La chanteuse Nathalie Simard au Femmes Dynamiques.

Nathalie Simard: partager son bonheur

TROIS-RIVIÈRES — Avec tout ce que sa vie a comporté d’écueils, souvent très médiatisés, on pourrait imaginer Nathalie Simard fatiguée, usée. Il n’en est rien. L’artiste de scène affronte ses 50 ans avec une arrogante joie de vivre qui est, finalement, le fondement de son plus récent spectacle L’amour a pris son temps. 40 ans de carrière, qu’elle présentera à la salle Thompson le dimanche 1er mars à une heure inhabituelle pour ce genre de représentation: 15 h.

Il y a bien des raisons qui peuvent expliquer l’attitude de l’artiste. Le fait qu’elle ait trouvé un havre de paix en pleine nature en Mauricie est sans doute l’une d’elles. Pour protéger cette paix, elle ne veut pas préciser où se situe son coin de paradis. Laissons-lui ce petit mystère. «J’adore la région, clame-t-elle néanmoins. Je ne la connaissais pas avant d’acheter la cabane à sucre et franchement, c’est depuis la fin de cette aventure que je la découvre pour vrai. Je consacrais tellement de temps à la cabane que je n’ai pas pris le temps d’explorer mon nouveau coin de pays. Ça fait sept ans que j’habite dans la région et je ne connaissais pas Vallée du Parc ou le Domaine de la Forêt perdue; il y a de véritables joyaux ici, dans la région. On s’est fait notre espace à nous et là, j’en profite! Je donnais une conférence aujourd’hui, mais hier, j’étais en ski avec mon chum.»

«C’est le cadeau qui vient pour les difficultés qu’on a surmontées. J’ai une belle vie aujourd’hui et ça nous a permis de voir clair dans tout ce qui nous est arrivé. Les gens s’imaginent que je suis une fille de la ville alors que j’aime profondément la nature. J’en ai besoin, c’est mon antidépresseur au quotidien.»

Éveilleuse de conscience à travers ses conférences sur la violence domestique, elle n’en demeure pas moins une artiste de cœur et de métier. «Je ne pourrais pas passer toutes mes journées à parler d’agressions sexuelles et de violence conjugale. Quand je suis sur scène, c’est un autre monde. Moi, dans la vie, je suis une boute-en-train, j’ai le bonheur facile et c’est ça qui se manifeste. On a du fun, on s’éclate, on se remémore de beaux souvenirs. Je veux que les gens fassent la différence entre moi l’artiste et moi la personne qui a vécu des choses difficiles.»

«Les gens oublient parfois que j’ai travaillé fort, que j’ai dédié ma vie au showbusiness. Depuis l’âge de 40 ans, j’ai réappris à vivre à travers mon métier. Avant, je n’aurais pas été capable parce que j’étais terrorisée par tout; là, je prends plaisir à faire les choses. Et j’ai besoin de dire aux gens que ça va bien.»

«Ça me fait tellement de bien»

Son retour sur 40 ans de carrière en chansons est essentiellement marqué par cette attitude: ne conserver que le meilleur. «Très humblement, je peux quand même dire que j’ai bercé l’enfance de dizaines de milliers d’enfants, des gens qui ont aujourd’hui leurs propres enfants. Ils viennent me voir après les spectacles pour me dire que c’est en écoutant mes chansons qu’ils sont passés à travers des moments difficiles dans leur jeunesse. J’ai fait partie de l’enfance, le pan le plus important de la vie d’un être humain, de plusieurs personnes. Parmi elles, des médecins, des professeurs, des mères de famille me disent que je les ai inspirés quand ils étaient petits. Ça me fait tellement de bien.»

L’artiste de scène affronte ses 50 ans avec une arrogante joie de vivre.

