La flûtiste Caroline Séguin délaissera sa chaise habituelle au sein de l’orchestre pour agir à titre de soliste dans le cadre du concert Au gré des vents de la série principale de l’OSTR ce samedi, 20 h, à la salle Thompson.

OSTR: la flûte à l’honneur

TROIS-RIVIÈRES — Avec Au gré des vents, présenté samedi à 20 h à la salle Thompson, l’OSTR entraînera les mélomanes dans l’exploration d’un fil qui unit quatre compositeurs d’horizons pourtant bien différents: Stravinski, Carl Philipp Emanuel Bach, Prokofiev et Haydn. La soliste pour ce concert: la flûtiste Caroline Séguin.

Cette dernière joue au sein de l’OSTR depuis 2002, ce qui signifie qu’elle atteint cette année sa majorité dans l’ensemble trifluvien comme elle se plaît à le souligner. Or, le rôle de soliste qui lui incombe pour ce concert la sort quelque peu de sa zone de confort.

«Soliste, ce n’est pas mon métier. C’est vrai que j’ai joué avec Valérie Milot le Concerto pour flûte et harpe de Mozart en 2017 mais ce sera ma toute première fois comme seule soliste avec l’OSTR. J’avoue que je ressentais un stress particulier mais au terme de la première répétition, ce stress est pas mal retombé», confiait-elle jeudi midi.

«Le stress qui demeure, il ne disparaîtra qu’au moment du concert parce qu’il tient à l’incertitude quant à savoir si je saurai oublier tout l’aspect technique pour n’être que dans le moment présent une fois sur la scène. Il ne faut plus chercher à performer rendu là: il me faudra être complètement dans l’émotion du moment et pas dans ma tête. En concert, comme musicien, il importe de lâcher prise: c’est là que la magie peut se produire. Mon objectif, c’est que les spectateurs vivent des émotions et pour cela, mon jeu devra combiner la technique, déjà acquise, et l’émotion. Disons que pour l’instant, j’ai hâte beaucoup plus que je ne suis stressée.»

La flûtiste sera aussi confrontée à une autre donnée qui échappe peut-être au public: elle qui est membre de l’orchestre change de rôle en devenant la soliste.

«C’est un peu stressant de jouer devant mes collègues, en fait. Je ne serai pas simplement une voix de l’orchestre mais une voix principale qui sera soutenue par l’orchestre. C’est un changement de position qui est nouveau pour moi et ça change tout le rapport qu’on a les uns envers les autres. Mais en même temps, ça me donne plus de liberté de m’exprimer, ce qui est vraiment bien.»

Au programme de cette soirée empreinte de sérénité, Pulcinella, suite de ballet, de Stravinski, le Concerto pour flûte et orchestre en ré mineur, Wq 22 de Carl Philipp Emanuel Bach, la Symphonie no 1 en ré majeur «Classique» , opus 25, de Prokofiev et la Symphonie no 103 en mi bémol majeur «Roulement de timbales», de Haydn.

Concernant le Bach qui la mettra particulièrement en valeur, elle parle d’une œuvre qui constitue une sorte de voyage dans le temps.

«C’est une œuvre à cheval entre deux mouvements, le baroque et la classique. Le deuxième mouvement fait penser à du Mozart alors que le dernier mouvement est particulièrement léger et se rapproche assurément du classique. C’est quelque chose que j’aime particulièrement jouer. D’ailleurs, j’aime énormément l’ensemble de ce programme. J’ai voulu réintégrer l’orchestre en seconde partie pour jouer la Symphonie no 1 en ré mineur de Prokofiev parce que je ne pouvais pas rater l’occasion de jouer cette œuvre exceptionnelle. On retrouve un extrait de ce concerto dans les traits d’orchestre qu’on propose aux flûtistes en audition. C’est une pièce majeure pour nous.»

Si la flûtiste sera mise en valeur, peut-être doit-elle cette visibilité au chef attitré de l’OSTR Jean-Claude Picard, lui-même flûtiste de formation. «Peut-être a-t-il apprécié mon jeu à l’orchestre, se risque-t-elle, mais quoi qu’il en soit, je suis vraiment comblée d’avoir cette chance compte tenu que les instruments à vent ne sont pas mis très souvent à l’avant-plan.»

Dans un autre ordre d’idées, avec son ancienneté au sein de l’orchestre, Caroline Séguin est à même d’évaluer ce que le nouveau chef apporte à l’OSTR.

«Il amène beaucoup de fraîcheur, je dirais. Sous sa gouverne, j’ai l’impression qu’on va poursuivre notre progression mais de façon un peu différente. Jacques Lacombe est un grand chef qui a énormément apporté à l’OSTR et Jean-Claude arrive avec une approche quelque peu différente. Il laisse beaucoup de place aux musiciens pour s’exprimer et chacun se retrouve davantage en tant qu’individu. Jean-Claude cherche à réunir toutes ces individualités.»

«Je dirais qu’il apporte aussi une certaine légèreté sans laisser tomber la nécessaire rigueur de notre boulot. Il est davantage orienté vers le plaisir de jouer et ça, on le sent de plus en plus. Sa façon de faire amène quelque chose que je qualifierais de plus fluide, de plus organique et c’est vraiment intéressant. L’orchestre évolue dans une direction un peu différente et je pense que le public le sent bien.»

Pour l’illustrer, Caroline Séguin promet une surprise pour le concert de samedi. «Quelque chose pour les oreilles mais aussi pour les yeux, confie la musicienne, décidément cachottière. Ça va quelque peu changer l’expérience pour les gens dans la salle.»

On laisse le soin aux spectateurs de découvrir cette mystérieuse nouveauté en se procurant leurs billets via la billetterie de la salle Thompson ou le site même de l’orchestre au www.ostr.ca. Une causerie précédera le concert dès 19 h au foyer de la salle.