Le spectacle Nezha, l’enfant pirate présenté à la Cité de l’énergie est plein d’une poésie visuelle que la mise en scène très précise et achevée met en valeur.

Nezha: poésie visuelle parfaitement rodée

CRITIQUE / Le spectacle Nezha, l’enfant pirate a repris la scène cette semaine et la première médiatique avait lieu mercredi soir à l’amphithéâtre Québécor de la Cité de l’énergie. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce spectacle à grand déploiement a pris beaucoup de maturité en un an et qu’il apparaît aujourd’hui comme une œuvre non seulement revampée par rapport à ce que les gens ont pu en voir à l’été 2018 mais comme un spectacle qui atteint son plein potentiel.

Confier au Cirque Éloize un terrain de jeu comme celui, hallucinant, qu’offre l’amphithéâtre extérieur de la Cité de l’énergie laissait entrevoir les plus folles perspectives. Les créateurs ont su tirer le meilleur de ce site unique sous plusieurs aspects. Les décors sont extraordinaires sans tape à l’œil inutile. C’est d’ailleurs dans la lignée de toute la production; les concepteurs ont privilégié une approche poétique dans laquelle l’esthétisme dame le pion au spectaculaire.

Ainsi, les numéros acrobatiques sont toujours de très haut niveau mais on ne sent pas une volonté de les faire paraître plus brillants qu’ils ne le sont en réalité. Même que je me suis fait la réflexion qu’on avait volontairement gommé un peu du côté spectaculaire grâce à la parfaite rigueur de l’exécution pour inscrire les acrobaties dans une vision globale du spectacle visant davantage la beauté de l’évocation que les émotions fortes. C’est tout à l’honneur des créateurs.

Pourtant, les numéros de cirque sont remarquables. À défaut d’être très originaux, cela dit. Des numéros de voltige sur bande de tissus, on en a vu beaucoup ces dernières années; pas évident de se réinventer. Par contre, deux numéros purement acrobatiques restent dans l’esprit longtemps après que les lumières se soient éteintes et ce sont deux duos. Un de travail d’équilibre au sol avec deux athlètes: un colosse et une toute petite acrobate et un autre de trapèze aérien en couple.

Dans les deux cas, on arrive à donner des frissons au public mais ce sont surtout des émotions ressenties devant la beauté des mouvements ou de certaines pauses qu’on ponctue de temps en temps de prouesses évidentes qui nous laissent le souffle coupé. La très louable volonté des concepteurs de ne pas chercher à nous impressionner donne une dimension nouvelle à ces acrobaties infiniment plus complexes à réaliser que ce que les athlètes nous font croire.

Dans son ensemble, Nezha est un spectacle étonnamment grave. C’est-à-dire qu’on ne cherche pas à nous amuser ou à donner une dimension de divertissement léger à ce récit initiatique d’une jeune femme appelée à confronter son destin pour ramener à la paix un monde régi par les instincts guerriers d’hommes brutaux assoiffés de pouvoir. Pas de clowns pour faire rire les enfants. Que du merveilleux pour les impressionner.

Le spectaculaire numéro final est évidemment très enlevant et dynamique avec ses jets de feu et ses sauts acrobatiques. Pourtant, le numéro tout simple d’acrobaties au sol en groupe à travers des cerceaux est sans doute le plus sympathique pour le sourire qu’il nous met au visage. Il illustre assurément comment on peut, avec l’utilisation d’accessoires simplissimes et tout bêtes, créer des ho! et des ha!

On peut vanter la mise en scène précise et remarquablement rodée pour une toute première semaine de représentations mais il reste que l’ultime morceau de bravoure, c’est dans le fabuleux tableau où apparaît une imposante chute d’eau. Un mur d’eau courante d’une bonne quinzaine de mètres de haut dont le flot s’écoule à ses pieds dans une jolie cascade. On est certes davantage dans l’exploit technique mais quelle scène magnifique. En y ajoutant la présence d’une acrobate au bout d’un câble qui semble marcher dans les hauteurs de la chute et un contorsionniste au pied du torrent qui se love et se déploie en ignorant les contraintes de la gravité et les impératifs physiologiques du corps humain, on multiplie le facteur beauté de plusieurs coches. Du grand art.

On l’a dit, le Cirque Éloize dispose d’un fabuleux décor dans lequel évoluer. Quelque chose d’assurément unique qui lui permet de donner libre cours à la fantaisie de ses créateurs. Le décor de l’île avec son épave échouée, ses dunes de sable, sa pleine lune mais surtout avec la perspective que permet la profondeur du site est vraiment superbe et très bien exploité.

Seul bémol à mes yeux: je continue d’estimer qu’on n’a pas su exploiter les possibilités qu’offre le décor de la rivière. Le tableau de la chorégraphie de combats sur la scène du temple niché dans l’eau reste banal.

On a parlé d’un spectacle revampé et c’est bel et bien le cas. Plusieurs numéros ont été changés, amenant de nouvelles disciplines circassiennes de sorte que si la trame narrative demeure la même, parlons d’ailleurs plutôt de canevas général, le spectacle donne une nette impression de renouveau mais parfaitement maîtrisé.

À ce titre, il importe d’insister sur l’étonnante précision des chorégraphies, nombreuses, tant de combats que de simples danses. Le metteur en scène Frédéric Bélanger a fait ses devoirs et les interprètes sont impeccables. Si elle ne donne pas tellement dans l’acrobatie pure et simple, l’interprète de Nezha s’avère être une danseuse absolument remarquable.

Rendu avec autant de professionnalisme et d’enthousiasme, Nezha est un spectacle exceptionnel qui a sa personnalité propre, bien différente de ce qui se fait à l’amphithéâtre Cogeco de Trois-Rivières avec le Cirque du Soleil, tout en ne reniant en aucune façon son caractère circassien. La représentation de 90 minutes sera présentée du mardi au samedi jusqu’au 17 août prochain. D’ici au 27 juillet, les représentations débuteront à 21 h 30 et par la suite, ce sera 21 h.