L’auteure, compositrice et interprète Emilie Kahn, préalablement connue sous son nom de scène de Emilie & Ogden sera en spectacle à l’Église St. James le 29 mars.

Nouveau lieu, nouvelle musique

Trois-Rivières — La vocation de salle de spectacle de l’église St. James n’aura que rarement été plus justifiée que pour le spectacle qu’Emilie Kahn y offrira le 29 mars. La jeune auteure, compositrice et interprète se fait d’ailleurs une joie de se produire dans ce lieu qu’elle ne connaît pas mais qui, à la lumière de ce qu’on lui en dit, lui sied à merveille. «J’adore les petites salles où on est directement en contact avec le public, plaide-t-elle. Je me sens bien dans un contexte intime. En plus, une église, j’adore ça: les hauts plafonds, l’acoustique mais aussi l’atmosphère plus mystérieuse, plus contemplative, ça me convient vraiment très bien. J’ai fait plusieurs spectacles chez vous au Temps d’une pinte et c’était vraiment bien mais j’ai hâte de vivre l’expérience de l’église St. James.»

Ayant fait de la harpe son instrument de prédilection, on peut imaginer que si l’église ne lui convient pas à elle, son instrument s’y sentira comme chez lui. L’instrument n’est cependant que la moindre des conditions gagnantes pour le succès de ce couple. Son style musical est un argument nettement plus convaincant. La musicienne s’inscrit dans une certaine mouvance indie pop qui, avec son dernier album, mise beaucoup sur une imposante influence électro. C’est un virage considérable d’avec son tout premier album sorti en 2015 dans lequel elle s’inscrivait clairement dans un style plus folk. La transition est si évidente entre les deux opus que l’artiste a changé de nom. Alors qu’elle se présentait comme Emilie & Ogden dans le passé, Ogden étant le nom de sa harpe, elle a adopté son véritable patronyme d’Emilie Kahn pour Outro, lancé il y a à peine un mois.

La critique a parlé d’un virage à 180° entre les deux enregistrements. L’artiste se montre plus nuancée. «Je ne dirais pas que j’ai fait un virage complet, je vois plutôt ça comme une évolution naturelle et assez logique, finalement. À mes débuts, je sentais le besoin de mettre mon instrument de l’avant, d’expérimenter, pour montrer toutes les possibilités de la harpe. Pour le second album, je me suis assumée davantage non pas comme une harpiste mais comme une auteure, compositrice et interprète qui joue de la harpe comme instrument principal. Je me suis davantage laissée guider par mes chansons.»

«Sur 10 000 (son premier album), on a fait des enregistrements avec tout le groupe en direct et l’utilisation de vrais instruments. Cette fois, j’ai introduit beaucoup de sons de synthétiseur pour transformer complètement le son de la harpe sur certaines chansons au point qu’il soit méconnaissable comme sur Will You. Je me sens plus à l’aise dans ce style. Même sur scène, ma présence est différente: au lieu d’être toujours derrière ma harpe, je me lève, je bouge, je me rapproche des gens. Je sens que je m’exprime davantage.»

À 28 ans, la musicienne semble avoir tourné une page sur sa jeunesse pour aborder une autre portion de sa vie en tant qu’adulte. «Le premier album a impliqué de nombreux spectacles, et j’ai l’impression d’avoir beaucoup grandi à travers ça. J’ai grandi en tant que musicienne mais surtout en tant qu’individu et ma musique le reflète. J’irais même jusqu’à dire que ma musique me satisfait davantage. Lors de la conception du premier album, j’ai senti la nécessité d’effectuer des changements jusqu’au moment de le sortir et j’ai gardé l’impression que j’aurais pu aller encore plus loin. Cette fois-ci, pour moi, les chansons étaient pleinement satisfaisantes en studio.»

Reste maintenant à traduire sur scène cette musique plus pop, abandonnée au talent de la compositrice pour certaines lignes mélodiques accrocheuses sans être commerciales. «Nous travaillons à quatre musiciennes: une batterie, une harpe, la voix et un synthétiseur. Nous avons fait quelques spectacles dont un lancement à Montréal, un autre à New York, puis au Festival South By South West. Nous nous appliquons à reproduire le son de l’album. Ça prend toujours un peu de temps à tout mettre en place et nous y sommes arrivées mais à partir de là, la musique va commencer à évoluer. Disons qu’on est dans la phase I du spectacle et je commence à vraiment bien me sentir. Les réactions du public sont très cool jusqu’ici. Les gens interagissent avec nous nettement plus que par le passé.»

Le spectacle est prévu pour 20 h le vendredi 29 mars et les billets sont disponibles via la billetterie de la salle Thompson.