En dévoilant la programmation de la première saison de Jean-Claude Picard comme chef attitré de l’OSTR, mercredi, on a également dévoilé l’affiche qui en sera l’image de marque. On retrouve ici la directrice générale Natalie Rousseau en compagnie du chef et directeur artistique.

OSTR: le côté lumineux de Jean-Claude Picard

Trois-Rivières — La première saison de maestro Jean-Claude Picard comme directeur artistique de l’OSTR a maintenant sa programmation qui se présente en sept grands concerts, un spectacle hors série, une toute nouvelle série et le retour des Matinées en musique en plus des conférences musicales.

C’est une saison sous le signe de l’équilibre et de la variété qui se présente comme un voyage géographique et temporel. Le tout s’ouvrira sur les notes de Tchaikovski et de sa Quatrième Symphonie avec le pianiste Serhyi Salov le 19 octobre. Le 16 novembre, c’est La Mer de Debussy et la Sea Symphony de Vaughan Williams qu’on présentera avec les solistes Anna-Sophie Neher, soprano, et le baryton Jaesun Ko accompagnés du Choeur de l’OSTR, celui du Conservatoire de musique de Trois-Rivières et celui de l’Université de Montréal.

Petit détour par la musique populaire le 14 décembre alors que Broadway et la chanson française en symphonie seront offerts au public à travers la voix de l’interprète Geneviève Leclerc.

En février 2020, place aux trésors baroques et modernes sur les ailes de la flûtiste solo Caroline Séguin. On baignera ensuite dans la musique espagnole grâce au programme du 14 mars lors duquel la harpiste trifluvienne Valérie Milot, le violoncelliste Stéphane Tétreault et le guitariste Michel Beauchamp agiront comme solistes invités. Le 18 avril, place à L’héritage de Bach avec, comme soliste, la soprano Jacqueline Woodley et la participation de l’ensemble Vocalys et du chœur de l’OSTR. Finalement, la saison se terminera en beauté avec la démesure de la Première Symphonie de Mahler avec la soprano Kimy Mc Laren.

Notons, par ailleurs, un intrigant spectacle hors série au carrefour du théâtre et de la musique avec le baryton-basse Philippe Sly et les musiciens du Chimera Project pour l’interprétation du Voyage d’hiver de Schubert le 23 janvier 2020.

«J’ai senti depuis mon arrivée que le public trifluvien est sensible d’abord et avant tout à la qualité de la programmation en tant que telle et j’ai compris qu’une programmation variée répondrait à ses attentes, a commenté Jean-Claude Picard mercredi. Si j‘avais à identifier ce qui caractérise mon approche, je dirais que je suis à l’écoute des besoins d’un orchestre symphonique: que recherchent les musiciens? Ils ont tous beaucoup à exprimer et sont à la recherche d’un répertoire qui va les impliquer profondément. Si le chef et l’orchestre trouvent le répertoire intéressant et excitant, on peut offrir des concerts de très grande qualité.»

La directrice générale Natalie Rousseau ajoute qu’elle trouve cette programmation extrêmement lumineuse. «Ce répertoire-là est vraiment représentatif de la personnalité de Jean-Claude. À certains égards, c’est festif: aux bureaux de l’orchestre, on a tous beaucoup aimé le thème de la musique espagnole. Dans l’ensemble, on a des instruments très bien mis en valeur, dont la flûte traversière, instrument sur lequel Jean-Claude a eu sa formation musicale, on va accueillir des sopranos exceptionnelles, etc. Tout ça donne l’impression d’une programmation très aérienne.»

Au moment de commenter la programmation, le chef est revenu, comme il l’avait fait lors de l’annonce de sa nomination, sur sa volonté de bâtir le son de l’orchestre. À ses yeux, La Mer, de Debussy, répond particulièrement bien à cette ambition. «Je suis très près de la musique impressionniste, analyse-t-il. Par exemple: la musique russe, la musique de ballet, la musique descriptive ou même le troisième concerto de Prokofiev. C’est de la musique qui parle, qui est très imagée et je pense que c’est excellent pour développer le son d’un orchestre. Je pense que quand on réussit à créer des images éloquentes dans la tête des musiciens, on rajoute une dimension à la musique et il y a une information supplémentaire qui est véhiculée. Ça porte jusque dans la salle.»

«Par ailleurs, j’ai programmé des œuvres dont le niveau technique est tout à fait respectable et ça, c’est très bon pour les orchestres. La musique de Bach ou Haydn, ce sont des écoles en soi; c’est un peu un retour aux sources technique pour les cordes, plus particulièrement. Avec cette programmation, on va vraiment travailler le son à de multiples niveaux. Je suis content.»

Le directeur artistique affirme avoir, dans sa démarche d’élaboration de la saison, considéré ce que veut le public, ce qui va bien fonctionner avec la personnalité de l’orchestre sans pour cela mettre de côté ses propres penchants personnels. «Il demeure primordial pour moi de savoir que c’est une musique que je vais savoir bien défendre.»

«Pour ce qui est des musiciens, je pense qu’il y a deux œuvres qui devraient vraiment les allumer: La Mer ainsi que la Première Symphonie de Mahler. Pour moi, La Mer est un des dix plus grands chefs-d’œuvre du répertoire symphonique jamais écrit. Dans le Mahler, on trouve un caractère héroïque, un désir de célébrer l’indescriptible de la vie qu’on ne voit pratiquement nulle part ailleurs et je sais que ça, ça parle beaucoup aux musiciens d’orchestre.»

Si l’aspect grandiose du Mahler implique sa part de défis techniques dans la mise en place du concert, la variété de la programmation permettra de tirer parti des avantages de la salle. «Dans le répertoire baroque, par exemple, la salle Thompson sonne vraiment très bien», note Natalie Rousseau

S’il a pu se permettre une telle variété pour sa première saison à la tête de l’OSTR, c’est que Jean-Claude Picard a immédiatement noté la flexibilité de l’orchestre. «Je dois reconnaître l’incroyable boulot accompli par mes prédécesseurs Jacques Lacombe et Gilles Bellemare qui ont fait un immense travail de fond avec l’OSTR. On a aujourd’hui des musiciens avec un degré technique très avancé qui en font une des meilleures phalanges symphoniques au Canada. Quand on a un orchestre aussi polyvalent, ça donne envie de toucher à différentes époques.»

La vente des abonnements bat présentement son plein et la directrice générale ne se fixe d’autres objectifs que de maintenir, sinon augmenter, le nombre des abonnements toutes catégories qui avaient trouvé preneurs en 2018-2019 soit quelque 650. Un nombre, dit Jean-Claude Picard, qui se compare à ce que vendent plusieurs orchestres canadiens installés dans des communautés beaucoup plus populeuses que Trois-Rivières.