Femmes de papier est une exposition sur l’histoire des femmes dans l’industrie papetière. Sur la photo: Valérie Bourgeois, directrice du patrimoine à Culture Trois-Rivières, et Émilie Papillon, responsable de projets en développement du patrimoine.

Musée Boréalis: à la rencontre des femmes de papier

TROIS-RIVIÈRES — Après avoir voyagé à Alma et Kingsey Falls, l’exposition interactive Femmes de papier s’arrête à Trois-Rivières afin de faire découvrir au public les parcours hors normes de 34 femmes qui ont œuvré dans l’industrie papetière. Les visiteurs sont invités à venir à la rencontre de ces pionnières par cette exposition temporaire, présentée gratuitement à Boréalis du mois de juin à septembre.

«Femmes de papier est une exposition sur l’histoire des femmes dans l’industrie papetière, ce qui est vraiment un aspect méconnu. On retrouve trois stations différentes. On a voulu parler des femmes qui étaient à la maison et qui soutenaient leurs maris pendant qu’ils allaient travailler, mais aussi des femmes qui ont réussi à se tailler une place en usine ou même des femmes qui ont bûché en forêt», explique Valérie Bourgeois, directrice du patrimoine à Culture Trois-Rivières.

L’exposition temporaire joue sur la note de l’émotion à travers une expérience immersive. Dès son entrée, le visiteur est plongé dans un univers particulier, empreint d’une légère odeur d’épinette. Par les panneaux d’interprétation, le public est amené à faire la connaissance d’une jeune narratrice âgée de la vingtaine qui pose un regard introspectif sur sa vie, celle de sa mère et de sa grand-mère. Elle porte une réflexion sur le chemin que la femme a parcouru à l’intérieur de trois générations.

C’est dans ce contexte que les femmes de papier prennent la parole. Grâce aux stations, les visiteurs pourront s’initier aux différentes réalités qu’ont vécues ces pionnières, provenant des quatre coins du Québec. Notamment, le public fera la connaissance de Lucille Boisvert, bûcheronne de 1969 à 1982. Elle était l’une des seules femmes qui bûchaient dans les années 70. En plus d’abattre des arbres, elle entretenait les roulottes et faisait la cuisine. Son mari malade demeurait à la maison afin de s’occuper des enfants.

L’exposition temporaire joue sur la note de l’émotion à travers une expérience immersive.

Les concepteurs de l’exposition ont préféré mettre de l’avant les témoignages plutôt que les faits historiques, faute de sources. « Il n’y a absolument rien qui porte sur l’histoire des femmes en industrie papetière. Par contre, nous avons beaucoup de renseignements sur le textile, mais c’est un milieu qui est complètement différent. Le textile était un milieu majoritairement féminin, alors que dans les pâtes et papiers, il y avait 1 % de femmes à l’usine sur tous les travailleurs, en 1950. Ça correspond à une dizaine de femmes sur mille hommes», précise Émilie Papillon, responsable de projets en développement du patrimoine. «C’est énorme la quantité de murs que les femmes ont dû abattre», complète-t-elle, avec admiration.

Femmes de papier veut ainsi illustrer la résilience de ces pionnières qui se sont taillé une place dans une industrie majoritairement composée d’hommes. «En laissant les femmes parler, on dirait que les visiteurs seront davantage conscientisés sur les enjeux que ces femmes ont eu à traverser et traversent encore , car il y a encore des femmes qui travaillent en foresterie», souligne Mme Papillon.

Le public est même amené à mettre son grain de sel via leur passage. «Chaque station est accompagnée d’une partie interactive. On voulait aussi que le visiteur puisse s’engager. On n’est pas dans l’interactivité numérique. On est vraiment dans le old school. Par exemple, on a une station qui est en lien avec les infirmières qui étaient dans les camps de bûcherons. Donc, on demande aux visiteurs d’inscrire sur le tableau leurs trucs de grand-mère», exprime la directrice du patrimoine.

À la fin de la visite, un métier à tisser est à la disposition du public. Sur un papier de soie, les visiteurs peuvent écrire un souhait adressé à une femme dans leur entourage afin de le tisser parmi tous les autres. «C’est vraiment génial de voir comment les gens se sont approprié le métier à tisser. Les messages viennent du cœur et sont authentiques. Ça complète vraiment bien l’exposition», estime Mme Papillon.

L’exposition a été pensée et conçue par le musée Boréalis. Deux ans ont été nécessaires afin de produire Femmes de papier. Dès l’automne, l’exposition itinérante retournera sur la route pour se diriger vers le Muso à Salaberry-de-Valleyfield.