«J’avais peur qu’en dénonçant, je brise des rêves d’enfants mais le public a compris ma démarche, mon évolution. Ils ont gardé le beau. En show, je crée une bulle d’enfance d’une dizaine de minutes dans laquelle on se plonge; les gens ont tellement de fun. C’est important de dorloter le cœur d’enfant. Ce sont de beaux moments.»

Quand on lui demande comment elle aborde des succès datant parfois de quelques décennies, la réponse n’a rien de technique. «Dans le bonheur! Je pense que tout dépend de ton attitude. Moi, aujourd’hui, j’aborde tout dans le bonheur en cherchant à garder les beaux souvenirs. Je chante les chansons qui ont beaucoup joué à la radio. Non, je ne chanterai pas Tourne la page, mais je fais un duo avec ma fille, Si tu m’aimes. Je passe les grandes étapes de ma carrière avec des chansons comme Reste ami ou À ton départ on aborde mon changement de look quand j’ai travaillé avec Romano Masamurra ou des grands paroliers comme Didier Barbelivien. Ç’a été de belles époques.»

«En même temps, j’ai eu des inspirations musicales personnelles comme Prince, Melissa Etheridge, Whitney Houston ou même Jacques Michel. Je reprends donc des succès de ces artistes-là. Je fais aussi un medley disco ou un autre de mes chansons française préférées. Je m’amuse.»

Forcément, elle chantera L’amour a pris son temps: ce n’est pas le titre du spectacle pour rien. Elle pourrait ne pas la chanter que le titre aurait tout son sens parce qu’il parle d’elle, de ce qu’elle a vécu, de ce qu’elle est. «Ça dit de moi quelque chose de tellement important: ça m’a pris beaucoup de temps pour apprendre à m’aimer moi-même. L’amour a pris son temps, c’est tellement révélateur. J’ai été très loin de mon public pendant longtemps à cause de l’influence de mon agresseur sur moi. C’est en libérant ma parole que j’ai compris qu’il y avait un public derrière moi qui m’aimait et me soutenait. J’avais une armée avec moi. C’est là que j’ai arrêté d’avoir peur du public; on m’avait conditionnée à ça. Aujourd’hui, je peux enfin aller sur scène et m’ouvrir à lui, partager ce bonheur qui est le mien.»

Avec une touchante candeur, Nathalie Simard dit: «Je suis tellement fière d’être saine d’esprit aujourd’hui!», référence presque brutale aux années de souffrances vécues sous le joug d’un gérant abuseur. «Je suis heureuse d’être qui je suis devenue mais j’ai fait ce qu’il fallait, je suis allée chercher de l’aide et j’ai mis l’amour à la bonne place. Je suis devenue une bonne mère: ma fille m’a inspirée. Elle m’a appris, inconsciemment, à me surpasser. Aujourd’hui, elle fait de la scène avec moi et ça va tellement au delà du côté cute d’un duo mère/fille sur scène. C’est un message d’espoir: oui, on a vécu des bouts rough mais aujourd’hui, on est heureuses d’être là.»

Sa dénonciation des abus de Guy Cloutier a non seulement été le facteur déclencheur de son épanouissement mais curieusement, il a eu un effet sur son public. «Avant que je libère la parole, les gens n’osaient pas m’arrêter sur le rue pour me dire qu’ils m’aiment. Tout ça a changé. Ils m’abordent pour me dire combien ils aimaient Le village de Nathalie et c’est comme si on se retrouvait. En tout cas, c’est l’effet que ça me fait.»

«Avant de dénoncer, j’étais tout le temps malade: laryngites, pharyngites, je perdais la voix au moins cinq ou six fois par année, j’attrapais tous les microbes. Ça fait quinze ans que j’ai parlé ouvertement et depuis, j’ai peut-être perdu la voix quatre fois en tout.»

«Je réussis à garder le cap. Je suis en forme, je m’alimente bien. Je suis libérée. Je le vis à cinquante ans en toute âme et conscience et c’est merveilleux. C’est comme si j’avais dix-huit ans mais avec toute l’expérience pour savoir en profiter.»