Gilles Laroche, le président et directeur des opérations du Musée de l'Auberge Symmes, à Gatineau.
Gilles Laroche, le président et directeur des opérations du Musée de l'Auberge Symmes, à Gatineau.

Musée de l’Auberge Symmes : la mémoire de la rivière

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
Située dans le Vieux-Aylmer, secteur de Gatineau où l’on préserve avec fierté le patrimoine bâti, le Musée de l’Auberge Symmes a transformé un hôtel ancestral en petit musée dédié au patrimoine régional.

Le magnifique bâtiment en pierres qui surplombe la rivière des Outaouais remonte à 1831, quand le fondateur de la ville d’Aylmer, Charles Symmes, fit construire cet hôtel où les voyageurs en provenance de Montréal avaient pris l’habitude de faire halte, avant de remonter la rivière en bateau à vapeur, vers le nord-ouest. (À cause des chutes Chaudière, ils devaient d’abord débarquer à Hull – Wrightstown, à l’époque – et se rendre en diligence jusqu’à l’auberge.) 

L’Auberge Symmes a eu différentes vocations au fil des siècles. 

Dans les années 90, la bâtisse a notamment servi de petite salle de spectacles, tandis que son deuxième étage était occupé par une galerie d’art (lesquels allaient devenir le Cabaret La Basoche et L’espace Pierre Debain, une fois déménagés), rappelle le président du Musée, Gilles Laroche.  

«Kevin Parent, Ariane Moffatt et Pierre Lapointe sont passés par là, quand ils ont commencé leur carrière», Jouant devant à peine quelques dizaines d’initiés, retrace-t-il. 

L’édifice a été classé monument historique en 1975, puis désigné lieu historique national du Canada en 1976. Cette noblesse retrouvée lui a permis de faire l’objet d’importantes restaurations en 1978-79: «La bâtisse a été entièrement [et fidèlement] reconstruite, grâce à une peinture d’époque de William Henry Bartlett», résume M. Laroche.

Le musée s’y est installé en 2003. Depuis 2016, on peut y découvrir l’exposition permanente L’Auberge Symmes: fenêtres sur l’Outaouais.  Spécialiste de la région, l’historien Roger Blanchette a supervisé le contenu de cette exposition où, d’étage en étage, s’entremêlent l’histoire de l’auberge, celle de son fondateur et celle de l’Outaouais.

L’exposition rappelle le rôle fondamental joué par la rivière des Outaouais dans le développement de la région. En parallèle, elle met en valeur le rôle «économique, social et culturel» qu’a tenu le site de l’auberge, qui sera tour à tour «débarcadère, route de passage, centre d’activité industrielle, corridor des vapeurs et sentier de loisirs».

<em>Jos Montferrand</em>, du sculpteur Clout (Pier Cloutier)

Oeuvres d’art

Les artefacts exposés sont essentiellement des objets du quotidien évoquant ce patrimoine, mais le petit musée recèle aussi en ses collections quelques œuvres d’arts, rappelle Gilles Laroche.

La pièce maîtresse est selon lui «Les dompteurs d’écueils», un bas-relief signé par l’artiste gatinoise Isabelle Regout. Sculptée dans la pierre, cette œuvre de 12 pieds par huit représente des «cageux» (raftmen) au travail.

La collection compte aussi une monumentale sculpture en bois de Pier Cloutier (dit Clout). Elle représente Jos Montferrand au côté de deux personnages évocateurs de l’époque des Belles Histoires des Pays d’en Haut

L’exposition temporaire Par forêts et rivières, des hommes de courage rend hommage aux bûcherons, draveurs et «cageux», figures centrales de l’essor de l’industrie forestière.

Des conférences portant sur l’histoire de la région, ainsi que des animations de sensibilisation au patrimoine, sont régulièrement organisées là. Ces sessions sont gratuites. M. Blanchette (qui siège sur le c.a. du musée) y prend le micro une fois par mois durant l’automne et le printemps, dans une salle «pittoresque» aménagée au 3e étage, et pouvant accueillir quarante personnes. 

La prochaine conférence, prévue en septembre, sera toutefois virtuelle, COVID oblige. Elle portera sur la grippe espagnole de 1918-1920. On pourra y assister via la page Facebook du musée.

Chaque année, le musée propose des activités lors des journées de la culture.

Ce bas-relief, sur le mur du Musée de l'Auberge Symmes, est signé Isabelle Regout.

Culture numérique

Malgré l’âge de la bâtisse, le jeune Musée – il a fêté ses 25 ans d’existence en 2019 – se veut branché sur son siècle numérique. En cette période de distanciation sociale, Roger Blanchette peut animer des visites guidées virtuelles. Il donne également des conférences scolaires virtuelles sur le sujet (avec trousse pédagogique mises à la disposition des classes).

Le Musée a aussi récemment mis sur pied, en collaboration avec l’Association du Patrimoine d’Aylmer, le projet BaladoDécouverte.

Il s’agit d’une application mobile (téléchargeable gratuitement) bonifiant les circuits pédestres à travers les édifices historiques du Vieux-Aylmer. L’appli (lauréate d’un Certificat du Patrimoine décerné en 2020 par la Ville de Gatineau) donne des informations détaillées sur une quarantaine de sites patrimoniaux, ce qui permet d’enrichir les visite auto-guidées. 

L'édifice remonte à 1831, quand le fondateur de la ville d’Aylmer, Charles Symmes, a fait construire une auberge.

Conte et légende

L’an dernier, l’institution muséale a mis en ligne une courte vidéo intitulée Hannah - la légende de l’Auberge Symmes

Accessible sur YouTube, ce petit film de fiction traite de la mort, tragique et mystérieuse, de la fille de Charles Symmes, Hannah. Alors âgée de 12 ans, la fillette serait «décédée seule dans le grenier de l’Auberge, un soir d’hiver dans les années 1850».

Le film connaît un succès croissant, contribuant même à attirer un nouveau public, se réjouit M. Laroche, qui l’a réalisé. «Les gens viennent nous visiter parce qu’ils ont entendu parler de cette histoire.»

Il ne s’agit toutefois pas d’un documentaire, mais d’une fiction. Le récit évoque la «présence» féminine fantomatique qui – de l’avis de plusieurs personnes revendiquant une connexion avec le monde des esprits – hanterait l’Auberge. 

«Des groupes spécialisés dans le paranormal viennent régulièrement au musée depuis 4 ou 5 ans. Ils y passent la nuit avec des appareils sophistiqués, pour filmer des ombres et enregistrer des sons» inaudibles par l’oreille humaine, assure-t-il.

Mais son film – qu’il vient de faire traduire en anglais – ne montre «rien d’épeurant. C’est surtout une histoire de vie, qui repose sur de nombreux ouï-dire et racontages». M. Laroche a nourri «la légende» en imaginant une fillette délaissée par sa famille, en raison d’une légère déficiente intellectuelle. 

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Le Musée est ouvert du mardi au dimanche. L’entrée est gratuite.

Renseignements: symmes.ca ; 819-682-0291 ; symmesreception@gmail.com