Éric Young

Nourri par la passion

TROIS-RIVIÈRES — Avec sa stature physique, son look, son énergie, la façon qu’il a de parler de sa passion, le Trifluvien d’origine Éric Young a tout de l’entrepreneur moderne... même l’entreprise. Le Groupe Entourage qu’il dirige et possède avec son père André est l’entreprise type du nouveau show-business.

Dans le Groupe Entourage, on voit grand, à la grandeur de la planète et on regarde vers l’avenir tout en conservant au cœur de la façon de faire, les valeurs traditionnelles de loyauté et d’humanité. La fondation remonte à 2007 et la compagnie se spécialise dans la production et la vente de contenus télévisuels, musicaux, publicitaires, d’événements spéciaux publics et privés et la gérance d’artistes. La palette est donc très large.

L’entreprise génère un chiffre d’affaires que son président estime à quelques dizaines de millions de dollars grâce à ses diverses divisions couvrant plusieurs secteurs du monde du divertissement mais aussi au talent de certains des artistes qu’elle représente comme Messmer le fascinateur qui profite justement de la polyvalence de l’entreprise pour conquérir l’Europe à coup de spectacles sur scène et d’émissions de télévision qui cartonnent outre-Atlantique.

L’Europe est aussi devenu le marché de prédilection pour Les FantastiX, ce concept de «comédie magicale», comme on dit chez Groupe Entourage, qu’on a pu voir lors de plusieurs représentations à la salle Thompson depuis 2016.

Le succès instantané, Éric Young ne connaît pas. «Lorsqu’on monte un projet, il faut prévoir sur plusieurs années. Je me souviens qu’avec Messmer, au départ, je disais à mon monde qu’il me fallait au moins trois ans pour mener le projet à maturité: il fallait changer le terme d’hypnotiseur pour fascinateur, il fallait créer le personnage, le faire endosser par l’artiste, il fallait développer le mystère, y mêler la science, inclure l’aspect thérapeutique pour compenser le burlesque. Tu montes alors une formule qui doit tenir la route à chaque représentation et dans les apparitions à la télé. Or, ce n’est pas vrai que la formule, elle est solide dès le départ. Il faut que tu modules, que tu l’adaptes. Il faut jumeler le côté artistique du projet aux exigences de planification et de gestion des finances. C’est complexe.»

Cohérence
En 2007, Éric Young visait très précisément ce que l’entreprise est devenue onze années plus tard. «Dès le départ j’ai dit à André qui est non seulement mon partenaire, mon mentor mais aussi mon héros, que je voulais créer une entreprise avec plusieurs plateformes de développement artistique qui travailleraient en synergie.»

«Dans l’économie d’aujourd’hui, il faut être capable de réaliser plusieurs exploitations à partir de nos plateformes de développement. Il faut créer des émissions télé qui vont générer un contenu qui va nourrir le spectacle vivant ou le livre ou le disque. J’irai plus loin: il faut créer par nous-même de nouveaux formats qu’on va pouvoir exporter. J’ai pu le constater en Europe: les Québécois jouissent, au niveau international, d’une réputation de visionnaires. Ça nous ouvre des portes vers des marchés au potentiel énorme: l’Europe de l’ouest mais aussi les anciens pays de l’Est et l’Asie où la demande est très forte.»

«Nous travaillons beaucoup en Europe présentement et c’est fou, mais j’ai plus de facilité à avoir accès aux grands bonzes là-bas que j’en ai ici, au Québec. C’est sûr que le succès qu’on a avec Messmer y contribue. Il est le plus gros vendeur de billets dans les salles de 6000 places et moins en Europe francophone et ce, depuis trois ans. Ça, les gens ne le savent pas, ici.»

Ce succès révèle aussi une certaine facette de l’entrepreneur trifluvien. «Messmer crée une certaine controverse par sa simple spécialité. C’est clair que la controverse nous aide. Les gens en entendent parler et veulent constater par eux-même si tout cela est vrai. C’est la controverse qui fait parler de nous alors nous, la controverse, on adore ça!»

Il en veut pour exemple cette histoire vraie du spectateur de Bordeaux tombé endormi sous hypnose en regardant l’émission Stars sous hypnose avec Messmer sur la grande chaîne télé TF1. Il a fallu que sa femme appelle les services d’urgence qui ont été incapables de le réveiller jusqu’à ce que Messmer l’appelle et le réveille lui-même au téléphone. L’anecdote a fait beaucoup de bruit et a singulièrement contribué au succès du fascinateur.

Messmer symbolise le succès de la formule mise de l’avant chez Groupe Entourage mais ça pourrait être aussi vrai avec un humoriste ou un chanteur, par exemple, pour peu que le concept puisse se développer sur plusieurs plateformes. Young estime cependant que le marché québécois actuel est nettement moins favorable aux interprètes en chanson. Voilà pourquoi l’entreprise préside aux destinées des carrières de plusieurs humoristes comme Marianna Mazza, P.-A. Méthot, Guy Nantel, Peter MacLeod, Mario Tessier, François Massicotte, Martin Vachon, Max Leblanc ou des magiciens comme Alain Choquette, Alain Antoine et Nicolas Gignac.

Loin d’abdiquer devant la difficulté, Groupe Entourage a élaboré une formule qui, en chansons, peut répondre aux exigences du marché tout en s’inscrivant dans le modus operandi de l’entreprise. Young a mis sur pied Francostalgie une revue musicale portant sur 30 ans de succès musicaux entre 1965 et 1995 qui unissent la France et le Québec avec une narration de Michel Drucker qui vient soutenir la trame musicale. «C’est un format qu’on veut vendre dans toute la francophonie. On l’a créé avec une distribution québécoise: Maxime Landry, Vanessa Duchel, Éléonore Lagacé et Michaël mais on pourra facilement changer l’équipe quand on le présentera en Afrique du Nord, par exemple, un marché très intéressant.»

Quels que soient les projets d’avenir du Groupe Entourage, ils bénéficieront de la passion du président qui, à 46 ans, ne voit dans le futur qu’un immense plan de travail aussi dénué de limites que le succès qu’il pourrait générer.