

«La préoccupation initiale en était une de sécurité, ce qui est réglé, indique la directrice générale. Les musiciens sont très à l’aise et extrêmement enthousiastes de reprendre le travail. Il régnait une atmosphère très fébrile et joyeuse à l’arrivée de ceux-ci à la répétition à Montréal. On sent que c’est vraiment un événement.»

«Désormais, on s’affaire à conférer un équilibre sonore à l’orchestre. Ça implique beaucoup de gros et petits ajustements mais au final, on va offrir le meilleur résultat possible dans les circonstances. Tout ça nous coûte de l’argent parce qu’on doit payer les musiciens au tarif concert dès la représentation de l’après-midi, il nous a fallu déménager les panneaux de plexiglass pour les répétitions, etc. Mais ça en vaut amplement la peine. Nous serons le premier orchestre symphonique au Québec à offrir un concert en salle depuis le confinement. C’est un gros pari. Plusieurs de mes collègues d’autres orchestres ont carrément refusé cette option.»

«De mon côté, il n’était pas question que j’annule ce concert. Spectateurs comme collègues m’ont demandé ce qui me motivait et c’est simple: c’est un si beau programme, ça m’aurait déchiré le cœur de le mettre aux poubelles. Nous avons tous extrêmement hâte de refaire de la musique devant un public. Oui, c’est un énorme défi mais on a convenu que c’est faisable et décidé de le faire. Personne n’embarque dans cette initiative à reculons.»

«Côté financier, ce ne sera pas rentable mais on va s’ajuster à mesure que la saison va avancer. L’important, c’est de donner une chance aux musiciens de jouer et au public de venir les écouter et tout ça, en parfaite sécurité. On avance tous dans une certaine obscurité quant au futur : il faut être prêt à vivre dans l’incertitude et à relever des défis.»

Il est déjà convenu que lors de la représentation de l’après-midi, les quinze premières minutes seront consacrées à ajuster le son puisqu’on occupera la salle Thompson pour la toute première fois depuis mars, et ce, dans une configuration physique inédite. «Le public va être indulgent, affirme Natalie Rousseau. Les gens à qui j’ai parlé me l’ont dit en me remerciant de leur ramener la musique malgré les circonstances. Chaque nouvelle journée présente ses défis mais il faut avoir confiance en l’avenir. Juste de présenter ce concert, c’est un baume au cœur.»