Le TGP présente sa troisième production de la saison 2017-2018, Le doute, d’ici au 17 février à la Maison de la culture de Trois-Rivières.

Ni tout blanc, ni tout noir

Trois-Rivières — En cette ère de nécessaires certitudes où les opinions les plus tranchées semblent les plus véhiculées, une pièce de théâtre portant sur le doute est peut-être très précisément ce dont le public a besoin. C’est du moins ce que semble penser Sophie Gaudreault qui a choisi Le doute, de John Patrick Shanley, pour aborder sa toute première mise en scène. La pièce sera présentée les 8, 9, 10, 15, 16 et 17 février, à 20 h, de même que le 11 février à 14 h à la Maison de la culture trifluvienne.

Cette pièce se déroule en 1964, dans le Bronx, où le père Flynn, également entraîneur de basketball, est soupçonné d’agression sexuelle sur un garçon noir âgé de 12 ans. Sœur Aloysius, directrice de l’école, a ses soupçons sur la moralité du prêtre mais n’arrive pas à réunir les preuves de sa culpabilité jusqu’à ce qu’une consœur vienne témoigner des actes répréhensibles du religieux. La directrice entreprend de démasquer l’aumônier mais celui-ci se défend. Le doute est installé.

Au-delà de l’argument de la pièce, ce qui la caractérise, selon sa metteure en scène, c’est le questionnement qu’elle suscite et qui reste bien ancré dans la tête des spectateurs une fois les lumières de la salle rallumées.

«La pièce est intéressante à plus d’un niveau mais je pense que les spectateurs seront amenés à se demander comment eux-mêmes auraient réagi dans les mêmes circonstances, dit Sophie Gaudreault. Les personnages n’ont pas tort ou raison, il n’y a pas une vérité qui s’impose mais plusieurs versions, toutes plausibles. Malgré la gravité du crime reproché, on est confronté à la notion de présomption. Peut-on vraiment prendre le risque de condamner ouvertement quelqu’un sans la preuve irréfutable qu’il a commis le crime?»

Sophie Gaudreault dit être tombée en amour avec ce texte il y a un certain temps sans se douter qu’au moment de monter la pièce, elle serait d’une brûlante actualité avec les nombreuses dénonciations d’agressions sexuelles qui ont marqué l’actualité. La pièce, du reste, a été écrite en 2008; comme quoi le sujet n’a rien de ponctuel.

«Même si le contexte a changé depuis 1964 avec la baisse de l’influence du clergé, je pense que le débat est rendu plus intéressant encore avec le développement des réseaux sociaux, poursuit Sophie Gaudreault. En fait, ils sont peut-être, à certains égards, comme une nouvelle religion.»

«Comme metteur en scène, ce que je veux apporter à la pièce c’est de faire ressortir la touche d’humanité dans le texte. C’est sûr qu’il n’y a pas de réponse simple aux questions posées mais tous les protagonistes en ressortent écorchés. De plus, le principal intéressé, le garçon, n’est même pas parti au débat. L’auteur s’intéresse aux impacts subis autour de lui.»

Malgré la lourdeur du propos, Sophie Gaudreault dit avoir apprécié le traitement qu’en a fait Shanley.

«C’est une pièce toute en nuances et c’est intéressant puisque ça s’oppose à ce qu’on voit aujourd’hui à travers les médias sociaux, notamment, où le tribunal public vient trancher très rapidement et radicalement les débats. Je suis consciente que la pièce questionne, dérange, mais je pense que c’est un dérangement nécessaire.»

Pour défendre cette pièce à quatre personnages, elle se considère privilégiée de pouvoir compter sur deux comédiens aguerris en Patrick Lacombe et Rollande Lambert à qui viennent s’ajouter Michèle Leblanc et Pallina Michelot. «C’est sécurisant de travailler avec Patrick et Rollande qui sont si talentueux et expérimentés. Michèle Leblanc est une collègue du certificat en interprétation théâtrale de l’UQTR ce qui m’a permis d’admirer son talent et sa sensibilité.»

C’est d’ailleurs dans cette direction qu’elle a orienté sa direction d’acteurs. «Il aurait été facile d’en faire de grosses caricatures mais on est allé dans les nuances et dans l’humanité de chacun des personnages. Personne n’est unidimensionnel.»

C’est dans la petite salle Louis-Philippe-Poisson qu’elle a choisi de présenter la pièce devant un nombre très limité de spectateurs. «Il y a des pièces qui sont faites pour être déclamées dans de grands espaces et d’autres, comme celle-ci, faites pour être murmurées à l’oreille des gens. Ça amène cette idée qu’on est partie prenante au débat et qu’on ne peut pas, en tant que spectateur, rester insensible à ce qui se passe sur la scène.»

Comme la salle ne peut accueillir que 60 personnes par soir, il est recommandé de réserver ses places rapidement via le site enspectacle.ca ou au 819-380-9797.