Linda Corbo

Non prémédité: les mauvais chemins

TROIS-RIVIÈRES — Le monde de la justice est devenu relativement familier pour le grand public par toutes les affaires à grand retentissement suivies par les médias. La portion du système judiciaire s’adressant aux jeunes délinquants demeure pourtant méconnu. Un roman de la collection Tabou des Éditions de Mortagne intitulé Non prémédité lève le voile sur cet univers par l’exploration du parcours d’une jeune fille ayant pris la mauvaise pente. On le doit à la Trifluvienne Linda Corbo.

La romancière a choisi d’imaginer un cas plutôt atypique, celui de Justine, une adolescente de milieu aisé qui, après la séparation de ses parents, est incapable de s’acclimater à ce nouveau contexte de famille double. La jeune fille ne trouve sa place nulle part et la nouvelle cohabitation difficile vient ajouter à sa souffrance jusqu’à un point de rupture qui fera basculer sa vie et lui fera affronter la justice.

C’est donc à une découverte de ce volet bien particulier du système de justice qu’elle invite le lecteur mais en arrière-scène de son sujet central qui est Justine. Par l’intermédiaire d’un intervenant du Centre jeunesse où elle est envoyée, on découvre graduellement la nature de son crime mais surtout, on découvre la personnalité de la jeune fille et les circonstances l’ayant menées à son crime.

Linda Corbo en est à son second roman dans cette collection Tabou, le précédent, Dernière station, portait sur le suicide. L’idée de s’intéresser cette fois-ci à la délinquance origine d’elle. «Il y a longtemps que je suis fascinée par le système judiciaire, avouait-elle en entrevue, un secteur que j’ai couvert à l’occasion en tant que journaliste. Comme auteure, j’aimais l’idée de travailler sur le principe que les crimes ne sont pas commis seulement par de mauvaises personnes: il arrive que ce soit le fait d’une bonne personne ayant suivi un mauvais chemin.»

Or, elle a poussé la réflexion plus loin encore en imaginant les raisons de cet égarement en faisant de ses parents des éléments-clés de son histoire. «Pour avoir lu les livres écrits par la Juge Andrée Ruffo il y a quelques années, je me souviens qu’elle manifestait de l’étonnement devant certains prévenus: elle se demandait comment ils avaient pu aboutir au tribunal de la jeunesse. De mon côté, j’ai imaginé des parents immatures, incapables de prendre vraiment soin de leur enfant comme base des problèmes que connaît Justine. C’est une idée qui m’inspirait.»

La romancière a fait beaucoup de recherches auprès d’intervenants, tant au Tribunal de la jeunesse que dans des Centres jeunesse pour comprendre le système et valider toutes ses hypothèses. «Tout ce que j’ai écrit est de l’invention d’auteur mais tout est plausible, soutient Linda Corbo. Bien sûr, c’est un peu romancé et j’ai donné à ces intervenants certaines caractéristiques qui me plaisaient comme auteure, mais tout a été validé.»


Comme auteure, j’aimais l’idée de travailler sur le principe que les crimes ne sont pas commis seulement par de mauvaises personnes
Linda Corbo

Elle a eu le mérite d’éviter plusieurs clichés rattachés aux jeunes délinquants qu’on associe le plus souvent à des milieux défavorisés, par exemple. «J’avais envie de dire que la misère émotionnelle, ce n’est pas forcément lié à la misère économique malgré ce qu’on croit souvent. Il y a des parents fortunés qui ne s’occupent pas bien de leurs enfants et ceux-ci peuvent déraper comme n’importe quel autre. Moi, comme romancière, il me fallait un personnage central pour lequel j’aie de l’affection et cette Justine, je l’aime; c’est une bonne fille qui est perdue et qui fait de mauvais choix pour s’en sortir. Ça peut arriver à tout le monde.»

Linda Corbo pose également un regard intéressant sur le monde judiciaire, très souvent décrit comme déshumanisé. «Je suis convaincue qu’il y a probablement une majorité de gens dans le système qui sont là pour les bonnes raisons. J’y ai constaté beaucoup de bonne volonté mais les intervenants travaillent avec des ressources limitées et s’occupent d’humains, avec tout ce que cela comporte de complexité. Il y a forcément des dérapages mais je crois aussi qu’il se produit de bien belles choses. Je demeure convaincue que les gens ont droit à une deuxième chance dans la vie parce qu’on peut faire de mauvais choix, même sur une longue période, mais ça ne veut pas dire qu’on est une mauvaise personne pour autant.»

Elle a donc écrit ce roman avec une sensibilité particulière et c’est peut-être la raison pour laquelle elle souhaite que le plus de jeunes possible le lisent. «La collection s’adresse à des jeunes de 14 ans et en plus et j’ai l’impression, sans prétention, qu’ils pourraient se sentir interpellés par cette histoire et y trouver des choses inspirantes. C’est, à tout le moins, ce que je souhaite. Je pense que ça peut aussi intéresser bien des parents.»