La grande Melissa Etheridge, véritable icône de la musique pop-rock américaine, sera la tête d’affiche de la soirée d’ouverture de Trois-Rivières en Blues le 22 août prochain.

Melissa Etheridge: chanter, guérir, aimer

Trois-Rivières — Au bout du fil depuis Indianapolis où elle jouait jeudi dernier, la voix était reconnaissable entre toutes. Cette petite raucité comme une petite cicatrice qui fait le rock avant la moindre note, c’est bien la voix de Melissa Etheridge, icône de la musique pop rock américaine depuis une trentaine d’années. Elle sera la tête d’affiche de Trois-Rivières en Blues le 22 août prochain, 21 h 30, à l’Amphithéâtre Cogeco.

L’horaire de sa présente tournée, qui inclura l’arrêt trifluvien comme une soudaine embardée par-dessus la frontière entre deux concerts américains, donne le tournis: Nashville le 16 août, Atlanta le 17, Cincinnati le 19, Hampton Beach, au New Hampshire, le 21 et retour chez Donald Trump, à Chautauqua, New York, dès le 24. On aurait cru que seuls des débutants inconscients des exigences d’un tel programme pouvaient se permettre pareil calendrier de dingue.

«C’est le transport en tant que tel qui est le plus difficile, avoue l’auteure, compositrice et interprète. Pour surmonter la fatigue, il importe de prendre soin de son corps, d’avoir un mode de vie sain et franchement, de ce côté, ça va. Je mange bien, je dors bien et c’est bien pourquoi je n’ai pas à me plaindre. La portion du spectacle comme tel, c’est seulement du plaisir.»

«Je n’ai qu’à me rappeler mes débuts alors que pendant une bonne dizaine d’années entre les âges de 15 et 25 ans, j’ai joué dans toutes sortes de bars et de salles où les gens ne payaient parfois que 1 $ pour me voir jouer. Parfois, ils m’écoutaient, d’autres fois, non. En comparaison, ce que je fais aujourd’hui n’est que pur bonheur. Je me sens tellement privilégiée de voir que des gens paient de bons montants pour que je les divertisse. Ils ont le plus souvent incorporé mes chansons dans leur vie, dans leurs souvenirs. C’est un cadeau incroyable qu’ils me font en assistant à mes spectacles.»

Il en sera du spectacle trifluvien comme de tous les autres de sa tournée. «On va jouer les succès, bien évidemment, convient-elle. Il n’y a rien comme de chanter Like the Way I Do à tue-tête. On va y aller avec tous nos plus grands tubes et on va ajouter quelques chansons tirées de mes premiers albums, ce qui est toujours plaisant. On va aussi avoir trois ou quatre chansons de mon tout récent album puis des classiques du rock’n roll. Voilà le plan.»

Pour ce faire, Melissa Etheridge sera accompagnée de trois musiciens qu’elle s’assure de nommer: David Santos à la basse, Eric Gardner à la batterie et Max Hart aux claviers et à la guitare. «Ça doit bien faire cinq ans que je joue avec David alors que pour Max et Eric, c’est moins: deux ans, peut-être. Mais on est très solides et précis. On est vraiment super bons!», lance-t-elle dans un rire sonore.

«C’est extrêmement important d’avoir une relation musicale intime avec mes musiciens. Je recherche une forme de compréhension entre nous qui fait qu’on est toujours à l’écoute et totalement dans le moment présent quand on joue. Ainsi, quand quelque chose d’exceptionnel se produit, on est prêts à surfer là-dessus, à improviser spontanément sans qu’on ait même besoin de communiquer entre nous. Je n’aime évidemment pas jouer les mêmes chansons de la même façon d’un soir à l’autre. Certaines vont être très similaires mais il arrive toujours des moments où le public a une réaction inattendue qu’on aime exploiter. Mes musiciens sont assez futés et habiles pour me suivre quand je décide de partir dans une direction inattendue. Il va m’arriver d’improviser quelque chose de joli ou qu’on n’a jamais fait entre nous et ils ont cette sensibilité pour m’accompagner et rendre le tout plus beau encore.»

Des choses à dire

Il est difficile de dissocier Melissa Etheridge la musicienne, de l’activiste qui a épousé avec passion plusieurs causes progressistes et importantes au cours des décennies. La rockeuse ne s’en formalise nullement; elle en serait plutôt heureuse.

«Je ne me considère pas comme une activiste quand je me présente sur scène et les fans savent que je ne prêche pas. Cependant, la musique est quelque chose qui prend sa source au plus profond de moi et à ce titre, elle révèle forcément ce que je suis foncièrement et les valeurs auxquelles j’adhère. D’ailleurs, mon dernier album datant de plus tôt cette année est clairement teinté de ces valeurs.»

De cette galette, The Medecine Show, cette dynamique survivante du cancer du sein dit d’ailleurs qu’il est l’expression de son désarroi ressenti au lendemain de l’élection de Donald Trump. «Je ne cherche pas à y faire la morale, je souhaite plutôt rejoindre le cœur des auditeurs pour les inspirer. Dans ce pays complètement fou qui est le nôtre, je pense que les gens ont besoin d’espoir et d’une forme de guérison, d’apaisement. On en a tous besoin et il y a une place réservée pour ça dans nos cœurs.»

«D’ailleurs, je suis toujours fascinée de voir comment vous, les Canadiens, trouvez constamment le moyen d’avancer dans une direction inspirante devant les problèmes qui nous confrontent tous. On dirait que vous évoluez plus rapidement que nous, Américains. Je suis peut-être biaisée dans mon évaluation parce que vous êtes à l’avant-garde sur des sujets qui me tiennent personnellement très à cœur: le mariage gay, la légalisation du cannabis à des fins thérapeutiques, vos frontières qui sont plus ouvertes, etc.»

«Je pense que l’incompréhension qui divise notre pays tient à la peur de ce qu’on connaît peu ou mal. C’est comme si vous aviez moins peur que nous. Ce qui me rassure, c’est que nos deux peuples ne sont pas si différents: il n’y a finalement qu’une frontière qui nous sépare. Je pense que la musique est une des façons privilégiées de transcender les différences et de véhiculer des valeurs positives. De communiquer sainement entre humains, en somme.»

«La musique occupe une si grande place dans ma vie: c’est un véritable havre de bonheur pour moi et c’est pourquoi j’ai toujours autant de plaisir à offrir des concerts.»